‹ Samuel Champlain [microforme]Chapitre 40 sur 117 · RE CES · texte numérisé non relu

RE CES

(1) Mercure François, t. XVI, p. 444.

(2) Lbidem, p. 443.

(3) Zbid. Instructions pour le sieur de Fontenay.

(4) Ces commissaires étaient sir Humphrey May, sir John Coke, sir Julius Cesar et sir Henry Martin.

(5) Touchant la restitution des places, navires et biens qui ont été pris sur les Français en Canada, et particulièrement du fort de Québec, Sa Majesté persiste en sa première résolution signifiée au dit Sieur Ambassadeur par un Mémoire qui lui fut délivré en Latin, portant que le dit fort et habitation de Québec, qui fut pris par le capitaine Kertk, le 9 (19) de juillet, sera restitué en même état qu’il était lors de la prise, sans rien abattre des

dll

à Rx Dis RE BAS

ÿl | Î |

£ Le Tabnese péage. ES

DEEE

Louis XIII était alors engagé dans des guerres contre la maison d'Autriche, Richelieu, de son côté, n'avait pas le temps de s'occuper du Canada, qui tenait une place moins large dans les affaires de la cour que les questions politiques européennes, Aux guerres extérieures s’ajoutèrent bientôt les divisions intestines dans lesquelles Gaston, frère du roi, joua un rôle considérable. Le duc de Montmorency épousa la cause des séditieux ; mais il paya de sa tête le complot nourri contre le roi.

Ce ne fut qu’en 1632 que l’on reprit sérieusement les négociations si vigoureusement entamées en 1629. Dans l'intervalle les autorités anglaises n'étaient pas restées dans l'inaction. Charles I n'avait pas oublié sa promesse de restitution, et l’eût-il oubliée, qu’on la lui aurait vite rappelée, car il existait en France des personnages qui ne perdaient pas le Canada de vue. Le 12 juin 1631, Charles I adressait à sir Isaac Wake (1), son ambassadeur à Paris, une longue lettre, lui exposant à quelles conditions il rendrait le Canada et l’Acadie à ses premiers maîtres. Elles se formulaient comme suit :

1° Le paiement de la balance de la dot de la reine Henriette ;

fortifications ou batiments, ni en emporter des armes, munitions, marchandises ou ustensiles qui y furent lors trouvées. Et que si aucune chose en avait été emportée, elle sera rendue soit en espèce ou en valeur, selon la quantité de ce qu’il a pu ou pourra apparoir par nouvelle examination qui en sera faite sur serment avoir été trouvé au dit lieu. Semblablement les peaux qui ont été prises et emportées du dit fort pour butin et choses de bonne prise, seront restituées selon qu’aussi il peut ou pourra apparoir pour le compte exact qui en sera pris là, sur serment exact qu’elles auront été prises et emportécs du dit lieu. C’est ce que Sa Majesté offre et demeure toujours en résolution d'accomplir selon la première déclaration qu’elle en a faite, et n’estime pas pouvoir être rressée à davantage sur ce point là en vertu du dernier Traité.—State Papers Office, Colonial Papers, vol. V, art. 50, (1) Voir Fièce 13 en appendice.

2° la restitution des navires pris par les Français ;

3° la main-levée des saisies pratiquées dans les eaux anglaises, contrairement au traité,

En vertu de son contrat de mariage la reine Henriette possédait un douaire de 800,000 couronnes, équivalant à 800, 000 écus de trois livres, monnaie de France, dont la moitié était payable, la veille du mariage, à Londres, et l’autre moitié, un an plus tard, à compter de la date du premier paiement, Le mariage eut lieu le 13 juin 1625, et la première moitié du douaire fut alors payée. A l’époque où nous sommes, la France était encore redevable de l’autre moitié, et Charles I la réclamait comme une des conditions de la restitution des forts et habitations de la Nouvelle France,

Quelques historiens ont cru que le règlement du douaire de la reine avait pu guider la conduite du roi Charles I, C’est une exagération, car si la dette était légitime, la France ne pouvait, sans de graves raisons, se dispenser de la payer. Les difficultés survenues dans l'intervalle n'étaient pas de nature à changer les dispositions d’un contrat de mariage. Du reste M. de Chateauneuf avait promis de régler cette dette, Si des doutes existaient sur sa légitimité, on pourrait, dans ce cas, expliquer la théorie de ceux qui semblent attribuer à de la faiblesse la résolution du roi si souvent et si nettement formulée,

Dans sa lettre à l'ambassadeur Wake, Charles I fait allusion aux pièces échangées entre MM. de Chateauneuf et Fontenay-Mareuil d’une part, et les lords commissaires chargés de régler les réclamations des parties lésées par les prises de l’année 1629, C’est assez dire que durant les années 1630 et 1631, Guillaume de Caën eut à soutenir de longs débats avec les frères Kirke au sujet des marchandises et des pelleteries soustraites du magasin de Québec et du vaisseau

