CHAPITRE CINQUIÈME
Les Récollets, les commis de la Compagnie des Marchands, et les truche ments. — Bulle du jubilé apportée de France par le Père d'Olbeau.— Disparition de deux Français aitribuée à crime.— Champlain règle le cas à l'amiable, — Les sauvages complotent d’exterminer les Français.—Projets découverts. — Voyage du Père Huet en France. — La mission de Tadoussac et la résidence des Récollets. — Mort du Frère Pacifique, — Le Père Poullain à la résidence des Trois-Rivières.
Les Récollets ne mirent pas de temps à comprendre que leur présence en Canada était à charge aux commis ou agents de la Compagnie des marchands de France. “ Lorsque les “ Récollets arrivèrent en Canada, écrit Champlain, une partie “ des associés, étant de la religion prétendue réformée, “ n'avaient rien de moins à cœur que la nôtre s’y établit, “ quoiqu’ils consentissent à y entretenir ces religieux, parce “ qu’ils savaient que c'était la volonté du roi (1).” Les Huguenots avaient beau jeu à courber les autres sous le joug de leur autorité, l’intendant des marchandises étant huguenot, ainsi que son contre-maître. “ Dans leurs vaisseaux, où il, “ faisaient leurs prières, ils avaient partout le dessus, écrit à “ son tour le Frère Sagard, et nous, en chantant les louanges “ de Dieu, nous étions contraints de tenir la proue. C’est “ que les principaux de la flotte, avec la plupart des officiers, ‘“ étaient de la religion prétendue réformée (?)....Ne trouvant
(1) Champlain, Voyages, 1ère partie.
(2) Sagard, Histoire du Canada, IV, p. 861.
“ donc ni empêchement ni obstacle qui s’opposât à leurs “ volontés, ils forçaient les catholiques eux-mêmes d’as- “ sister à leurs prières et à leurs chants de Marot, sous peine ‘ “ autrement de n'être point admis dans leurs vaisseaux ni “ employés dans leurs ateliers, Je m'en suis plaint bien sou- “ vent, mais en vain; les catholiques, sans dévotion, à qui “ la seule avarice faisait passer la mer pour rapporter des pel- “ Jeteries, s’accommodaient aisément à l'humeur des Hugue- “ nots (1)....Il arriva même que, pendant qu’un de nos reli- “ gieux disait la sainte messe, à la traite, les Huguenots en “ vinrent jusqu’à chanter leurs marottes, ce qui avait l'air ‘ d’être fait pour l’interrompre et le contrarier. Ce n'était ‘“ pas le moyen de planter la foi catholique dans ce pays, les “ chefs et les principaux étant contraires à cette même foi, ‘“ mais plutôt d'établir parmi les sauvages une confusion de “ croyances (?)....Si les catholiques avaient un prêtre, les “ Huguenots avaient un ministre; et, pendant qu'ils s'échauf- “ faient à la dispute, les sauvages, de leur côté, scandalisés “ par ces querelles, restaient confirmés dans leur irréligion, “ Car ils s’apercevaient bien des différentes manières de ser- “ vir Dieu, et remarquaient que les uns faisaient le signe de “ la croix, et non pas les autres, comme ils me l’ont dit eux- “ mêmes quelquefois (3).” Cet exposé des misères suscitées aux religieux par les Huguenots est l'expression fidèle de la vérité, Triste spectacle que de voir, sous un roi très chrétien, l'erreur l'emporter souvent sur la religion révélée, dans une colonie où la tête professait ouvertement le catholicisme ! Les Récollets se (ha heurtèrent ainsi à des difficultés sans cesse renaissantes, ren- 0 11:
À (it) À} (1) Zbidem, IV.
(2) Ibid.
(3) Zbid.
contrant une vive opposition, lorsqu'ils n'auraient dû s’attendre qu’à de l’encouragement et à de bonnes dispositions. Ne pouvant pénétrer au cœur des sauvages qu’au moyen des interprètes, ils se trouvaient à la merci de ces hommes généralement insensibles aux progrès de la christianisation des infidèles, et l’histoire est là qui établit que les Récollets ne purent apprendre les langues indigènes assez à fond pour opérer tout le bien qu'ils auraient voulu. L'un d'eux écrivait de Tadoussac, au Père Provincial, en 1618 : “ Si nous savions “ parfaitement bien la langue, je ne sais quel profit l’on ne “ ferait pas avec ces peuples (1.”
