‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 87 sur 255 · Juillet 1825, M. I · texte numérisé non relu

Juillet 1825, M. I

le public, c’est que le livre avait été publié en allemand; il convenait d'attendre, le cas échéant, qu’une traduction en fût faite. Cependant, un autre Charles Darwin, signé de Grant Allen, venait de paraître en Angleterre, et l’auteur — pourtant une des bêtes noires de Butler — y rendait dans sa préface hommage à Evolution Old and New. Grant Allen et Butler s'étaient rencontrés quelque temps auparavant, chez des amis communs. La politesse, ce compromis social toujours scrupuleusement observé par Butler dans ses relations mondaines, recouvrait d’un voile hypocrite une animosité réciproque où, cependant, la part de Butler excédait de beaucoup celle de l’autre. Quelques jours après, par une bévue du rédacteur en chef de l’ Athenaeum!, Butler fut prié de faire un article sur le Charles Darwin de Grant Allen. Il s’y refusa dignement, alléguant qu’il n’était pas de ceux qui critiquent, mais de ceux que l’on critique?. Sa rancune ne capitulait pas. Deux ans après elle allait, dans une brusque flambée, se manifester aussi vive qu’au premier jour.

« Luck or Cunning ? »

Les années 1885 et 1886 marquent un ralentissement dans les manifestations de l’ardeur belliqueuse de Butler, qui semble surtout s'occuper de critique d’art. Cependant, il travaille encore ‘à un {« appendice » à ‘Life and Habit. Il veut y répondre aux lettres de Romanes, de Ray Lankester et de Spencer dans l’Athenaeum, réfuter surtout les allégations de Ray Lankester sur la lenteur suspecte qu’il aurait mise à rendre justice à Hering. En même temps, un projet d’inspiration sensiblement différente se forme dans son esprit : il possède, tout bien pesé, la matière d’un nouveau livre de biologie. Il avait été vivement intéressé par les expériences d’un de ses amis, Alfred Tylor, qui, naturaliste amateur, s'était voué à l’étude des manifestations d'intelligence chez

1. A moins que Grant Allen, dans une pensée d'apaisement, n’eût demandé lui-même que la critique de son livre fût faite par Rutler.

2. Cependant Luck or Cunningq? (1887) contiendra un chapitre entier intitulé : « Mr. Grant Allen’s Charles Darwin ». Par la suite, Butler reprochera à Grant Allen de ne lui avoir pas rendu la même délicatesse et d’avoir accepté de faire un article sur Luck or Cunning? (M. II, 44). Il y a là une injustice flagrante de la part de Butler, car le chapitre de Luck or Cunning? est une sévère critique du livre de Grant Allen, aucuel on ne saurait refuser le droit de rendre

coup pour coup.

les plantes. En décembre 1884, Butler assista à une séance de la société linnéenne où fut lue une ultime communication de Mr. Tylor, cloué sur son lit d’agonie. Dans la discussion qui s'engagea ensuite, il prit la parole et développa rapidement quelques idées qu’il avait déjà exprimées dans un passage d’Alps!. Il y posait le problème de la subdivision du monde organique en deux règnes, l’animal et le végétal. Sur ces entrefaites, Tylor mourut, non sans avoir fait promettre à Butler, auquel il portait une affection particulière, de poursuivre l'achèvement de son œuvre, et même de la lui dédier. Ainsi, comme les précédents, le livre qu'il va écrire, procèdera d’un double souci, offrira un double intérêt; ce sera d’une part une riposte, une défense, une apologie?; mais en même temps l’auteur y livrera au public les derniers fruits de sa réflexions. Il lui a trouvé un titre heureux : La chance ou l'adresse? Cette formule antithétique est en deux mots un résumé du livre. Il y a longtemps qu’elle hante l’esprit de Butler. Il en a déjà opposé les deux termes l’un à l’autre dans une phrase du Fair Haven, où il ne les chargeait point, il est vrai, d’un sens scientifique définit. Mais dans l’histoire de ses idées, les formules, les mots ont leur destin, et ces deux-là, apparemment, portaient en eux dès le début un germe de vie. Butler travailla à son nouvel Opus, qu'il frappera du n° 8, avec entrain et confiance; ce sera, croit-il, la meilleure de ses œuvres5. Mais le plan d’un semblable ouvrage est difficile à équilibrer, et Butler, de son propre aveu, dut le remanier plus d’une fois.

1. Ch. XII, Considérations on the Decline of lialian Ari, p. 152-153.

2. Il ne se cachait pas de vouloir faire un livre de polémique, cf. lettre de S. Butler à Mrs. Tylor, 17 octobre 1886 (M. IT, 41).

- 3. Cf. lettre de Butler à M. H. Paget, 20 mai 1880 : « After Ihave donemy present book (Unc. Mem.), 1 go on to the « CGrganic and Inorganic », I have finally made up my mind that there is no hard and fast line to be drawn, and every molecule of matter is full of will and consciousness, and that the motion of the stars in space is voluntary and of design of their parts » (M. I, 333).

4. « Ttis more by luck than by cunning that we are Christians.. », Fair Haven, p. 69. Mais le tout premier germe de cette antithèse apparaît déjà furtivement dans le Book of the Machines (Erewhon, p. 269) : Butler y expose, sans la prendre à son compte, la thèse d’un déterminisme psychologique, première idée de son « cunning », qui s’oppose aux interprétations populaires de la conduite humaine, « Chance, or luck or fortune ». Voir une allusion humoristique à cette formule dans Erewhon Revisited, p. 268 : Georges, dit le maire Strong à Higgs, a deux pères jumeaux : « You by luck and me by cunning ».

5. Lettre de Samuel Butler à Miss Savage, 19 février 188F (M. I, 439). Lettre à Miss Butler (date ?) (Fam. Rel., p. 214 : ce livre « will, U hope, do great things « or me».)

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