‹ Samuel Champlain [microforme]Chapitre 33 sur 117 · EL · texte numérisé non relu

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de toutes les provisions destinées aux habitants de Québec. Ceux-ci allaient donc se trouver dans la triste perspective de lutter avec la famine la plus cruelle qu’ait jamais éprouvée une colonie en détresse, Dès le mois de juin précédent il ne restait plus en magasin que quatre à cinq poincons de biscuits de mauvaise qualité et quelques barriques de pois et de fèves, Ne voyant pas arriver de navires, Champlain songea à expédier une chaloupe à Gaspé y chercher des vivres, mais il n'en avait aucune qui pôt faire un pareil trajet; aussi résolut-il d'en construire une assez grande pour transporter deux familles complètement dénuées de tout. La barque terminée, il voulut en confier le commandement à un homme d'expérience, et dans ce dessein il avait jeté les yeux sur Guillaume Couillard. Mais celui-ci ne voulut pas, prétextant la peur des sauvages, Ce refus souleva un petit incident que Champlain rapporte assez au long, de manière à jeter du louche sur Couillard. Toutefois il ne peut s'empêcher de faire son éloge quant à sa conduite antérieure, Depuis quinze ans qu'il était au service de la compagnie, il s'était toujours montré courageux, il s'était attiré l'amitié de tout le monde, et même de Champlain, qui n'avait rien épargné pour lui faire plaisir et lui rendre service, Couillard refusa donc de se rendre aux sollicitations pressantes de Champl:n, bien qu'il y allât de la vie de plusieurs personnes. “ Allez, lui dit le fondateur de Québec, vous perdez toutes les conditions que l'on pouvait espérer d’un homme de bien; si ce n’était pour peu, je vous ferais mettre prisonnier pour la désobéissance que vous faites en une nécessité, Vous desservez le roi en tout ceci; néanmoins on aviser…a à ce que l’on aura à faire.” Quelques jours plus tard, l’armée anglaise apparaissait devant Tadoussac, et l'amiral se contentant de ra vager l’habitation du cap Tourmente, reprenait la route de son pays.

On a prétendu que Roquemont n’avait pas recherché le combat. Dans ce cas sa défaite est excusable, au moins dans une certaine mesure, vu que son intention en venant au Canada, n’était pas de guerroyer contre les ennemis de la France, mais de ravitailler une colonie aux abois. Cependant la prudence lui comraandait de bien armer ses vaisseaux en cas d’attaque,

Vautres, comme Champlain, qui ont crut que Roquemont courut au-devant des coups, le blâment avec beaucoup de raison, et pour les considérations suivantes :

1° L’embarquement n’avait d'autre but que de secourir le fort et l'habitation de Québec. En allant au-devant de l’ennemi, Roquemont ne se perdait pas seul, mais il laissait tout le pays, c'est-à-dire près de cent personnes, exposé à périr de faim,

2° Etant à Gaspé, où il apprit que l'amiral anglais avait remonté le fleuve, à la tête d’une flotte beaucoup plus puissante que la sienne et en hommes et en munitions, Roquemont devait l'éviter avec tout le soin possible, et, dans une circonstance comme celle-là, son devoir était tracé d’avance : il devait réunir un conseil de ses meilleurs marins et savoir d'eux s’il ne pourrait pas trouver le long des côtes un abri sûr et une retraite invisible,

3° Roquemont, ayant mis ses vaisseaux dans un port sûr, devait envoyer une chaloupe bien équipée pour surveiller les mouvements de la flotte ennemie, et puis attendre que celle-ci fût partie avant de s’engager dans le Saint-Laurent,

4 Puisque Roquemont voulait absolument en venir aux mains, il aurait dû charger le flibot de farine, de poutre, y faire embarquer les religieux, les femmes et les enfants, et ce petit vaisseau, qui était un fin voilier, aurait pu facilement s'échapper à la faveur du combat, et se rendre à Québec.

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Champlain, à qui nous empruntons ces considérations tout à fait sensées, ajoute avec non moins d’à-propos : “ De dire, que dira-t-on si je ne voie l'ennemi ? Je dis qu’en semblables ou pareilles affaires, c'est être prudent, qu’il vaut mieux faire une honorable retraite, qu’attendre une mauvaise issue, Le mérite d’un bon capitaine n’est pas seulement au courage, mais il doit être accompagné de prudence, qui est ce qui le fait estimer, comme étant suivi de ruses, stratagèmes et d’inventions: plusieurs avec peu ont beaucoup fait, et se sont rendus glorieux et redoutables.”

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