Les commis de traite ne se montraient pas mieux disposés que les truchements. Plusieurs menaient une vie licencieuse au milieu des tribus sauvages, et les reproches des Pères leur rendaient la religion à charge et leur faisaient fuir la compagnie des religieux. La conduite de ces pervers allait jusqu’à provoquer du scandale parmi les sauvages. Mais les facteurs ne tinrent pas tous une conduite aussi repréhensible, Il y en eut qui furent un sujet d’édification, et ne se permirent jamais la moindre infraction aux règles de la décence et de la morale,
Pour obvier à ce malheureux état de choses, les Récollets avaient résolu, dès la première année de leur séjour en Canada, de fonder un séminaire de sauvages et des missions sédentaires à Québec, à Tadoussac, aux Trois-Rivières et au pays des Hurons. Dans ce dessein ils avaient déjà en 1617 une chapelle aux Trois-Rivières, mais ils n'avaient pu, faute de ressources, y bâtir une résidence convenable, Toutefois les Pères s’y rendaient de temps à autre pour les besoins de
(1) Le Clercq, Premier Etablissement, etc., I, 134.
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la mission, Le Frère du Plessis préparait les âmes par ses lecons de catéchisme,
Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que le voyage en France des Pères Le Caron et Jamet n'avait abouti à aucun résultat, et que le Père d’Olbeau traversa aussi la mer en même temps que Champlain, dans l'intérêt de la colonie. “ Monsieur de Champl n, écrit le Père Le Clercq, employa “ toute son adresse, la prudence et les intrigues de ses amis “ pour obtenir ce qui était nécessaire à l’établissement de sa
“ nouvelle colonie, Le Père Jean d’Olbeau de son côté n’y
“ épargnait rien : l’un et l’autre parlèrent souvent aux Mes- “ sieurs de la compagnie, mais sans aucun succès, car ces “ gens qui avaient toujours les oreilles ouvertes au récit “ avantageux qu’on leur faisait des profits considérables qu’ils “ pouvaient retirer de leur commerce avec les sauvages, les “ fermèrent aux demandes et aux instances qu’on leur faisait, “ Ainsi ils se contentèrent de ce qu’ils purent obtenir (1).”
Le seul profit que le Père d’Olbeau retira de son voyage, fut d'obtenir la permission de ramener avec lui le frère Modeste Guines, et d'apporter la bulle d’un jubilé que le Souverain Pontife avait accordé à la Nouvelle France. On en fit solennellement l'ouverture, à Québec, le 29 juillet 1618. Cette fête religieuse ranima la foi dans les âmes et elle fit époque dans les annales de la mission franciscaine en Canada. Les Pères avaient fait ériger dans le voisinage de leur chapelle plusieurs cabanes à la façon sauvage, qui servirent de stations, Les Français et les sauvages se rendirent processionnellement de l’une à l’autre de ces chapelles improvisées, en chantant des psaumes et des hymnes de l'Eglise,
(1) Le Clercq, Æt. de la foi, I, 128.
