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CHAPITRE QUATRIÈME

Efforts des Jésuites pour convertir les sauvages. — Ils érigent un couvent sur les bords de la rivière Saint-Charles. — Endroit de cette première résidence. — Prise de possession du terrain.— Travaux de construction, — Détails sur le couvent.— Particllement détruit par les Anglais en 1629. — Réparé en 1632. — Notre-Dame de Recouvrance. — Son historique, de 1633 à 1640,

Dans leur sollicitude pour la propagation de la foi catholique au milieu des hordes barbares que Satan retenait sous son empire depuis plusieurs siècles, les héroïques enfants de saint Ignace avaient à peine mis le pied sur nos plages désertes, qu’ils résolurent de livrer bataille à l’éternel ennemi du genre humain, et de lui arracher autant d’âmes qu’il plairait à la divine Providence, L'entreprise était ardue. Non seulement ils allaient être obligés de pénétrer jusqu’au plus profond des forêts pour atteindre ces peuples errants, vivre de leur vie commune, manger de leurs plats dégoûtants, et se prêter à leur nombreux caprices, mais il leur faudrait encore se rendre familiers avec leurs différents idiomes, Apprendre les langues sauvages ! Que de difficultés à vaincre pour en arriver même à une connaissence médiocre ! “ Il me fallait, s’écrie le Père Le Jeune, demander des fois vingt questions pour a voir la connaissance d’un mot.” Ce religieux pourtant avait la bonne fortune de pouvoir prendre ses leçons d’un interprète. Les truchements avaient montré de tout temps une forte répugnance à enseigner aux autres des notions de linguistique. Ce ne fut que par un coup de la Providence

qu’un d’entre eux, tombé malade chez les Jésuites, au moment où il se disposait à retourner en France, consentit généreusement à donner des leçons au Père Le Jeune. Moins heureux que les Jésuites, les Récollets n'avaient jamais pu vaincre l'obstination des interprètes, que le séjour presque constant avec les sauvages, pendant plusieurs années, avait rendus familiers avec les langues montagnaise, algonquine et huronne.

Les Jésuites se trouvaient donc presque impuissants, par leur ignorance des langues, à faire fructifier la vigne que les disciples de saint Francois arrosaient de leurs sueurs depuis dix ans. Toute sorte d'obstacles s’offraient pour paralyser leurs efforts. Les mauvaises dispositions des marchands an service de la compagnie n'étaient pas des moindres. Plus soucieux de sauvegarder leurs intérêts matériels que d'aider les missionnaires dans leur œuvre civilisatrice, ces sordides personnages avaient réussi à se conserver un monopole qui mettait tous les missionnaires et Champlain lui-même à leur merci. Ils en abusèrent étrangement, et s’ils ne réussirent pas à ruiner la colonie dès son origine, c’est qu’ils rencontrèrent plus fort qu'eux, dans la personne du fondateur de Québec et de ses amis les plus dévoués, les Jésuites, tous unis dans un même sentiment de patriotisme éclairé,

Le Père Charles Lalemant et ses compagnons n’avaient pas quitté leur pays natal avant de s'être prémunis de l’autorisation vice-royale, Non seulement le duc de Ventadour les avait engagés à se porter au secours des Récollets, bien disposés mais impuissants à faire seuls tout le bien qu’ils désiraient, mais ce prince généreux avait voulu aussi se charger lui-même des frais de leur installation.

Nous avons écrit qu’à leur arrivée à Québec, les Jésuites avaient dû accepter la cordiale hospitalité des Récollets. Mais, ne voulant pas rester à charge à ces religieux pauvres

et si eu confortablement logés, ils s'occupèrent bientôt d’un licu propice à l'érection d'une résidence suffisante aux premiers besoins. Après avoir étudié la localité, leurs regards s'arrêtèrent sur une pointe de terre de l’autre côté de la rivière Saint-Charles, à son point de jonction avec le ruisseau Lairet. C'était l'endroit que Champlain et Sagard indiquent dans leurs écrits sous le nom de fort Jacques-Cartier, où l’immortel Découvreur du Canada avait érigé, en 1535, un petit fort pour se mettre à l’abri des sauvages qui l’entouraient de tous côtés (1). Quatre-vingt-dix ans s'étaient écoulés depuis l'hivernage de Jacques Cartier à l'embouchure du Lairet, et il restait encore de nombreux vestiges de construction française, Les Jésui ‘urent les apercevoir, et il est permis de croire que le souvenir attaché à ces débris de fortifications ne fut pas étranger à leur choix.

