‹ Samuel Champlain [microforme]Chapitre 14 sur 117 · CA PER LOS ST · texte numérisé non relu

CA PER LOS ST

jours à la Frence, car elle reposera sur quatre colonnes inébranlables, savoir: la force, la justice, le commerce et l'agriculture (1).

Champlain adressa en même temps à la chambre de commerce un mémoire où il expose tous les bénéfices que les marchands et les armateurs pourront retirer de la pêche, de l'exploitation des bois, de la culture des grains, des mines, des fourrures, de l'élève du bétail, des cuirs (?).

Evfin Champlain tenta un suprême effort auprès de la compagnie de Rouen, qui était dure à la détente, Les marchands étaient imbus de l’idée que si le Canada se colonisait, ils seraient gênés dans leur commerce par les habitants, qui accapareraient toutes les fourrures, à leur détriment. Ce seul motif était plus que suffisant pour les faire contrecarrer les projets de Champlain. Mais il existait une autre raison, beaucoup plus grave, soulevée par le fanatisme sectaire de certains d’entre eux.

La compagnie de Rouen renfermait deux éléments hostiles, des catholiques et des huguenots, Ces derniers voyaient d’un mauvais œil le séjour des Récollets en Canada, car ils ne voulaient pas de colonisation dans le sens catholique, De là des divisions au sein de la compagnie, Chaque parti entendait agir à sa guise et nommer des commis de son choix, les uns catholiques, les autres protestants, De sorte que les dissensions qui existaient parmi les sociétaires, trouvaient un écho trop peu affaibli sur les rivages du Saint-Laurent, Champlain était tenu par état de garder la neutralité au milieu de ces factions : aussi sa position n’était pas toujours enviable, Il ne ménageait cependant ni les conseils, ni même les remon-

(1) Voir en appendice, Pièce 2 : L'utilité que le sieur de Champlain. (2) Voir Pièce 3, en app.: ‘ Supplique adressée par le Sieur de Champlain...” et Pièce 4 : ‘ Délibération de la chambre d2 commerce...”

trances, car il était revêtu d’une autorité qui lui permettait de le prendre d’un peu haut avec l’engeance remuante des facteurs. Son attitude énergique, impartiale, qui aurait dû commander le respect et la confiance de tous, lui attira des haines sourdes qui se firent jour jusqu’en France. Les marchands hugnenots surtout crurent rencontrer en lui un obstacle à leurs desseins, Voilà pourquoi ils mirent tout en œuvre pour le déposséder de sa charge de lieutenant du viceroi, en essayant de lui substituer Pont-Gravé. Champlain v'aurait plus alors qu’à s'occuper de découvertes. C’était procéder cavalièrement à l'égard du fondateur de Québec, qui avait été l’homme de confiance d’Aymar de Chastes, le bras droit de Pierre du Guast, et le lieutenant du duc de Soissons avant d’être celui du prince de Condé, Attaqué dans ses droits comme dans son honneur, Champlain revendiqua avec fermeté les prérogatives dont il avait été officiellement revêtu, et ne voulut pas conseatir à accepter semblable humiliation, Le plus pénible pour lai, dans cette circonstance, fut sans aucun doute la rivalité que l’on suscitait, par cette combinaison malencontreuse, entre lui et Pont-Gravé, son vieil ami, “ qu’il respectait à légal d’un père.” Cette considération, qui aurait pu paralyser ses efforts, ne l’arrêta pas dans ses démarches pour obtenir de la cour le règlement d’une difficulté qui menaçait de tourner à une question de délicatesse, Le roi dut intervenir par une lettre enjoignant aux marchands de secourir Champlain dans son œuvre de colonisation et de découvertes, indistinctement, sans préjudicier toutefois au trafic des pelleteries, qui resterait dans les conditions préalablement posées. Le document royal était catégorique :

DE PAR LE Roy

“ Chers et bien-aimez, sur l’advis qui nous a esté donné, ‘qu'il y a eu cy-devant du mauvais ordre en l’establisse-

“ ment des familles et ouvriers que l’on a menez en l’habita- “tion de Québec, et autres lieux de la Nouvelle France, “ Nous vous escrivons ceste lettre, pour vous déclarer le “ désir que nous avons que toutes choses aillent mieux à “ l'advenir : et vous mander, que nous aurons à plaisir que “ vous assistiez autant que vous le pourrez commodément, le “ sieur de Champlain, des choses requises et nécessaires pour “ l'exécution du commandement qu'il a receu de Nous, de “ choisir des hommes expérimentez et fidèles pour employer “ à descouvrir, habiter, défricher, cultiver, et ensemencer les “ terres, et faire tous les ouvrages qu’il jugera nécessaires “ pour l'établissement des Colonies que nous désirons de “ planter audit pays, pour le bien de nostre serv! :t l’uti- “ lité de nos Subjects, sans que pour raison desüites descou- “ vertes et habitation, vos Facteurs, Commis, et Entremet- “ teurs, au faict du trafic de la pelleterie, soient troublez n’y

“ empeschez en aucune facon et manière que ce soit, durant “ le temps que nous vous avons accordé, Et à ce ne faites “ faute. Car tel est nostre plaisir,

“# Donné à Paris, le 12 jour de Mars, 1618.

Ainsi signé: LOUIS Et plus bas, POTIER.

