‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 89 sur 255 · Préface, 1re édition, p · texte numérisé non relu

Préface, 1re édition, p

3. Chap. XI : « The Way ol Escape, 8 p., ch. VIII et IX. Properir, Commonsense and Protoplasma, 2? p.

chose contient un peu de son contraire, et cette réserve, en satisfaisant notre sens philosophique, nous permet de nous livrer sans remords aux classifications trop brutales, mais seules opérantes, du sens commun’. Le plan premier du livre prévoyait une dernière partie suffisamment abondante pour équilibrer les chapitres déjà écrits; Butler y aurait étudié à loisir la subdivision de la vie organique en vie animale et vie végétale; les expériences de Tylor et sa thèse y eussent été développées, et l'ouvrage aurait ainsi justifié l'inscription votive de sa première page?. Mais entre temps, sa sourde rancune contre Darwin fut réveillée par le Charles Darwin de Grant Allen (1885). Il eut une fois de plus l’occasion de mesurer l’emprise encore considérable de Darwin sur le public anglais. Il fallait contre-attaquer. Alors, jetant un peu du lest préparé, il relégua Tylor et ses expériences au chapitre de la fin, pour insérer dans l’ouvrage de longs passages où il s’étendait complaïsamment sur les points qui l’opposent personnellement à Darwinÿ. La vigueur, l’âpreté de ces attaques sont surprenantes. Butler tente de les justifier en dressant les deux thèses l’une contre l’autre comme les deux alternatives d’un dilemme. Cette opposition, d’ailleurs, aurait pu se faire en quelques paragraphes; mais Butler ne sait pas s'empêcher de retomber dans ses anciens errements, et la discussion, sur bien des points, devient une chicane âpre, entêtée et déplaisante, Butler a comparé les différentes éditions de L’Origine des Espèces (on soupçonne qu'après tant de lectures successives, et si minutieuses, il connaît le texte du livre mieux que ne le faisait son auteur lui-même). Il y flaire et dépiste à travers une hypocrite prudence, et sous un embarras de mauvais aloi, un dessein de rapine effrontée et d’impérialisme intellectuel. Est-il besoin de dire, fût-ce en passant, que tant de noirceurs n’existaient que dans l'imagination échauffée de Butler ? Mais son livre avait été entrepris pour être, avant toute autre chose, une machine de guerre. Dans un article de la Pall Mall Gazelle où il l’analysait, G. B. Shaw remarquait, non sans

1. Quelques-unes des idées de ces quatre chapitres (V, VIII, IX et XI) se trouvent esquissées dans une lettre de Samuel Butler à Edward Jones (frère de Henry Festing Jones), 6 novembre 1884, cf. M. I, 430-433.

2. « To the memory of the late Alfred Tylor, Esq. F. G. S., etc., whose experiments at Carshalton in the years 1883 and 1884 established that plants also are endowed with intelligential and volitional faculties this book begun at his nstigation is gratefully and affectionately inscribed ».

3, Chap. XII, XIII, XIV, XV, XVI, XV IIL.

malice : « The controversy is one in which the last word is everything! ».

La publication de Luck or Cunning? se traduisit, inévitablement, par une perte d'argent. Le livre ne se vendit ni mieux ni plus mal qu'Unconscious Memory?, mais fit encore moins parler de lui. Grant Allen dans l’Academy montra qu’il gardait rancune à Butler de n'avoir pas accepté ses avances. Du reste il se devait à lui-même, il devait à sa situation, de défendre la mémoire de Darwin. G. B. Shaw, dans son article, conservait l'attitude ironique d’un arbitre qui marque les coups et se garde de prendre parti. Il insistait avec un plaisir évident sur la violence de l'attaque. Cette humeur batailleuse n’était pas pour lui déplaire; cependant il faisait grand éloge du style de l'écrivain, de « his skilful terseness and exactness of expression, his frank disdain of affected suavity or imperturbability, his apparently but not really paradoxical humour. ». Le butin d’éloges est maigre. Luck or Cunning? qui contient de fort beaux passages, restera l'un des livres les plus déroutants et les plus irritants de Samuel Butler. Cependant l’archevêque d’York en disait du bien‘. On n’était pas fâché dans les milieux anglicans de voir Darwin, ce loup-garou, secoué par un roquet aux dents acérées, et l’homme qui accomplissait cette bonne œuvre pouvait à bon droit sembler — croyant ou non — combattre en faveur de la religion. Cette attitude ne se basait d’ailleurs pas quesurdes raisons d’opportunisme. Butler ne disait dans son livre rien qui pût offenser un ecclésiastique aux idées larges. Philosophe indépendant, il avouait qu’au bout de la science il existe un royaume de l’inconnaissable auquel il consentait, cette fois sans ironie apparente, à appliquer les mots-symboles de la tradition religieuse : Dieu, le royaume du (Gel, etc. « Religion, écrivait-il, is the quintessence of science, and

1. Pall Mall Gazette, 31 mai 1887: « Darwin denounced », par G. B. Shaw.

2. En 1899, 284 exemplaires vendus. £f. Analysis of the Sale of my Books, IN°PB p1068;

3, Mais non pas, comme l’a écrit un critique, « decidedly the least interesting and the least characteristie of Butler’s books on Evolution ». (De Lange, Samuel Builer : Critic and philosopher, p. 107). Et. O. and N. est infiniment plus ennu yeux et contient bien moins de vues personnelles que L. or C.

4, « [hear the Archbishop of York spoke at Shrewsbury repeatedly in the very highest terms of mv book, Luck or Cunning?, and I perceived the efiect when 1 went down there. No doubt he has spoken in like manner elsewhere », Lettre de Samuel] Butler à Mrs. Danvers, 20 juillet 1888.

science the raw material of religion! ». Faute de mieux — — Darwin avait de toute évidence compromis ce mieux pour longtemps — une telle formule pouvait sur le plan philosophique donner satisfaction à un homme d'église, car ellc marquait nettement la subordination de l’arrogante science aux grandes synthèses du dogme. Depuis la véhémente protestation de l’évêque Wilberforce, beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts de l'Eglise Etablic. Le chanoine Butler luimême, s’il eût vécu, et en supposant qu’il eût daigné lire le livre, n’eût pas manqué d’applaudir aux efforts de son fils pour détrôner le prophète du déterminisme scientifique?.

1. Luck or Cunning? p.221. > 2. Butler ne dira son dernier met surle sujet du transformisme darwinien qu’en 1890, avec Tl'he Deadlock in Darwinism (voir plus bas chap. XII).

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