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CHAPITRE DEUXIÈME

Géographie du pays.— Nombre des bourgades huronnes.-— Différentes tribus. — Nations de l’Ours, de la Corde, de la Roche, les Tohotahenrats. — Population de la famille huronne.—Son origine et ses migrations. — La famille iroquoise et ses guerres avec les Algonquins. — Son armée. — Quelques détails sur les missions et sur les peuplades huronnes.— Coup-d'œil sur les travaux des Jésuites du temps de Champlain.

Le pays des Hurons comprenait la péninsule ou langue de terre arrosée à l’est par le lac Simcoe, et à l’ouest par la baie Georgienne. Il s’étendait, du nord au sud, entre les rivières Severn et Nottaouasaga. Sa longueur était de vingt-cinq lieues, et sa largeur en atteignait à peine sept ou huit. Son sol, quoique sablonneux, était assez fertile, et produisait en abondance le blé-d’inde, la fève, la citrouille et l’hélianthe annuel ou tournesol, dont les Hurons extrayaient l’huile, Les tribus les plus voisines, comme les Outaouais et les Algonquins, venaient y chercher leurs provisions.

Champç'ain y trouva, en 1615, dix-huit bourgades, dont il ne mentionne que cinq: Carhagouha, Toanché, Carmeron, Tequenonquiayé, Cahiagué, La plus importante était Cahiagué, où l’on comptait deux cents cabanes: c'était, comme nous le verrons, le bourg principal de la tribu de la Roche,

La péninsule huronne était habitée par quatre tribus de même langue et de même origine, On les appelait: 1° les Attignaouantans, ou tribu de l’Ours; 2° les Attignenonghacs ou tribu de la Corde ; 2° les Arendarrhonous, ou tribu de la

Roche ; 4° enfin, les Tohontaheurats (1). Les plus nombreuses, comme les plus respectées, étaient les tribus de l’Ours et de la Corde, qui avaient pris possession du pays, la première vers 1589, et la seconde vingt ans plus tard. Les vieillards de ces deux tribus racontaient aux missionnaires, en 1638, que leurs ancêtres, depuis deux cents ans, avaient souvent changé de résidence, ayant été forcés d’émigrer d’un lieu à un autre environ tous les dix ans,

Dans leurs conseils, les nations de l’Orrs et de la Corde se traitaient de frères et de sœurs. Toutes leurs afirires étaient administrées par deux capitaines, l’un de guerre et l’autre de conseil,

Ces deux tribus se propagèrent beaucoup par elles-mêmes, mais elles surent aussi attirer à leurs foyers des membres épars de races étrangères, qui vinrent se fondre dans la masse, De sorte qu'avec le temps, la famille huronne devint l’une des plus peuplées et des plus redoutables de l'Amérique du nord, La communauté de langue servit beaucoup à produire ce merveilleux résultat, Ainsi les Andastes de la Virginie, parlaient la langue des Hurons. Les Tionnontatés devinrent tellement identifiés avec leurs voisins, qu’on les appelait les Hurons du Petun. Les sauvages de la nation des Neutres avaient aussi adopté le langage huron. Cette uniformité d’idiome devait créer entre ces diverses nations des liens difficiles à rompre,

Le Père de Brébeuf, procédant par induction, calculait que, de son temps, il pouvait y avoir dans l'Amérique du Nord 300,000 sauvages comprenant le dialecte huron. Ce dénombrement était peut-être exagéré, car les aborigènes de tout le

(1) Le nom général commun à ces quatres nations, selon la langue du pays, est Ouendat.”’—Aelation de 1639, p. 50.

territoire connu des Hurons de qui le Père tenait ses renseignements, ne renfermait pas trois cent mille individus. Comment aussi s’en rapporter à des gens pour qui un millier de personnes est un nombre prodigieux ? Comment faire le recensement de ces peuples plus ou moins sédentaires, variables à l'excès, se portant tantôt ici tantôt là, au gré du caprice ou suivant les hasards de la guerre, se recrutant de prisonniers ou de débris de nations conquises ? Pour ne citer qu’un exemple bien frappant de ces recrutements étranges, il suffit d'examiner de près la composition de la grande famille iroquoise, du temps de Champlain, C'était nn ramas de tribus ou fractions de tribus réduites par la force des arines, appartenai aux Hurons, aux Tionnontatés, aux Neutres, aux gens de la nation du Chat et de la nation du Feu. On rencontrait de tous ces peuples chez les Iroquois. Eux-mêmes s'étaient détachés de la famille huronne, pour former une branche qui devait, avec le temps, acquérir beaucoup plus de vivacité que l'arbre d’où elle avait pris origine. On appelait les Hurons les bons Iroquois pour les distinguer des méchants Iroquois, qui avaient la réputation d’être féroces et sanguinaires, Ils firent la guerre avec toutes les nations du Canada, Abénaquis, Micmacs, Algonquins, Montagnais, Hurons. Leur férocité indomptable les faisait redouter de tous les sauvages de l'Amérique septentrionale. Il fut même un temps où ils étaient l’objet de la terreur générale, et l’on s’explique aisément pourquoi à l’arrivée de Champlain à Tadoussac, en 1603, les sauvages sollicitèrent si instamment son alliance,

En étudiant la période contemporaine de Jacques Cartier, tout observateur se convaincra bientôt que les sauvages riverains du grand fleuve, de Stadaconé à Hochelaga, appartenaient à la famille huronne-iroquoise. Nicolas Perrot, qui vécut longtemps au milieu des sauvages du continent, se

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faisant l'écho d’une tradition commune, dit que “ le pays des “ Iroquois était antrefois le Montréal et les Trois-Rivières.” Leurs voisins les plus rapprochés étaient les Algonquins relégués le long de la rivière Ottawa. Les Iroquois cultivaient la terre et vivaient surtout des produits du sol, tandis que les Algonquins ne s’occupaient que de chasse et de pêche. Cette habitude de lutter contre les bêtes des forêts, les avait rendus plus aptes à la guerre ; aussi étaient-ils redoutés même des Iroquois, qui se considéraient en quelque sorte comme leurs vassaux,

Nous avons raconté somimairement, dans un précédent chapitre (1), comment la guerre éclata entre les Algonquins et les Iroquois, amis depuis longtemps. Donnons plus de détails.

Un jour, suivant une coutume particulière aux peuplades sauvages du Canada, les Algonquins invitèrent un certain nombre d’'Iroquois à passer l'hiver avec eux, s'engageant à leur fournir des viandes fraiches et à les bien traiter, Après avoir fait la chasse dans un certain rayon, il fallut décamper pour se fixer ailleurs. Six Algonquins et six [roquois prirent les devants, et passèrent le temps à courir sur les pistes des élans ou des caribous. Leurs premières courses ne furent pas chanceuses ; les animaux semblaient fuir avec plus de rapidité qu’à l’ordiuaire, et les flèches n’atteignaient pas le but, Les Iroquois acquirent une certaine habileté, et se sentant déjà forts de leur courte expérience, ils partirent seuls pour la chasse, et quelques jours plus tard, ils revenaient chargés et tout glorieux de leurs succès, tandis que les Algonquins étaient revenus bredouille, Ceux-ci conçurent dès ce moment

une grande jalousie qui ne tarda pas à se manifester par des

(1) Voir chapitre XI, vol, I.

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