Les Récollets ne comptaient plus en 1618 que trois sujets, les Pères Le Caron et d’Olbeau, et le Frère Guines, les Pères Huet et le Frère Pacifique étant repassés en France à l’au-’ tomne, avec l'intention cependant de revenir à Québec l’année suivante. Durant l’hiver de 1617-18 les missionnaires avaient été appelés à régler une question bien épineuse. Deux Français étaient disparus depuis 1616. La découverte de leurs cadavres avait démontré qu’on était en présence d’un double assassinat. A force de perquisitions l'on finit par mettre la main sur l’un des coupables, qui avoua son crime. Il fallut décider de son sort. Quel châtiment lui serait-il infligé ? Le cominis Beauchesne, à qui Champlain avait délégué tous ses pouvoirs, durant son absence, semblait disposé à recevoir* quelques présents, d’après le système suivi par les sauvages. C’est ainsi qu’ils réglaient le plus ordinairement ces questions de justice criminelle, Les Récollets s’opposèrent à ce règle-" ment par trop amical, Après avoir longuement délibéré sur le parti le plus sage à prendre, ils résolurent de remettre le coupable à son père, et d'accepter comme otages deux jeunes Indiens, pourvu toutefois que le meurtrier et ceux de sa nation resteraient amis des Français. Les Pères ne voulurent pas user de plus de rigueur, vu que l'habitation était alors entourée de sauvages qui auraient pu, si les Français eussent fait un mauvais parti à l'assassin, se venger à leur façon. En outre il y aurait un danger constant de s’aventurer dans les bois. Toute mesure rigoureuse enfin pouvait avoir pour effet d’entraver le commerce des pelleteries,
Lorsque l'affaire fut soumise à Champlain, à son retour de France, il n’hésita pas à dire, qu’à tout prendre, il valait mieux ‘“ couler le cas à l’amiable, et passer les choses dou- “ cement.” Les Hurons cependant firent la remarque que les Français n'avaient pas été sévères. Ce qui fait dire à Cham-
plain : “ Reconnaissant les sauvages gens sans raison, de peu “ d'accès, et faciles à s’étranger, et fort prompts à la ven- “ geance: Que si on les pousse d’en faire la justice, il n’y “aurait nulle sûreté pour ceux qui se presseront de faire les “ descouvertures parmi eux.”
Quelques années plus tard, l'écrivain des Relations faisait à ce propos de judicieuses réflexions : “ Ce serait, dit-il, “ tenter l'impossible et même empirer les affaires plutôt que “ d'y apporter remède, qui voudrait procéder avec les sauva- “ ges selon la justice de la France, qui condamne à mort celui “quiest convaincu de meurtre, Chaque pays a ses coutu- “ mes conformes aux divers naturels de chaque nation. Or, “ vu le génie des sauvages, leur justice est sans doute très “efficace pour empêcher le mal, quoiqu’en France elle parût “ une injustice; car c’est le public qui satisfait pour les fau- “ tes des particuliers, soit que le criminel soit reconnu, soit “ qu’il demeure caché. En un mot, c’est le crime qui est “ puni (1).”
La conduite des Récollets était donc justifiable, si on l’envisage au point de vue de la justice, telle qu’elle avait toujours été comprise par les sauvages. Disons à la louange du commis Beauchesne, qu'il se soumit de bonne grâce au jugement des missionnaires,
Cet incident n’eut pas de suite, heureusement, et il mit fin à toute une trame ourdie contre les Français dans le but de les exterminer en masse, Le double meurtre de Charles Pillet, serrurier de l'habitation, et d’un matelot, n'avait été que le prélude sanglant du grand massacre que les sauvages préparaient dans l’ombre. Durant l'hiver, huit cents d’entre eux s'étaient réunis aux Trois-Rivières, et ils avaient décidé
(1) Relation de 1648.
secrètement de surprendre les Français de Québec, et de les égorger tous. Le Frère Pacifique, qui se trouvait alors aux Trois-Rivières, avec la mission de catéchiser les sauvages, fut averti par un nommé Laforière, Indien portant un nom français, du projet criminel qui se préparait contre les blancs. Le Frère fit aussitôt avertir les habitants de Québec de se mettre sur leurs gardes. Puis lui-même chercha, à l’aide de Laforière, à conjurer l'orage menaçant. Celui-ci sut si bien se concilier les esprits de ses compatriotes, qu'il réussit presque sans effort à les faire renoncer à leur plan barbare, Plus que cela, il leur prouva qu’il était dans leur intérêt de faire une paix durable avec les Français.
Une bande de sauvages se rendirent à Québec et ils proposèrent de leur chef la réconciliation la plus entière. Ils l’obtinrent à condition qu’ils abandonneraient deux des leurs comme otages. L’un, nommé Tebachis, d’un caractère triste, indiscipliné, incorrigible, s’enfuit peu de temps après son arrivée; mais l’autre, Nigamon, se laissa facilement instruire par les missionnaires et leur donna satisfaction.
