CHAPITRE PREMIER
Négociations entre l'Angleterre et la France. — Champlain et Châteauneuf, ambassadeur français, à Londres, —Champlain quitte l'Angleterre pour la France. — Entrevue avec Richelieu. — Le médecin Daniel délégué auprès du roi Charles I.— Projet d'armement pour reprendre Québec, — Charles 1 promet de restituer le Canada. — Fontenay-Mareuil succède à Châteauneuf.— Pousse vigoureusement les négociations.— Délais inévitables ‘ausés par des guerres en Europe. — Reprise des négociations en 1632. — Lettre de Charles I à sir Isaac Wake, ambassadeur anglais à Paris. — Conditions de restitution, — Débats entre les Kirke et de Cuën. — Traité de Saint-Germain-en-Laye.
Des négociations pour faire restituer le Canada à ses anciens maîtres ne devaient pas tarder, grâce à l'initiative du fondateur de Québec. A peine, en effet, avait-il mis le pied sur le sol d'Angleterre, qu’il se rendait chez l'ambassadeur français, M. de Chateauneuf, le sollicitant d'agir avec vigueur. Ille mit tout d'abord au courant des derniers événements, déposa entre ses mains un mémoire relatif à la capitulation,
l'original même du traité, et une carte de la Nouvelle France, telle qu’on l'avait désignée jusque-là. D’après Champiain, elle comprenait toutes les terres dont nous trouvons la description dans Linschot, qui s'exprime ainsi: “ La partie de l'Amérique qui s'étend vers le pôle arctique au nord, est nommée Nouvelle France, à cause que Jean Verrazano, Florentin, étant envoyé par le roi Francois en ces quartiers-là, découvrit presque toute la côte, commençant depuis le Tropique du Cancer jusqu’au cinquantième, et encore plus outre vers le nord, y dressant les armes et étendards de France; à raison de quoi le susdit pays a depuis porté le nom de Nouvelle France (1).”
Toutefois Champlain ne disputait pas aux Anglais la possession des Virgines, bien que cette contrée eût été habitée, quatre-vingts années auparavant, par des Français, qui avaient en outre découvert presque toute la côte américaine, depuis la rivière Saint-Jean jusqu’à la péninsule floridienne. Il est constant eu effet que Champlain lui-même avait baptisé les ports et les rivières de la Nouvelle Angleterre, jusqu’au delà du cap Cod, vers le 40° degré de latitude septentrionale.
Après avoir ainsi consacré cinq semaines à fournir des renseignements propres à guider l’ambassadeur dans ses négociations auprès de la couronne anglaise, Champlain résolut de se rendre en France, non sans avoir au préalable obtenu la quasi assurance que ses désirs seraient tôt ou tard exaucés., Il quitta Londres le 30 de novembre, et prit passage à Rye, dans le comté de Sussex, pour traverser le détroit jusqu’à Dieppe. Ici il fit la rencontre du capitaine Daniel, qui arrivait de son expédition au Canada. L'on a déjà vu que le brave Dieppois, au lieu d’aller porter secours
(1) Linschot, Description de l'Amérique, p. 1,
à l’habitation de Québec, avait ruiné l'établissement de l’Ecossais Stuart, sur l’île du Cap-Breton ; il remit à Champlain la commission que lui avaient envoyée les directeurs de la compagnie de la Nouvelle France.
Champlain ne s’attarda pas à Dieppe, courut à Rouen, où il apprit par une lettre du P, Charles Lalemant la perte du vaisseau des Jésuites près des îles de Canseau. L'ancien missionnaire du Canada était alors supérieur du collège des Jésuites, à Paris.
De Rouen, Champlain s’achemina vers Paris, Il y vit le roi, le cardinal de Richelieu, et plusieurs associés de la compagnie de la Nouvelle France. Tout naturellement l’on s’entretint très au long de la perte du Canada et des moyens de le recouvrer, La cause de Champlain était excellente, et il la fit valoir de son mieux; mais il fallait la faire agréer de tous ceux qui avaient la haute main sur les destinées de la France. “ Je leur fis entendre, s’écrie Champlain, tout le sujet de mon voyage, et ce qu’ils avaient à faire, tant en Angleterre qu'aux autres choses qui convenaient pour le bien et utilité de la Nouvelle France.”
