‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 76 sur 255 · H. F. Jones, M., I · texte numérisé non relu

H. F. Jones, M., I

2. Evolution Old and New; or the Theories of Buffon, Dr. Erasmus Darwin,

and Lamarck, as compared with that of Mr. Charles Darwin, by Samuel Butlerauthor of Erewhon, The Fair Haven, Life and Habit, etc. (op. 4), London, Hardwicke and Bogue, 192, Piccadilly, 1879.

L’indication op. 4, à la manière des musiciens, était une innovation dont Butler était très fier; voir la préface de Ev.Old. and New, Le chiffre 4 sermbie cos-

d’avoir l’unité massive et sévère, mais solidement équilibrée, d’un ouvrage comme l’Origine des Espèces. La discussion, la polémique y tiennent la plus grande place; d’où des retours, des redites, le manque de transitions ou de préparations. Certains chapitres semblent former un tout, et se relient mal aux suivants; d’autres sont presque exclusivement composés de citations et de traductions. On sent que l’auteur, loin de vouloir s’asservir à un équilibre purement formel, ne cherche qu’à établir à tout prix sa démonstration, s’effaçant volontiers devant ses autorités, les corrigeant si besoin est, et s’arrêtant patiemment à mettre en lumière, au fil du raisonnement, leurs différences ou leurs affinités. Le livre se divise de lui-même en deux parties, dont la première, avec ses cinq chapitres, est une manière de prologue à la seconde. Butler y pose et y discute la question du finalisme dans l’évolution des espèces. Ceci fait, il s'arrête et indique longuement le but et le plan du reste de l’ouvrage, qui doit justifier son titre : il veut y faire une étude historique de l’idée d’évolution, depuis les origines jusqu’à … lui-même. Cet « historical sketch » du VIe chapitre semble faire volontairement pendant à celui que Darwin a mis en tête de l’Origine des Espèces.Butler distingue d’abord une période pré-évolutionniste, citant quelques auteurs chez qui semble s’éveiller l’idée que les espèces ne sont peut-être pas immuables. Ce premier stade n’est mentionné que pour mémoire, et quelques pages y suffisent. Le second, auquel il consacre quatre chapitres, est celui de Buffon, qui prend une conception plus nette de la mutabilité des types spécifiques, attribue leurs variations à des modifications du milieu, et a lintuition d’une sorte de finalisme. La troisième époque marque un progrès décisif : Erasme Darwin et Lamarck affirment que toutes les espèces vivantes descendent d’une ou de plusieurs formes primitives, et ils entrevoient déjà le principe de l’unité de personnalité entre les parents et leurs descendants. Dans une quatrième partie, formée d’un chapitre unique, Butler examine rapidement certains auteurs comme Patrick Matthew, Chambers, Isidore Geoffroy Saint- Hilaire et Etienne Geoffroy, qui ont fait une étude plus poussée des phénomènes d’hérédité et de mémoire. Puis vient

tredire le etc. qui suit dans le titre l’énumération des trois autres œuvres de Butler. Il laisse entendre que Butler refusait de comprendre dans cette récapitulation les œuvres de jeunesse , First Year et The Evidence,

une période de « régression » — notons la sévérité du terme — qui est surtout représentée par Charles Darwin ; Butler oppose son explication de la cause des variations à celle de Lamarck, et conclut ces deux chapitres en séparant nettement l’idée générale d’évolution de celle de la sélection naturelle, où Darwin pense l’emprisonner. Enfin, pour une ultime étape, Butler rassemble autour de lui-même un petit groupe de philosophes indépendants, le Révérend Murphy, les professeurs Mivart et Hering ; ces néo-lamarckiens, ayant réintroduit l'esprit dans l’univers, s'arrêtent au seuil du problème métaphysique, devant lequel Butler se déclare incompétent. Ainsi, le dessein de l’ouvrage apparaît double!. D’une part, l’auteur présente au public une justification de la position qu'il a prise; obligé par l’évolution de ses idées de s'opposer à Darwin après avoir été son zélateur, il donne ses raisons et expose son point de vue. Cette revendication communique à toute une partie du livre le ton vif et personnel, la portée restreinte d’une polémique. Butler, du reste, ne dissimulait pas que ce fût un livre de combat : « A friend, écrivait-il à sa confidente, accused me the other day of liking a row. I am afraid he is right ; but I only like it when I am quite sure that I have the right end of the stick”. » Les circonstances mêmes avaient imposé son heure à cette manœuvre. Car, maintenant qu'il y prêtait attention, Butler relevait dans l’opinion publique de timides réserves sur la valeur ou l’originalité des découvertes transformistes ; et cette réaction qu’il croyait discerner dans certains milieux eût risqué d’enlever à son ouvrage, s’il ne se fût pressé, une bonne partie de son intérêtÿ. Mais ce mobile personnel se fond et s’élargit en une entreprise moins exclusive : Butler y fait œuvre de justice rétrospective; il y rend hommage aux premiers évolutionnistes, indûment dépouillés et éclipsés par Darwin. L’ironie de cette tentative, c’est qu’un critique chagrin pourrait lui reprocher précisément ce qu'il reproche lui-même à Darwin, c’est-à-dire d’exploiter des