Avant d'asseoir les bases de leur couvent, les Jésuites voulurent prendre possession du terrain par une cérémonie religieuse solennelle, Les Récollets et les Français assistèrent à la fête, qui eut lieu le premier jour de septembre 1625. Une croix fut plantée et consacrée par les prières de l'Eglise. Après le dîner, chacune des personnes présentes se mit à l’œuvre, les unes pour jeter des arbres par terre, les autres pour remuer quelques pellctées de terre, tous pour avoir la consolation de dire qu'ils avaient mis la main à la nouvelle entreprise. Dès le lendemain, l’on se mit sérieusement au travail. La direction en fut confiée au Père E, Massé,

(1) Où était ce couvent ? Si l’on consulte un plan de Québec dressé en 1694 par Villeneuve, on serait justifiable de croire que ce fut sur la rive droite du Lairet, parce qu'on y trouve marquées plusieurs constructions, D'un autre côté, l'on remarque sur un autre plan dressé plus tard par W. Faden, les mots : Votre Dame des Anges lisiblement écrits à l'endroit où nous présumons que Jacques Cartier avait érigé son fort. En tous cas, le premier monastère des Jésuites était dans les environs de ce fort.

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l'ancien ministre de la Flèche, que son savoir-faire en ces matières avait fait surnommer “le Père utile.” Celui de ses frères qui lui prêta le concours le plus efficace, fut le Père de Brébeuf, qui, grâce à sa forte constitution, était plus à même de le seconder.

Les froids et les neiges de l’hive: vinrent interrompre, pendant quelques mois, l’œuvre de la construction. Vers le milieu du carême, ce] dant, les travaux préliminaires furent repris et poussés avec activité. Le Père C. Laiemant s'était entendu avec les charpentiers de l’habitation de Québec pour utiliser leur aide, si leur chef y consentait, Celui-ci obtempéra de fort bonne grâce à la demande du Père, et les ouvriers se miren. à la besogne, en dépit de la neige qui gânait encore leurs allées et venues. Ils abattirent les plus gros arbres de la forêt voisine, en equarrirent plus de vingt-cinq, scièrent plus de trois cents planches, et firent tant et si bien que, le lundi de la semaine sainte, 6 avril 1626, la cabane, —c'est ainsi que l’appelle le Père Lalemant,—destinée à recevoir les missionnaires Jésuites, était terminée et habitable,

Quelque temps après son arrivée à Québec, en 1625, le Père de Brébeuf, qui brûlait de se livrer au plus tôtaux missions huronnes, obtint la permission de suivre un parti d’Algonquins dans leur chasse d'hiver, Il passa cinq mois au milieu d'eux, étudiant leur langue, et partageant leurs fatigues et souvent leurs privations. Quand il revint à Québec, le 8 avril 1626, mercredi de la semaine sainte, ses confrères étaient entrés depuis deux jours dans leur nouvelle demeure,

“ La maison n'était pas grande, écrit le Père Martin ; elle ne mesurait que treize mètres sur neuf, On y avait ménagé une petite chapelle dédiée à Notre-Dame des Anges à l’occasion du tableau qui la décorait, et qui représentait la sainte Vierge saluée par les chœurs des Anges. Ce nom franchit

l’enceinte sacrée, et s’étendit bientôt à tout le terrain concédé aux Jésuites; après deux siècles et demi, il le porte encore.”

Nous avons vu que les Récollets avaient, :28 premiers, affecté à leur couvent de la rivière Saint-Charles le nom de Notre-Dame des Anges, et qu'ils avaient dédié leur chapelle à saint Charles en l’honneur de M. Charles de Bouës, grandvicaire de Pontoise, et insigne bienfaiteur de leur communauté canadienne, Le Père Jérôme Lalemant avait, de France, conseillé à son frère de mettre aussi la nouvelle résidence des Jésuites sous la protection de la Vierge aux Anges, et l’on constate par la Relation de 1626, écrite de la main du Père Charles Lelemant, que les deux Pères étaient unanimes à s'entendre sur ce choix, Ce nom fut donc donné au monastère et à la seigneurie (, et il est resté pour désigner encore une fraction de l’ancien domaine.