Les événements marchèrent au gré de Champlain, car bientôt l’on dépêchait à Londres un médecin nommé Daniel, avec des lettres pour le roi Charles I, lui demandant la restitution du fort et de l'habitation de Québec, ainsi que des ports et havres des côtes de l’Acadie, comme ayant été pris après la paix conclue entre les deux couronnes. Le roi d'Angleterre fit réponse qu'il était prêt à remettre Québec, sans toutefois mentionner l’Acadie. Daniel rapporta cette bonne nouvelle aux directeurs des Cent-Associés, qui n’eurent rien de plus pressé que de donner ordre au commandeur de Rasilly de se mettre à la tête d’une flottille, dont partie serait fournie par le roi, et partie par la compagnie, afin de reprendre, de force
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ou d'amitié, possession de Québec. Les associés s’engageaient à souscrire seize mille livres pour l’affrètement des navires,
La nouvelle de cet armement extraordinaire jeta l'alarme dans Londres; mais l'ambassadeur français rassura la cour en disant que les vaisseaux de guerre serviraient à protéger les pataches, et qu’il n’était nullement question de semer le trouble ou la mort parmi les colons anglais résidant dans les postes naguère occupés par les Français, (Cette explication parut satisfaire Charles I, qui promit de rendre à la France toutes les possessions qu’elle avait en Amérique lors de la signature dû traité de Suze, le 24 avril 1629. Afin d’être juste à l’égard de l’Angleterre, disons qu’elle avait également à se plaindre de la prise par des Français de deux vaisseaux anglais, dans le même temps que les frères Kirke s’emparaient de Québec. Il y avait donc eu illégalité de part et d’autre, et les revendications ne pouvaient avoir de résultat pratique que si elles éte' nt réglées parallèlement. Les Anglais auraient préféré conserver le Canada, au moins jusqu’après la traite de l’année suivante, car les Kirke et leurs associés fondaient de grandes espérances sur le commerce des fourrures avec les sauvages, C’est ce qui explique la lettre du cardinal de Richelieu à M. de Chateauneuf, en date du 3 décembre 1629: ‘“ Ils vous disent ne pouvoir rendre le Canada présentement, c’est une raison pour laquelle nous devons différer la restiintion de ces vaisseaux.” Et encore : “ S'ils consentent à la restitution pure et simple de Québec, vous la prendrez ; sinon, il vaut mieux laisser tirer l'affaire en longueur (1).”
(1) Collection de documents inédits sur l'Histoire de France. Instructions diplomatiques du cardinal de Richelieu, Paris, 1858, t. III, 3 décembre.
Nous venons de voir que Charles I promit une seconde fois de rendre Québec, et quand M. de Chateauneuf quitta son poste d’ambassadeur au mois d'avril 1630, il avait obtenu ‘“ toute assurance de restitution des choses prises depuis la paix (1). Le marquis de Fontenay-Mareuil lui succéda à Londres, où il arriva le 13 mars 1630 (*). Le cardinal de Richelieu lui disait dans ses instructions: “ L’intention de Sa Majesté est que, reprenant les négociations du sieur de Chateauneuf, vous poursuiviez et demandiez la restitution du Canada, des marchandises et des vaisseaux pris aux Français, depuis la paix (#).”
Le nouvel ambassadeur ne pouvait pousser les négociations avec plus d'activité que son prédécesseur, Le fait est que M. de Chateauneuf avait, dans l’espace de deux mois, présenté cinq mémoires au sujet des affaires du Canada auxquels les commissaires (*) nommés pour le règlement des affaires étrangères avaient répondu le 11 février, et dont la conclusion comportait, quant au Canada, que Sa Majesté persistait toujours dans sa résolution d’accomplir la restitution des places, navires et biens pris sur les Français, et particulièrement du Fort de Québec, suivant la première déclaration qui en avait été faite par un mémoire en latin et communiqué à l'ambassadeur français, quelque temps auparavant (5).
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