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CHAPITRE NEUVIÈME

Champlain rend visite au duc de Montmorency et au Roi. — Les Récollets se sentent incapables de continuer leurs missions, faute de ressources.— Ils s'adressent à la Compagnie de Jésus. — Le Père Coton. — Le duc de Ventadour succède comme vice-roi au duc de Montmorency. Il nomme Champlain son lieutenant. — Les Pères Jésuites Charles Lalemant, Enemond Massé et Jean de Brébeuf passent en Canaüa.— Le Père de la Roche d’Aillon, récollet les accompagne. — Mauvais accueil fait aux Jésuitcs parles commis. — Ils vont loger chez les Récollets.

Après avoir pris quelques jours de repos à Dieppe, où le vaisseau de Pont-Gravé était arrivé le premier jour d’octobre

(1624), Champlain courut à Saint-Germain-en-Laye y ren-.

contrer le duc de Montmorency, qui se chargea de lui ménager un entretien avec le roi. Il importait plus que jamais de mettre Sa Majesté au courant des affaires de la Nouvelle France. Les Récollets allèrent également saluer le vice-roi et lui exposer leurs griefs. Les Huguenots, disaient-ils, usaient de mauvais traitements à l'égard des catholiques, et sur mer et sur terre; ils insultaient la religion en chantant des psaumes pendant que les missionnaires célébraient la messe, et l'ensemble de leurs procédés était de nature à scandaliser les sauvages, Sur les vaisseaux ils avaient tcïjaurs le soin de s'emparer de la dunette pour y réciter leurs prières, pendant que les catholiques étaient relégués sur le gaillard d'avant, sans égard pour personne d’entre eux. C’étaient toujours les mêmes dissensions religieuses qui allaient s’envenimant et de moins en moins tolérables,

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Le Père Piat que ses confrères avaient envoyé en France afin d'exposer la situation religieuse du Canada, avait un but particulier que nous allons signaler en passant, J'usqu’alors les Récollets avaient pu réussir à arracher à la Compagnie quelques secours matériels. Se voyant incapables de remplir seuls la fin qu'ils s'étaient proposée en venant à la conquête des âmes, ils avaient résolu, dans un conseil secret, de subveair par eux-mêmes s 1x besoins les plus essentiels de leur vie quotidienne, Ils consentaient volontiers à sacrifier leur santé, leur patrie et même leur vie pour la conversion des sauvages, mais ils trouvaient que c'était trop de les forcer à mourir de faim sur une terre étrangère, quand il avait été stipulé par des actes officiels que les marchands leur fourniraient les moyens d'existence. Les Récollets croyaient fermement que les indigènes étaient susceptibles de se civiliser et de se christianiser, Le Père Poulain écrivait à son supérieur que les sauvages pourraient être peu à peu amenés au catholicisme, en travaillant d'abord à former le cœur et l’esprit de la jeunesse. Afin de parvenir à cette fin si désirable, il importait d'établir un séminaire à l’usage des petits enfants. Cette idée, mise à exécution par les Jésuites, quelques années plus tard, ne devait pas avoir les résultats avantageux que l’on pouvait légitimement espérer, par la raison que, pour s'attacher les sauvages, jeunes et vieux, il fallait leur donner beaucoup, voire même les combler de présents. C'était à peu près l’unique moyen de les apprivoiser. Les Jésuites connurent le moyen, mais faute de ressources pécuniaires, ils ne purent le mettre en pratique. Les Récollets se sentant incapables de fonder un séminaire, et encore moins de le soutenir, avaient décidé dans le secret du monastère, de s'adresser à la compagnie de Jésus qui passait pour riche et très influente à la cour et auprès des grands du monde, Le Frère Sagard est très explicite sur

ce point: “ Entre tous les Religieux, dit-il, nous proposâmes “les RR. PP, Jésuites, lesquels comme personnes puissantes ‘“ pouvaient beaucoup à ces peuples indigents, où il faut “ nécessairement avoir de quoi donner si on y veut avancer, “ car plus on leur donne plus on les attire, et n'ayez pas de “ quoi à les nourrir, c’est-à-dire qu’ils nous admireront et peu vous pourront suivre, Ce n’est pas comme dans les Indes, où les habitants n'avaient à faire que du secours spirituel simplement, là où ceux-ci ont affaire de tous les deux, spiri- “ tuel et temporel, et par ainsi que je peux dire assurément “que la pauvreté de $S. Francois a fait un très grand fruit “aux Indes, et que nous avons eu raison d'appeler le “ secours des RR, PP. Jésuites au Canada (?.

La détermination des Récollets, si elle eût été connue, aurait pu facilement être entravée, car les Huguenots détestaient les Jésuites, et les marchands qui étaient à la tête de la Compaguie de Montmorency, appartenaient à la religion soi-disant réformée, Quand le fait du départ des Jésuites pour le Canada fut rendu public, il était déjà trop tard pour formuler une opposition qui eût quelque chance de succès. A Québec les agents de la compagnie partageaient :: pinion de leurs mattres à l’égard de la Compagnie de Jésus. Champlain n'avait pas voulu se prononcer ouvertement sur l'opportunité de la démarche des Récollets, de peur d’en compromettre le résultat, Dans la circonstance il étais sans doute plus prudent de se tenir sur la réserve, et d'attendre le fait accompli pour le faire ensuite agréer, sans nuire au bien temporel de la colonie, qui coudoyait un abîme,

Les Récollets de la province de Saint-Denis, conformément à l'autorisation du Saint-Siège de charger de pouvoirs tels

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