Les diverses résidences des Jésuites au Canada et dans le golfe Saint-Laurent étaient primitivement entretenues aux frais de la Compagnie de la Nouvelle France. Il n’y eut que celle de Notre-Dame des Anges, inaugurée avant la création de cette Compagnie, qui s’appuyait, pour subsister, sur la libéralité du marquis de Gamaches, Réné Rohault, gentilhomme de Picardie, se sentant ure vocation éprouvée pour l’état religieux, voulut, avant d'entrer chez les Jésuites, consacrer son patrimoine au salut des âmes. Le marquis de Gamaches, son père, fit offrir aux Jésuites, en 1626, une somme de seize mille écus d'or (?) pour fonder un collège à Québec. Le Père Vitelleschi, général de l'Ordre des Jésuites, accepta, au nom de la Compagnie, ce cadeau, qui venait en temps opportun. Si les Pères de la mission du

(1) Voir pièce 15 en appendice.

(2) Environ 48,000 livres.

Canada re commencèrent pas ce collège dès les années suivantes, ce fut à cause des malheu’s qui vinrent assaillir l’habitation de Québec, et forcer les religieux à repasser en France,

Le Père Le Jeune reprit le projet et peu de temps après son arrivée à Québec, en 1632, il jeta les premières fondations d’un petit collège sur le terrain situé à proximité du fort Saint-Louis qui avait été concédé aux Jésuites par la Compagnie de la Nouvelle France.

Lorsqu'ils vinrent au Canada, après le départ des Anglais, les Pères Le Jeune et de Nouë trouvèrent leur couvent de Notre-Dame des Anges quelque peu délabré; les fenêtres et les portes avaient été enlevées, bien que les Kirke eussent promis de ne pas laisser détruire une résidence que les J'ésuites croyaient pouvoir utiliser plus tard. Le Père Le Jeune en a laissé la description telle qu’il l’aperçut: “ La maison, dit-il, est à deux cents pas du rivage. Elle forme quatre chambres basses. La première est la chapelle ; la seconde, le réfectoire, et, dans ce réfectoire, sont nos chambres, deux petites passables, de la grandeur d’un homme en carré ; deux autres qui ont chacune sept à huit pieds, mais deux lits en chacune. Voilà pour six personnes étroitement, Les autres, quand nous étions tous ensemble, couchaient au grenier; la troisieme sert de cuisine; la quatrième, de chambre à nos gens. Il y avait même grandeur vis-à-vis, mais il a été à moitié brûlé par les Anglais. Il faut recouvrir la maison, car il pleut et neige partout.”

Voilà, ajoute Parkman, le berceau des grandes missions du Canada !

Les nouveaux Pères se mirent aussitôt en frais de réparer les désastres de leur maison, afin de la rendre logeable sous le plus court délai, Au mois d'août qui suivit leur arrivée à Québec, ils étaient assez bien installés pour recevoir à dîner

le sieur Emery de Caën, chargé per interim du gouvernement de la colonie francaise.

Au mois de juin de l'année suivante, Champlain arrivait à Québec et prenait les rênes du pouvoir. Nous avons vu qu’il avait emmené avec lui deux Pères Jésuites, Enemond Massé et Jean de Brébeuf. Ce renfort était précieux, car les deux religieux, venus l’année précédente, avaient eu tout le fardeau à supporter. Bien qu'il n’y eût à Québec qu’un petit nombre d'habitants, leur présence au inilieu d’eux était presque indispensable. Ils célébraient la messe du dimanche à la hauteville, et la semaine ils faisaient les offices à leur couvent de Notre-Dame des Anges. Les pauvres colons, qui avaient été privés de secours religieux pendant près de trois années, se félicitaient hautement de se voir desservis d’une manière aussi régulière, Les Jésuites leur tenaient lieu à la fois de pères spirituels et d’aviseurs temporels.

Nous avons vu que Champlain, dès l’année 1618, avait proposé au Roi de fonder à Québec un église sous le vocable du Rédempteur et de donner à sa ville embryonnaire le nom de Louis, c’est-à-dire Louisville, par déférence pour Louis XIIT, alors glorieusement régnant. Ces deux propositions ne furent pas agréées. La substitution de Louisville à Québec eût été facile, cependant; mais elle ne se fit pas, probablement à raison du peu d’accroissement de la population. En effet, de 1618 jusqu’en 1629, Québec ne fut qu’un bourg misérable ; c’est à peine s’il y avait six résidences privées à part des couvents des Récollets et des Jésuites, l'habitation de la basse- ville et le fort Saint-Louis.

