‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 65 sur 255 · The Rock, 25 avril et 9 mai · texte numérisé non relu

The Rock, 25 avril et 9 mai

beautiful passages on the discomfort of unbelief, and the holy pleasure of a settled faith, which cannot fail to benefit the reader. » Qu’est-ce à dire, sinon que Butler eùt pu. doué du même talent, mais avec une philosophie différente, devenir sans peine un auteur édifiant? Ses ennemis, sans le savoir, lui font un éloge qui a son prix. Mais la critique se mêle à la louange; une inquiétude perce nettement : non qu’on soupçonne l'ironie sous-entendue, mais le bien-fondé de la thèse est sujet à caution, et on le fait voir à l’auteur. D’une semaine à l’autre, le « reviewer » a réfléchi — ou peut-être reçu les confidences de certaines appréhensions. « We are compelled to express our opinion — much deepened by reflection since we first read Mr.Owen’s remarkable treatise — that his own sanguine expectations of converting the sceptic are not likely to be realised. » Car sa défense du point de vue orthodoxe ne saurait persuader que ceux qui le liront sans parti pris de scepticisme. Mais le lecteur prudent doit se méfier : le livre révèle un grand danger : « We cannot conceal from ourselves that the grand object he has so luminously before him, namely, the truth of the Resurrection and the conversion of the sceptic thereby, has perverted his judgment as to the real value of other statements in the Evangelists and the Acts. » John Pickard Owen ne manque pas d’éloquence; néanmoins, conclut le critique, « we refuse to listen to the voice of the charmer ». De ce côté donc, la première manœuvre de Butler échouait; le loup avait pu, sans doute, pénétrer dans la bergerie; mais avec quelques caresses, on mettait tranquillement à l’écart la fausse brebis, et elle se trouvait empêchée de nuire.

Cependant quelques ecclésiastiques moins rompus peutêtre que des critiques professionnels aux subtilités et aux difficultés de l’apologétique avaient approuvé le livre sans réserves. Les sentiments de Butler à leur endroit, tout mêlés qu’ils soient, montrent combien sa position était fausse, L'un d'eux, le Révérend Archer Gurney, se déclarait si pleinement d’accord avec les idées de l’auteur, et faisait preuve de tant de sympathie, que Butler en faillit avoir du remords!.

1. Cf. M. I, 199, note de Samuel Butler, « He pricked my conscience by taking the book au sérieux and expressing warm sympathy with many of the writer’s views; he wrote so nicely and kindly that, for fear I should show the letter about, I tore it up as soon as I had got it back from Miss Savage ». Samuel Butler, Aug. 1901.

Le Révérend E. A. Abbott!, ancien condisciple de Butler à St. John's College, avait d’abord cru le livre de bonne foi; il fut « profondément peiné » lorsque Butler lui en révéla le secret, et ne put s'empêcher de s’exclamer : « Well, I can only say you would have found a great many to sympathise with you if you had meant it seriously?. » Le chanoine Ainger, autre bête noire de l’auteur*, envoyait The Fair Haven à ceux qu'il voulait convertir. Butler ne parvenait pas à comprendre une telle attitude, où il ne voyait que sottise et hypocrisie ; car il croyait à sa propre ironie, parce qu’il en connaissait les deux faces.

Tout le monde, cependant, ne se laissa pas prendre à son pastiche. Le National Reformer eut des soupçons; mais le critique le plus perspicace fut l’auteur resté anonyme d’une brochure intitulée : Jesus versus Christianity. « The Fair Haven, écrit-il, is an ironical defence of orthodoxy at the expense of the whole mass of Church tenet and dogma, the character of Christ only excepted. » Le livre montre « how slender is the foundation on which the whole fabric of supernatural theology has been reared ». « Ifthe reader, poursuit l’auteur, can once fully grasp the intention of the style, and its affectation of the tone of indignant orthodoxy, and perceive also how utterly destructive are its « candid admissions » to the whole fabric of supernaturalism, he will enjoy a rare treat#. » Dans l'entourage immédiat de Butler, le Fair Haven passa pour une œuvre d’excellent humour et de judicieuse polémique. Miss Savage s'était donné beaucoup de mal pour le répandre et le faire lire. Son imagination délurée, sa ruse féminine, faisaient d'elle l’agent de publicité le mieux qualifié pour suivre sans remords le plan de campagne adopté par Butler; elle n’était ni à court d’inventions, ni trop riche de scrupules, et s’en donnait à cœur joie de tromper son monde. Elle avait, en présentant le Fair Haven, un mot de femme tout chargé d’une secrète ironie, et savamment cruel : «It is a sweet book », disait-elle. L'opinion de Darwin, si encourageante qu’elle fût, contenait des réserves de détail, et évitait de s'engager sur

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