Les marchands ne se tinreut pas pour battus, et ils forcèrent Champlain à poursuivre son affaire jusque devant le conseil de Tours, qui, après avoir entendu les plaidoyers de part et d'autre, porta un arrêt en vertu duquel Champlain restait maître de sa charge.

Cette première victoire devait être suivie d’une seconde beaucoup plus agréable pour le fondateur de Québec. Il réussit, à force d’instances, à faire promettre aux marchands d'organiser une forte et saine émigration pour l’année suivante, de telle facon, qu’en 1619, Québec pourrait renfermer

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quatre-vingts personnes, y compris Champlain et trois Récollets ; le reste se composerait de commis, d'ouvriers et de laboureurs. Après leur avoir arraché cette promesse, il prit la sage précaution d’en faire rédiger un acte en bonne forme par devant notaires. Au pied du document, daté le 21 décembre 1618 (1), apparaissent les signatures de Pierre du Gaust, et de Lucas Legendre, au nom des associés, Vermeulle, Corneille de Bellois et Mathieu D’Insterlot : Guerreau et Fourey, notaires.

Champlain n’eut rien de plus pressé que de soumettre au conseil du roi les résolutions, si généreuses en apparence, de la compagnie de Rouen, Mais ce beau zèle se ralentit bientôt, et le document notarié devait rester lettre morte. Les marchands retombèrent dans leur apathie d'autrefois, et l’année 1619 s’écoula comme les précédentes, sans qu'ils songèrent à coloniser le Canada. Toujours des promesses, jamais de réalisation, “ Voilà comme cette affaire se passa, dit “ Champlain, il semblait que tous obstacles se mettaient au- “ devant, pour empêcher que ce saint dessein ne réussit à la “ gloire de Dieu.”

Le prince de Condé étant sorti de prison (?), le 20 octobre 1619, le roi lui avait remis sa commission de vice-roi de la Nouvelle France. La compagnie lui octroya mille écus comme gratification, Le prince consentit à en donner la moitié aux Récollets pour la conttruction d’un séminaire à Québec. Ce fut le seul service que ce vice-roi rendit à la Nouvelle France, S'occupant peu d’un pays aussi lointain, il accepta avec joie les trente-trois mille livres qui lui furent offertes pour l’aban-

(1) Cet acte ne fut rendu officiel que le 11 janvier 1619. (2) La lettre de grâce du roi est datée du 9 novembre, et elle ne fut vérifiée en parlement que le 26 suivant. — Le Wereure Franrois.

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don de sa charge, de la part du duc de Montmorency, amiral de France. Dolu, grand-audiencier du royaume, fut nommé intendant de la Nouvelle France, Cet homme désirait ardemment travailler au bien spirituel et teraporel de la colonie, Le duc de Montmorency (1) renouvela en faveur de Champlain sa commission de lieutenant général, en lui conseillant fortement de retourner à Québec, de s’y fortifier de son mieux, afin de mettre le pays à l’abri des invasions étrangères, Champlain se sentit plus rassuré, fort d’un patronage aussi puissant, et bien disposé en apparence. C’est alors qu’il résolut d'emmener à Québec sa jeune femme qui n'avait pas encore mis le pied en Canada, Il mit ordre à ses affaires privées, et il emporta tout ce qui lui appartenait, car il ne croyait jamais plus retourner en France, au moins pour y faire un long séjour, Avant son départ, il eut la consolation de voir se régler d’une manière définitive, tous les embarras que lui avaient suscités les marchands au sujet de son commande-

ment qu’ils voulaient restreindre, Le roi lui écrivit une lettre très gracieuse, qui montre l'estime qu’il entretenait à l’égard de ce fidèle serviteur de son pays et de sa religion.

‘# Champlain,

“ Ayant su le commandement que vous avez reçu de mon ‘“ cousin le duc de Montmorency, amiral de Xrance, et mon “ vice-roi en la Nouvelle France, de vous acheminer au dit

(1) Henri IT, duc de Montmorency, était fils de Henri I Damville. Il était né en 1595, et fut le filleul de Henri IV. Devint amiral à l’âge de 17 ans, et hérita alors, en 1612, du gouvernement de Languedoc, à la mort de son père. Entrainé dans la révolte de Gaston, frère de Louis XIII, il fut vaincu à Castelnadaury, en 1632, après avoir fait des prodiges de valeur. Il fut pris par les troupes du roi, condamné à mort et exécuté, à l’âge de 38 ans, l’année même que les Français reprenaient possession de Québec.—Sa veuve, Marie des Urains, prit le voile au couvent de la Visitation, à Moulins.

“ pays, pour y être son lieutenant, et avoir soin de ce qui se ‘‘ présentera pour mon service, j'ai bien voulu vous écrire “ cette lettre, pour vous assurer que j'aurai bien agréables “ les services que vous me rendrez en cette occasion, surtout “ si vous maintenez le pays en mon obéissance, faisant vivre “ les peuples qui y sont le plus conformément aux lois de “ mon royaume que vous pourrez, et y ayant le soin qui est ‘“ requis de la religion catholique, afin que vous attiriez par “ce moyen la bénédiction divine sur vous, qui fera réus- ‘“ sir vos entreprises et actions à la gloire de Dieu, que je “ prie vous avoir en sa sainte et digne garde, Ecrit à Paris, “ le septième jour de mai 1620.

Signé, LOUIS Et plus bus, BRULART.

Cette lettre confirmait Champlain dans toutes les prérogatives attachées à sa charge, en même temps qu’elle lui assu-

rait la bienveillance de la couronne de France,

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