Se voyant donc frustré dans son projet de bâtir une ville sur le rocher de Québec, durant cette période de contradictions et de disette qui marqua les vingt premières années de

son administration, Champlain avait dû mettre de côté son

engagement de placer une bourgade aussi chétive sous la protection de Louis XIII.

Le temple qu'il aurait voulu ériger sous le vocable du Rédempteur, n’eut pas un meilleur sort. Comment aurait-il pu construire une église avec les faibles ressources dont il disposait, et pourquoi aussi l’aurait-il élevée, quand la chapelle de la basse-ville suffisait aux besoins des cinquante ou soixante catholiques ?

Mais après la restitution du Canada à la France, les événements ayant pris une meilleure tournure, Champlain résolut de mettre à exécution le vœu qu'il avait formé de construire une chapelle en l'honneur de Notre-Dame de Recouvrance, si le pays redevenait français. Ce vœu venait fort à propos, car la chapelle de la basse-ville n’était plus, en 1632, qu’un monceau de ruines.

Dès son arrivée, au printemps de 1633, Champlain mit ses ouvriers à l’œuvre, et à l’automne, l’on put y célébrer l'office. Les Jésuites y faisaient les fonctions curiales.

L’accroissement subit de la population en 1634 et 1635, le zèle des citoyens à suivre les exercices religieux, engagèrent Champlain à convertir son humble chapelle en une petite église. 11 la fit agrandir de moitié ou environ, et, à partir de ce moment, les offices revêtirent un caractère de solennité inconnue jusque-là. Tous les dimanches un religieux y célébrait la grand’messe, et les chefs de famille faisaient l'offrande du pain bénit, à tour de rôle. Un Père expliquait le catéchisme, l'après-midi, à l'issue des vêpres. Les Français assistaient régulièrement à ces offices, ainsi qu'aux instructions.

Le Père Charles Lalemant fut le premier J'ésuite qui résida au presbytère de la haute-ville, et c’est lui qui se mit à la tête du mouvement religieux. Le Père de Quen lui succéda,

et il sut conserver la tradition, en donnant aux exercices €. culte une splendeur vraiment attrayante, “Je confesse ingénument, écrivait le Père le Jeune, que mou cœur s’attendrit la première fois que j'assistai à ce divin service, voyant nos Français tous réjouis d'entendre chanter hautement et publiquement les louanges du grand Dieu, au milieu d’un peuple barbare, voyant de petits enfants parler le langage chrétien en un autre monde. Il me semblait qu’une Eglise bien réglée où Dieu est servi avec amour et respect, avait traversé la mer, ou que je me trouvais tout d’un coup dans notre France, après avoir passé quelques années au pays des sauvages, Ce qui nous est commun en l’ancienne France, et qui ne touche que les âmes les mieux disposées, nous réjouit jusqu’au fond du cœur dans nos petites églises bâties de bois étranger.”

Lorsque mourut Champlain, son vœu était accompli. Cependant il voulut léguer par testament à la chapelle de Notre-Dame de Recouvrance tout son mobilier et trois mille livres placées dans le fonds de la Compagnie de la Nouvelle France; neuf cents livres qu’il avait risquées dans la Compagnie particulière formée au sein de la gran” Compagnie, et enfin quaire cents livres prises sur sa cassette privée (,. C'était à peu près la fortune de notre premier gouverneur, Ce testament fut contesté et cassé. De sorte que Notre-Dame de Recouvrance n’hérita que d’une somme de neuf cents livres, produit de la vente du mobilier; cette somme fut consacrée à l’achat d’un ostensoir, et d’un calice en vermeil, avec un bassin et des burettes (?).

(1) Nous lisons dans le Catalogue des Bienfaiteurs de N.-D. de R. dont l'original se conserve aux archives du séminaire de Québec, que Cham. plain fit d’autres petits legs à sa chapelle : “ Ztem un grand coffre de bois ; item quelques serviettes ; i{em environ deux douzaines de serviettes ; item un petit coffre garni de peintures qui a été vendu 16 livres”?

(2) Archives du séminaire de Québec ; manuscrit de 1645.

Notre-Dame de Recouvrance reçut des cadeaux destinés à son embellissement intérieur, Du Plessis-Bochart donna deux tableaux en cuivre, représentant la nativité de la sainte Vierge et la sainte Famille, M. de Castillon, l’un des membres de la Compagnie des Cent. Associés, seigneur de l’île d'Orléans, offrit quatre petits tableaux ou images de saint Ignace, de ‘aint François-Xavier, de saint Louis de Gonzague, de saint Stanislas de Kostka, puis un grand tableau de Notre- Dame. On y avait aussi placé une toile sauvée du naufrage dans lequel périt le Père Noyrot. Jetée au rivage par la maré», cette peinture fut recueillie et renvoyée à Québec pour orner la chapelle votive du gouverneur.