Ter

ARR of 6

d'Emery de Caën, L'on ne s’entendait, ni sur le nombre ni sur la valeur des peaux de castor. De Caën réclamait le prix de 4,266 castors, qui, d'après ses calculs, lui avaient été enlevés. Kirke prétendait n’en avoir trouvé que 1,713, et le reste de sa cargaison, savoir 4,000 peaux, avait, prétendait-il, été obtenu des sauvages par le trafic, D’après les livres de compte de la compagnie des marchands anglais, les Kirke avaient acheté en traite 4,540 castors, 432 peaux d’élan, et n'avaient trouvé en magasin que 1713 castors, Cette différence de versions s'explique ainsi: les Anglais ne parlaient que des castors portés aux livres de compte de la compagnie, tandis que les Francais comprenaient dans leurs calculs toutes les peaux qui leur appartenaient lorsque le fort fut rendu, sans distinction de ce qu'ils cachèrent ou retinrent du consentement des Anglais (1).

Guillaume de Caën évaluait chaque castor 12 livres 10 chelins, et le sieur Burlamachi écrivait de Metz, le 30 janvier 1631, aux députés de la compagnie anglaise, qu'il avait été forcé de céder à ses prétentions, à raison d’un acte du Conseil privé de Sa Majesté promettant de faire bon ce prix-là (?). Le roi s'était engagé à payer à de Caën, en remboursement de ses pertes, la somme de 14,330 livres sterling, dont 8270 pour les pelleteries et les marchandises, plus 6060 livres (3) pour la prise des vaisseaux, David Kirke s’opposa de toutes ses forces à ce paiement, sous le prétexte qu’il y avait exagération dans les calculs de de Caën, et demandait beaucoup plus que la valeur réelle de sa perte. Mais Kirke eut beau

(1) State l’apers Office, Colonial Papers, vol. VI, art. 12.

(2) Cet acte fut passé le 22 janvier 1629.

(3) Ce chiffre était de l'évaluation anglaise, tandis que de Caëün ne réclamait qu’un peu plus de la moitié de cette somme.— Col. Papers, vol. VI, art. 53.

Qt

faire, le roi et ses aviseurs ne l’écoutèrent pas, et consentirent à rembourser de Caën,

Les associés des Kirke ne semblent pas avoir joué le beau rôle en toute cette affaire. S’étant un jour avisés de s’emparer des pelleteries apportées du Cauada à Londres, ils firent sauter le cadenas apposé par la justice sur la porte du magasin, Quelque temps après, le sieur de Caën, accompagné d’un sergent et d’un député de la compagnie, allant visiter le dépôt des fourrures, n’y trouvèrent plus que 300 peaux de castor et 400 d'élans. Plainte ayant été portée au roi, celui-ci ordonna à Kirke de rapporter en-dedans de trois jours les 6000 peaux qui manquaient, sous peine d’incarcération ou de saisie de leurs biens. Evidemment le capitaine français aurait dà mieux surveiller ce magasin, qui renfermait une partie de sa fortune, ou mieux toute sa fortune, car il déclara dans le temps que ses richesses en France ne dépassaient pas la somme de £750,

David Kirke fut obligé d’abattre pavillon devant l'attitude ferme de Guillaume de Caën, et tout particulièrement à raison de l’obéissance qu'il devait à l’autorité royale, qui s’interposait de toute sa force en faveur du capitaine francais. La compagnie anglaise se trouvant à perdre une somme considérable, il était juste qu’une compensation lui fût accordée, comme elle le fut en effet dans certaines limites, Charles I nomma deux commissaires chargés de prendre les intérêts de la compagnie, Ils avaient pour mission de s'entendre avec Guillaume de Caën, représentant la compagnie française, pour régler le point en litige. Sir Isaac Wake et Burlamachi devaient agir pour et au nom de l'Angleterre. Après un échange de correspondances presque interminable, le roi de France consentit à payer à David Kirke une somme de

LOL 7

£20,000, à condition toujours qu'il restituerait le fort de Québec, le contenu du magasin, le vaisseau d’'Emery de Caën et les pelleteries saisies en Canada.

Kirke se montra mécontent de cet arrangement, et il écrivit à sir Isaac Wake pour flétrir sa con luite, l’accusant de n'avoir pas suivi les instructions de la compagnie, Il concluait sa lettre par ces mots: ‘“ Je comprends que la conduite de cette affaire a été tout à fait irrégulière, car il est évident qu’on s’en est rapporté entièrement aux témoignages des Français, tandis qu'on n’a fait aucun cas des dépositions des Anglais (1).”

Dans ce même mémoire, la famille Kirke se plaint de ce - ue la compagnie des marchands aventuriers avait été forcée de plaider en France pour obtenir la remise du butin enlevé par les Français, tandis que les corsaires francais n'avaient pas eu à subir une semblable humiliation, Cette assertion n’était pas conforme aux faits, car Guillaume de Caën avait été astreint, non seulement à demeurer à Londres pour revendiquer ses biens, mais il lui avait fallu faire le guet pour empêcher qu’ils ne fussent enlevés.

