‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 8 sur 255 · W.of À. F · texte numérisé non relu

W.of À. F

L'ENFANCÉ ET L'ADOLESCENCE 15

adopté une attitude analogue’. Les témoins de Mrs. Garnett ont vu le pasteur consciencieux, exigeant des siens la stricte observance de toutes les règles de la convenance morale. Mais sous la bienveillance de leur ton, on devine une vérité qui est à peu de chose près celle de Samuel Butler, vue d’un angle différent. La simplicité de jugement et la vivacité que d’autres lui reconnaissent sont pour son fils sottise et méchanceté. Samuel a souffert dès l’âge le plus tendre de l’étroite et froide bienséance qui réglait, à Langar, tous les rapports, ceux des membres de la famille entre eux, et ceux de chacun dans le cadre des directives imposées par le père. Grondé et fouetté à la maison pour une peccadille?, l'enfant, conduit à l’église, y entendait ce même homme aux sévères favoris, revêtu cette fois d’une robe blanche dont les longues manches amplifiaient ses gestes, parler de mort, d’enfer, de devoir, de châtiment. Les prières du soir, faites en commun, le plongeaient dans des attitudes figées. Un tableau peint par Butler en 1864 reproduit cette scène avec une fidélité à peine faussée per l'intention satirique. Autour de la table ronde sont assemblés maîtres et domestiques. Et chacun des assistants écoute sans bouger, raide sur sa chaise, le regard vague, les mains croisées sur les genoux, dans une pose méditative qui, chez plusieurs sans doute, dissimule un vide absolu de pensée. Les lectures de délassement, en dehors de la Bible, se bornaient à des ouvrages éducatifs d’un ton moral très accusé, à la fois pieux et utilitaire, ces mornes Recreations, si peu récréatives, compilées pour la jeunesse par des pasteurs bien intentionnés ou d’ardentes vieilles filles. Quelques romans étaient peutêtre permis : Robinson Crusoe, le Sandford and Merton de Thomas Day, ou certaines des histoires de Fenimore Cooper. Enfin, chaque mois sans doute, la famille devait recevoir un journal d'enfants -— The Children's Friend était l’un des plus répandus — illustré d’aimables gravures, bourré de poèmes et d’anecdotes édifiants dont la conclusion ou la der-

1. Il sera amusant de voir son fils revenir plus tard, après quelques aventures, à ce même mot d'ordre « Pas de zèie ». Il est curieux de remarquer aussi (W. of À F., chap. L) que, au moment où Ernest, sur le point de prendre les ordres, s’enflamme d’un zèle intempestif, l'attitude de Theobald, qui oppose à ses excès une grande expérience des choses de ce monde, nous apparaît fort raisonnable et sage, cf. pp. 231 et 232. Butler, pour une fois, semble donner raison au personnage sous lequel il dépeint son père.

Page 1