Lorsque Champlain quitta Québec, en 1618, avec le Père Paul Huet, la colonie était donc dans la sécurité du côté des sauvages, mais elle était toujours sérieusement menacée dans son existence par l’apathie des marchands. Le Père Huet était chargé de plusieurs missions importantes auprès de ses supérieurs de Paris, entre autres celie de les consulter au sujet de l'administration du baptême aux sauvages. Ces infidèles consentaient bien à écouter l'explication des différents mystères de la religion, n’en comprenant que les côtés matériels, Aussi se laissaient-ils baptiser avec une complaisance surprenante. La preuve qu’ils ne se rendaient pas compte de la grandeur de ce sacrement, c'était leur persévérance à retomber dans les mêmes fautes. “ Ils consenti-
“ raient, lisons-nous dans les écrits des missionnaires, à se “ faire baptiser dix fois le jour, pour un verre d’eau-de-vie “ ou pour une pipe de tabac; ils nous offrent leurs enfants “et veulent bien qu’on les baptise; mais, tout cela, sans le “ moindre sentiment de religion (1).” Un sauvage à l’extrémité, dit Charlevoix, ayant demandé le baptême, le Père Le Caron le lui administra, après avoir fait promettre au malade de vivre chrétiennement et de se faire instruire, s’il revenait à la santé, Au bout de quatre ou cinq jours, ce sauvage, se trouvant mieux, retourna à ses superstitions, et eut recours à un sorcier pour être guéri ; et, comme on voulut lui reprocher son infidélité, il répondit qu’il n’ajoutait point foi à tout ce qu'on avait fait pour lui; et il mourut ainsi au bout de quelques jours (?).
Les missionnaires comprirent bientôt qu'il ne fallait pas compter sur la sincérité de ces barbares, et de crainte de voir profaner le baptême, ils voulurent connaître l'opinion des docteurs de la Sorbonne, Ceux-ci décidèrent le cas dans le même sens que le Père Biard, lorsqu'il était missionnaire en Acadie : “ Nous baptisons, écrivait le pieux et savant Jésuite, “ les petits enfants, du consentement de leurs parents, et dans “ l'espérance que nous aurons moyen de les instruire, quand “ils auront l’usage de la raison. Nous baptisons aussi les “ adultes, en cas de mort, les catéchisant du mieux que nous “ pouvons et que le temps le permet, Quant aux autres qui “ ne sont pas en péril de mort, nous les baptiserons aussi, “ lorsque, par votre aide, nous pourrons les instruire en leur “ langue et qu’eux-mêmes pourront répondre à nos questions :
(1) Le Clercq, Premier Ktablissement de la Foi, 1, p. 146. (2?) Champlain, 2e partie.
“ çar il faut que celui qu’on baptise adulte réponde lui-même, “et non le parrain pour lui (1).”
Pendant quele Père Huet s’occupait activement en France de l'avancement spirituel de la colonie, les religieux de Québec ne restaient pas dans l’inactivité, Le Père Le Caron partait, le 9 novembre (1618) pour Tadoussac, afin d'y reprendre l’œuvre à peine ébauchée du Père d'Olbeau au milieu des Montagnais. La rencontre qu’il y fit d’un sauvage du nom de Choumin, lui fit trouver moins rudes les privations de toute nature auxquelles il fut assujetti durant l'hiver, Choumin, appelé le Cadet, parce qu'il était soigneux de sa personne, et, comme dit Sagard, parce qu'il sentait peu son sauvage, fit au missionnaire les honneurs de sa cabane avec une cordialité qui n’avait rien de dissimulé, Dans le cours de l'hiver, la femme de Choumin lui donna un garçon. Lorsqu'il fut question de le baptiser, Choumin, s'adressant au Père Joseph, lui dit: ‘ Comment l'appellerons-nous? Je vou- “ drais bien que ce fût Père Joseph ?” — “ Il vaudrait mieux, “ reprit le missionnaire, lui donner le nom de monsieur du ‘“ Pont ou de monsieur de Champlain, Ce sera un bon moyen “ de te faire aimer et de tirer profit de leurs visites. Quant à “ moi, mon amitié t'est toute acquise; je t’aimerai bien sans “ cela ; du reste, je suis pauvre et ne puis te rendre riche.”— “ Peu m'importe, répartit le sauvage, “ j'aime bien M. du Pont, ‘“ M. de Champlain et tous les Français, mais je t'aime en- “ core plus qu'eux. C’est pourquoi je veux qu'il se nomme “ commetoi, Quand il sera grand, je te le donnerai pour l’in- “ struire et demeurer avec toi, car je ne veux pas qu’il soit “ marié, mais je veux qu'il soit habillé et qu’il vive comme “toi.” Le Père Le Caron dut obtempérer au désir de Chou-
(1) Relation de 1611, p.