Les Kirke ne pouvaient en réalité exiger qu’une compensation pour les pertes qu'ils avaient pu subir, et les de Caën, qui n'avaient aucune responsabilité apparente dans le conflit de 1629, ne pouvaient être appelés à solder le montant de leurs réclamations. Les pelleteries et marchandises du magasin de Québec étaient la propriété des de Caën. En venant au Canada, Emery de Caën avait pour principal objectif de rapporter en France ce qui restait en entrepôt, Il ne cherchait pas la guerre; loin de là, il croyait naviguer en pleine paix.

(1) 24 avril 1632. Col. Papers, Vol. VI, No 53. Signé David Kertk, pour ma mère, Elizabeth Kertk.

Thomas Kirke, qui le fit prisonnier, agissait à la façon des corsaires, illégalement et contre la foi des traités, Pourquoi oublier la paix conclue à Suze? IL est vrai que les Kirke ignoraient son existence lorsqu'ils se mirent en route pour l'Amérique; mais ce n’est qu’une excuse à leur attitude de belligérants. Une fois informés de la nature des négociations entre les couronnes anglaise et française, ils n'avaient d’autres ressources que de s'adresser au roi, s’il se croyaient lésés dans les privilèges que leur conféraient leurs lettres de marque, La commission royale posa la question sur son véritable terrain, en demandant pour eux une indemnité à la France, au nom du roi Charles I,

Toutes ces disputes, que le temps ne fit qu’envenimer, devaient prendre fin devant l'attitude énergique du cardinal de Richelieu. Désireux de régler cette question qui traînait depuis plus de deux ans, tenant en haleine les ambassadeurs des deux royaumes, le roi donna des lettres de pouvoir, le 25 janvier 1632, aux sieurs de Bullion et Bouthillier, Déjà Charles T avait envoyé en France le sieur Burlamachi, muni de lettres favorables à la restitution du Canada et de l’Acadie, et il avait fait parvenir à son ambassadeur extraordinaire, sir Isaac Wake, des lettres de pouvoir dans le même but, Le 5 mars, les commissaires obtinrent de Louis XTII une audience au cours de laquelle furent posées les bases d’un traité propre à ramener la concorde et la paix. Sir Isaac Wake agissait comme ambassadeur de Charles I, Bullion et Bouthillier représentaient la France.

La première question à régler, la plus irritante, était celle des prises, Le roi de France consentait à payer dans les deux mois pour les sieurs Lumagne et Vanelly la somme de 64,246 livres, 4 chelins et 3 deniers, pour les marchandises du navire

PR nn dd re AA

Re RS pe

meurs sd ds SRE

rer

le Jacques, et 69,866 livres, 9 chelins et 2 deniers pour celles de la Bénédiction, tous deux devant être restitués à leurs propriétaires sous quinze jours. Le même consentement comprenait en outre le butin pris sur le Bride, vendu à Calais, au détriment des sieurs Lumagne et Vanelly.

De son côté, le roi d'Angleterre promettait ‘“ de rendre et restituer tous les lieux occupés en la Nouvelle France, l’Acadie et le Canada, par les sujets de Sa Majesté de la Grande Bretagne, iceux faire retirer des dits lieux ; d’ordonner à tous ceux qui commandaient à Port-Royal, au fort de Québec et au Cap Breton, de remettre ces lieux entre les mains de ceux qu’il plaira à Sa Majesté Très Chrétienne, huit jours après la notification, aux officiers nommés par le roi de France.”

Le général de Caën était tenu de payer l’armement d’un navire de deux cents à deux cent cinquante tonneaux pour rapatrier les sujets anglais établis dans la Nouvelle France,

Les forts et les places occupés par les Anglais devaient être restitués dans le même état que lors de leur prise ; ainsi des armes et munitions trouvées à Québec et dont Champlain avait donné le détail dans sa déposition, Si quelque chose manquait, le sieur Burlamachi devait en payer la valeur, Le même devait payer, sous deux mois, au général de Caën, la somme de 8,270 livres tournois pour les pelleteries et marchandises du magasin de Québec, De plus remise lui serait faite du navire l’Hélène dont Emery de Caën avaic été dépouillé peu de temps après la capitulation ; ainsi des marchandises qu’il avait laissées à Québec, lors de son voyage, en 1631.

Le sieur Burlamachi devait payer à qui de droit la somme de 60,602 livres tournois pour les navires le Gabriel, de Saint-Gilles, la Sainte-Anne, du Havre-de-Grâce, la Trinité, des Sables d'Olonne, le Saint-Laurent, de Saint-Malo, le

Cap du Ciel, de Calais, et un navire du capitaine Bontemps, tous enlevés aux Français depuis le traité de Suze,

Après avoir arrêté ce qui précède, les commissaires posèrent en huit articles les conditions de la liberté du commerce entre les sujcs des deux royaumes,

Le tout fut signé d’un commun accord, à Saint-Germainen-Laye, le 29 mars 1632, par Wake, Bullion et Bouthillier,

Ainsi fut terminé ce différend, qui ne fut que le prélude de conflits beaucoup plus sérieux, se terminant par des traités, pour recommencer ensuite avec plus d’ardeur que jamais,

Eu ue

EEE

Page 1