1. Dans un ouvrage postérieur Butler dira avoir eu trois buts en vue : «I therefore wrote Ev. O. and N. with the object partly of backing up L. and H.and showing the easy rider it admitted, partly to show how superior the old view of descent had been to Mr. Darwin'’s, and partly to reintroduce design into organism », Luck or Cunning, pp. 22, 23.

2. Lettre de Samuel Butler à Miss Savage, fin mai 1878, M., I, 277.

3. « If I do not bring my book out soon, écrivait-il le 15 décembre 1878, it may easily be {co late to be effective », M., I, 291.

idées dont il ne possède pas la source, mais qu’il a cavalièrement empruntées à d’autres. Car le père lointain d’ ÆEvolulion Old and New — cette recherche en paternité scientifique — est, bien plutôt que Butler, cet évêque néo-zélandais qui dans ses articles de The Press lui avait révélé les noms d’Erasme Darwin et de Buffon. Butler fait preuve envers lui de cette même ingratitude qui semble tant le blesser chez Darwin!. Cependant les remarques du « Savoyard », quelque nettes qu'elles fussent, n’étaient que de rapides rapprochements; leur auteur lui-même ne songeait à montrer dans le retour périodique de semblables théories qu’une des formes du panthéisme et du paganisme latents. Si donc Butler a reçu de lui le germe de l’idée qu'il développe à loisir dans ce livre, 1l l’a fait sien si absolument, et lui a fait donner des fruits si drus, que l’on peut presque l’excuser de n’en avoir point gardé le souvenir.

Evolution Old and New attira l'attention de la presse plus que ne l’avait fait Life and Habit. Son caractère plus directement et plus violemment polémique en est sans doute la raison. Vingt-deux revues ou journaux lui consacrèrent un article?. À part quelques courageuses exceptions, les critiques s’unirent pour crier haro sur l’impudent amateur, coupable d'irrespect envers le Grand Prêtre de la Science Moderne. La Saturday Revieu* le traita de jeune pédagogue corrigeant une copie d’écolier; entonnant le panégyrique de Darwin, elle le louait d’avoir enfin arraché à la nature son secret; or ceci ne pouvait que faire enrager Butler, aux yeux de qui Darwin n’expliquait rien, aveugle qu’il était aux mystères du finalisme biologique. Ce fut un concert d’épithètes méprisantes. Dans l’Academy et l’Examiner*, le famélique Grant Allen’,

1. Butler affirma toujours ne devoir cette idée qu'à lui-même. Cf. lettre de Samuel Butler à Charles Darwin, ? janvier 1880 (M., appendix C) : «... Theposition I have taken as regards Erasmus Darwin in my book Ev. O. and N. and which I believe I was the first to take. » — C'était d’ailleurs chez lui une théorie, que les germes d’idées peuvent s’emprunter sans scrupules. « I take or leave as I choose, and alter or leave untouched as I choose. I prefer my music to be an outgrowth from a germ whose source I know, rather than a waif and stray which f fancy to be my own child when it was all the time begotten of a barrel organ. » (N. B., 121-2). Barrel-Organ ne fait certainement pas allusion aux articles du « Savoyard » dans la Presse. mais la coîncidence est curieuse.

2. En voir la liste dans Zv. O. et N., 2e édition 1882, Appendix, Chapter I. Reviews of Ev. O. et NN.

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