‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 91 sur 255 · Sauf une · texte numérisé non relu

Sauf une

2. Passant par Faido, où Butler, qui choisissait volontiers cette bourgade

comme centre d’excursions, avait précisément fait un séjour quelques semaines avant lui (août 1878).

de vieux villages dont les églises aux porches naïfs et les auberges débonnaires enchantaient l’auteur d’Erewhon. Cependant ce goût pour l'Italie n’apparaît quelque peu original que par sa vivacité exclusive et profondément sincère, et par certaines de ses manifestations littéraires. Il s’insère, par ailleurs, dans l’un des grands courants traditionnels de l’humanisme anglais. Car, si le voyage en Italie a cessé d’être, au temps de la bonne reine, une aventure passionnée, il n’en reste pas moins l’élément distingué de toute éducation littéraire ou mondaine bien comprise. Il n’est plus, dans la décade qui précède le jubilé, l'expédition fatigante et coûteuse qu’avaient entreprise l’évêque Butler et même le pasteur Thomas. Le « progrès » était en marche. Le tourisme moderne, né avec les chemins de fer, se développait aussi avec eux. Butler calculait que « when the St-Gothard tunnel is open, it will be possible to leave London, we will say, on a Monday morning, and be at Faido by six or seven o’clock the next evening! ». Cette facilité ravissait son sens pratique. Il assistait aux travaux de percement de ce grand ouvrage d’art; le va-et-vient des charrettes et des ouvriers, l’écho sourd des explosions, troublaient la paix de lieux qu’il avait pu connaître tout différents?. Dans un autre endroit il remarquait avec humour l’envahissement des panneaux-réclames de cigarettes et de machines à coudre, dont les personnages narquois semblaient présider aux défilés religieux®. Il ne s’attardait nullement à déplorer ces empiétements sur le pittoresque traditionnel, car il haïssait au plus haut degré l’attitude du voyageur sentimental, niais ou hypocrite, béant d’une admiration de commande devant la Mer de Glace ou le Pont du Diablef.

Du reste, beaucoup de ces vallées du Tessin étaient encore d'accès difficile. Butler, une fois rendu dans un centre d’excursion choisi par lui, les parcourait à pied ou dans de lentes et poussièreuses pataches. Il allait d’une chapelle à une autre, d’un village au suivant, fixant à l'avance son itinéraire, mais prêt à s’arrêter en chemin, à revenir sur ses pas ou à faire un détour, si quelque objet imprévu accrochait sa curiosité. Ce qui l’attirait d’abord, c'était, de toute évidence, le pays

1. Alps., 22, cf, aussi p. 92, Le tunnel fut inauguré le 1er juin 1882.

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