Fair Haven, p
plètement son intention. Mais le lecteur, s’il n’en a la clef, est excusable de s’y tromper. C’est un des dangers de ce genre d'humour, qu’il cessé d’être en devenant parfait. La plupart des lecteurs du Fair Haven prirent pour argent comptant ce que Butler leur offrait, sans en soupçonner la malice. Et Butler, au fond, fut désappointé : car s’il avait désiré que l’appât couvrit l’hameçon, encore fallait-il que celui-ci ne passât pas sans piquer!. Peut-être avait-il sous-estimé la capacité d'absorption de son public. Nous pensons plutôt qu'il avait sous-estimé ses dons littéraires et son ardeur au jeu des idées. Quoi qu’il en soit, The Fair Haven ne satisfit personne, et n’eut qu’un succès médiocre dans l’un et l’autre camp. Les orthodoxes y virent surtout une de ces productions de révérend de campagne ou de bourgeois anglican en mal de scrupules et de zèle religieux, et ils en approuvèrent l'esprit généreux; mais la thèse les déçut, et ils refermèrent le livre sans y gagner autre chose qu’un frisson rétrospectif à la pensée des doutes qu'ils auraient pu avoir; quant aux sceptiques, tenus à distance par les professions de foi et de bonne foi, comment se seraient-ils doutés que l’auteur était, des leurs? Ils refusèrent de l’écouter. L'ouvrage, il est vrai, n’était pas écrit pour eux.
Les revues bien pensantes ne firent pas que des éloges. Le Rock, revue des familles pieuses et des presbytères, s’y reprit à deux fois pour juger le livre?; ses articles, au fond, ne sont pas si maladroits. « Mr. Owen’s exposition and refutation of the hallucination and mythical theories of Strauss and his followers is’most admirable, and all should read it who desire to know exactly what excuses men make for their incredulity. » Il n’y a rien là de particulièrement ridicule, puisque Butler lui-même, s’il hésitait encore à ce moment entre les deux thèses qu’il opposait, finira par adopter la seconde, et considérer comme valable sa critique de la théorie de Strauss. Le Rock ajoute : « The work also contains many
1. On avait déjà reproché à Butler, au moment où il préparait la publication du Fair Haven, d’avoir fait son livre trop plausible : « I am told I have made the satire too quiet, and that it would have been better to have been broader. I don’t know. I wanted to be broad enough to be able to turn round on my readers and say « what a fool you were for not seeing it », yet I wanted a great many not to see it all the same... I could easily have been broader — and in fact my difficulty has been to keep broad enough without becoming {oo broad », Lettre à Fleay, 24 mars 1873. Hoppé, 170, 171.