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min, et l'enfant fut appelé le Père Joseph et par les Français et par les sauvages,
Le Père Le Caron quitta Tadoussac vers la mi-juillet 1619, après y avoir élevé une résidence pour les religieux de son ordre, sur un terrain que la Compagnie des marchands leur avaient concédé, En partant il abandonna aux soins de deux Français de confiance cent quarante néophytes qu'il importait d’instruire dans la foi,
Le Père d'Olbeau avait passé l'hiver à Québec, administrant les sacrements au petit nombre de catholiques qui y demeuraient, instruisant les sauvages et vaquant à l’oraison.
Au printemps le Père Huet était revenu de France, avec le Père Guillaume Poulain et trois frères, parmi lesquels le Frère Pacifique, et deux ouvriers. Champlain était resté en Frauce dans l'intérêt de la colonie. Ce fut une grande joie chez les habitants av. ie voir arriver les secours spirituels et temporels qu'apportaient les nouveaux missionnaires, Le Père Huet avait obtenu l’autorisation de bâtir à Québec un couvent régulier, suivant les formalités légales. Le prince de Condé lui avait remis, dans ce but louable, la somme de quinze cents livres ; messire Charles de Boues, grand vicaire de Pontoise, ecclésiastique d’une grande vertu, avait largement souscrit à l’œuvre de construction, et il avait de plus accepté le protectorat de la mission avec le titre de syndic général des missions du Canada. D'autres personnes pieuses contribuèrent aussi au soutien de l’entreprise, C'était un rayon de soleil à travers les sombres nuages qui, depuis quatre ans, obscurcissaient le ciel de la Nouvelle France, Mais l'allégresse générale fut bientôt convertie en chagrin par la mort inattendue du Frère Pacifique du Plessis, le 23 août 1619. “ Ce fut la première offrande aue firent à Dieu les “missions du Canada,” s’écrie l’abbé Ferland. Les obsèques
furent solennelles, et son corps fut déposé dans la chapelle de la basse-ville, au milieu des pleurs et des regrets de tous,
Sagard fait l'éloge de son frère en Dieu et en religion: “ Ce bon religieux, dit-il, était doué de beaucoup de belles “ vertus et des qualités requises en un vrai frère Mineur, “ mais il avait sur toutes la charité en singulière recomman- “ dation, car quand il était question d’assister le prochain, il “ y allait comme un homme pour gagner des pistoles, mais “ des pistoles du Paradis, J'ai quelquefois vu les Supérieurs “ le reprendre de cette trop grande ardeur, mais il les priait “ de si bonne grâce, que connaissant cette grande compassion “qu’il avait dans son âme, laquelle s’étendait jusques aux ‘“ animaux mêmes auxquels il ne pouvait faire de mal, ils le “ laissaient faire des œuvres de charité... Chrétiens et sau- “ vages perdirent en lui un grand support ét la principale de “ leur consolation en maladie (1).”
La petite colonie de Québec eut aussi le malheur de perdre, cette année-là, Anne Hébert, femme d’Etienne Jonquet. Ce ménage donnait les plus belles espérances d’avenir heureux et prospère, quand, après seulement douze mois, la jeune femme mourut, en donnant le jour à un enfant qui ne vécut pas. Jonquet (?) lui-même fut emporté par la maladie quelque temps après. Cette triple mortalité jeta un voile funèbre sur les familles,
Le Père d'Olbeau, alors supérieur de la mission, confia au Père Poulain la résidence des Trois-Rivières, qui sera désormais l’objet d’une sollicitude toute particulière de la part des Récollets.
(1) Sagard, ZJistoire du Canada, 1, p. 66.
(2) Le Père Sixte le Tuc, dans son ZZistoire chronologique de la Nouvelle France, äonne le nom de Jean au gendre de Louis Hébert. Il est le seul de tous les écrivains de son ordre qui lui aient attribué ce nom.