‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 79 sur 255 · Cf. « Rome and Pantheism » (Eu. O. and N.), p · texte numérisé non relu

Cf. « Rome and Pantheism » (Eu. O. and N.), p

penseurs. Avec les doutes de son Pasteur, il avait soulevé un problème de conduite : il y étudiait le cas de l’agnostique dans l'Eglise, et le résolvait par un compromis. Il voulut maintenant poser, l’une en face de l’autre, la libre pensée et l'Eglise : la lutte est-elle nécessaire, et n’est-il pas d’alliance possible? Le sujet fut traité en 1882, dans un article intitulé « Rome and Pantheism », publié en appendice dans la seconde édition de Evolution Old and New. Chose curieuse, le protestantisme lui paraît alors destiné à disparaître. Son esprit, assoiffé d'unité et de compromis, considère avec respect le Catholicisme romain comme le pouvoir religieux par excellence, l’élément de stabilité et de cohésion, le centre de convergence de toutes les traditions d’essence ou d’allure religieuses. Si Rome consentait un jour à faire un pas vers la tolérance et à abandonner certaines positions déraisonnables, il se porte garant que les panthéistes rationalistes feraient eux aussi des concessions; il reconnaît la nécessité d’une Eglise, conseiller moral, source d'autorité, de discipline, de tradition, dont la fonction est de faire contrepoids à la poussée parfois trop folle de la science vers l’avenir. Pour justifier aux yeux des « cléricaux » la réconciliation qu'il envisage, il reprend son argument de « God the Known », s’efforçant de mettre en lumière les points communs, les terrains d’entente. Les paroles de saint Paul sur Dieu, son corps de chair, son immanence à l'univers créé, et sur les hommes qui sont les membres mêmes de son corps, sont reprises dans un sens littéral. Paul, dit Butler, prophétisait alors, au mieux de son intuition. Nous n'avons pas de raison, aujourd’hui que l’univers nous est révélé dans une clarté incomparablement plus vive, de ne pas accepter son enseignement. Il faut même, au lieu d’y voir on ne sait quel message mystique, le considérer, du moins en partie, comme la description la plus exacte de la réalité.

Aux environs de 1880, le terme « réconciliation » passait volontiers sur les lèvres des hommes et sous la plume des écrivains. Le lutte acharnée, bien que généralement courtoise, qui s’était livrée entre les deux partis avait lassé le public, que la question sociale commençait à troubler, et opéré chez maint combattant un effritement du zèle, mêlé à un respect inavoué pour la puissance de l’adversaire. Les hommes de science n’osaient plus, comme aux temps héroïques des deux précédentes décades, proclamer hautement leurs victoires, car, au delà des conquêtes d'hier, d’autres pro-

blèmes surgissaient sans cesse, qui laissaient l’horizon sans clarté; par la porte ouverte au rationalisme et à la critique relativiste, l’ancienne certitude s'était enfuie, et ils n'étaient pas tous d’accord sur la nouvelle. De son côté, l'Eglise, sans capituler, avait doucement relâché les nœuds trop serrés de l'interprétation littérale des textes sacrés. Ni la bonne volonté ni la bonne foi ne faisaient défaut à beaucoup de ses membres. Le « Broad Church Party » ne rassemblait qu’un petit nombre de ceux qui désiraient la paix des esprits et qui la cherchaient dans une collaboration des élites pensantes. En 1881, un théologien sans envergure, mais brûlant d’un zèle conciliateur, publiait À new Analogy between Revelation and the cause and conslilulion of Nature ». Ce livre insignifiant n’était qu’un signe entre cent. Son auteur se cachait sous le pseudonume de Cellarius — celui-là même, par un curieux hasard, que Samuel Butler avait emprunté jadis. Mais en signant ainsi, le Révérend Fowle entendait se mettre sous l’invocation de l’autre Butler, le docte évêque, auteur de la première Analogie; il montrait combien la parole de Jésus était conforme au bon sens humain, et esquissait une sorte d’histoire naturaliste des origines du Christianismet.

Butler ne laissait pas d’avoir des amitiés dans les différentes Eglises. À l’évêque anglican de Carlisle, en lui envoyant son livre Unconscious Memory, il écrira : « | believe that a purposive theory of evolution may help to bring the two main opposing currents of English thought into a more complete harmony than has for some time past seemed likely, and a rapprochement between them must be desired by every well-wisher of his country2. » Un autre évêque, en 1883, dira beaucoup de bien de son livre sur les Alpes. Et Butler écrit à ce propos : «Ibis not the bishops and archbishops I am afraid of. Men like Huxley and Tyndall are my natural enemies and I am always glad when I find church people recognising that the differences between them and me are, as I believe myself, more of words than thingsÿ. » Butler connaissait auss quelques catholiques, et était en général aimé d’eux. Il entre-

1. Thomas Welbank Fowle (1835-1903) avait déjà. mais sous son nom, publié en 1873, The Reconcilialion of Religion and Science. . © 2. 18 nov. 1880 (M., I, 344). Le ton de la lettre est digne et sérieux. Mais comme il avait communiqué à Miss Savage la réponse de l’Evêque, celle-ci répondit à Butler sur un ton railleur en lui recommandant de mettre des formes pour « exploiter ce cher évêque » (M., I, 345).

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