L'année qui suivit la mort de Champlain, les Jésuites firent la dédicace de Notre-Dame de Recouvrance sous le vocable de l’Immaculée-Conception, qui fut dès lors la patronne particulière de l’église paroissiale de Québec. L’'inauguration de ce patronage donna lieu à des réjouissances publiques. Le 7 décembre, veille de l’Immaculée-Conception, l’on arbora un drapeau sur l’un des bastions du fort Saint-Louis. Le canon fit résonner de sa voix puissante les échos de la vallée, Et le lendemain les citoyens de Québec saluèrent l’aurore de ce grand jour par de nombreuses salves de mousqueterie, Tous se firent un devoir de s'approcher de la Table sainte,

La dévotion à la Mère de Dieu devint bientôt générale, Aussi les grâces divines semblaient-elles plus abondantes, La petite colonie en ressentit les bons effets, rendus non équivoques par des signes extérieurs qui faisaient l'admiration des missionnaires. “ On vit ici dans une grande innocence, écrivait le Père Vimont; la vertu y règne comme dans son empire ; les principaux habitants de ce nouveau monde, désireux de conserver cette bénédiction du ciel, se sont rangés sous les drapeaux de la très sainte Vierge, à l'honneur de

laquelle ils entendent tous les samedis la sainte messe, fréquentent souvent les sacrements, et prêtent l’oreille aux dis cours, au lieu de paroles libres, et a fait revivre la coutume de prier Dieu publiquement dans les fariles, soir et matin (1) ”,

“ La chapelle que M. de Champlain a fait dresser proche du fort, en l’honneur de Notre-Dame, a donné, écrit le Père le Jeune, une belle commodité aux Français de fréquenter les sacrements de l'Eglise; ce qu’i's ont fait aux bonnes fêtes de l’année, et plusieurs tous les mois, avec une grande satisfaction de la part de ceux qui les ont assistés spirituellement. Pendant le saint temps du carême, non seulement l’abstinence des viandes défendues et le jeûne ont été gardés, mais encore tel s’est trouvé qui a pris plus de trente fois la discipline, dévotion bien extraordinaire aux soldats et aux artisans. Comme sont ici la plupart de nos Français, croirait-on bien que l’un d’eux, pour protester contre les dissolutions qui se font ailleurs au temps du carnaval, est venu, :e mardi gras dernier, pieds et tête nus, sur la neige et sur la glace, depuis Québec jusqu’à notre chapelle, c’est-à-dire une bonne demi-lieue, jeûnant le même jour, pour accomplir un vœu qu’il avait fait à Notre-Seigneur, et sans avoir d’autres témoins que Dieu et nos Pères, qui le rencontrèrent, Un autre a promis d'employer en œuvres pieuses la dixième partie de tous les profits qu’il pourra faire pendant tout le cours de sa vie. La sage conduite et la prudence de M. de Champlain, gouverneur de Québec, retenant chacun dans son devoir, ont fait que nos paroles et nos prédications ont été bien reçues, Le fort a paru une académie bien réglée, M. de Champlain faisant faire lecture à sa table, le matin, de quelque bon his-

(1) Relation de 1640, p. 5.

torien, et, le soir, de la vie des saints, le soir se fait l’examen de conscience en sa chambre et les prières ensuite, qui se récitent à genoux. Il fait sonner la Salutation Angélique au commencement, au milieu et à la fin du jour, suivant la coutume de l'Eglise. En un mot nous avons sujet de nous consoler, voyant un chef si zélé pour la gloire de Notre-Seigneur (1).”

Notr-Dame de Recouvrance ne subsista que sept ans. Pendant ce court laps de temps, elle fut témoin des funérailles de son fonda. r. Dieu voulut épargner à Champlain la douleur de voir détruire par un incendie désastreux un édifice qu'il avait entouré de tant de soins,

Le premier jour d'août 1639, la petite église de la hauteville offrait un joli coup d’œil à son intérieur. Vers les sept heures du matin, la nouvelle circulait dans toutes les bouches que des religieux et des religieuses allaient bientôt arriver. En effet, une heure plus tard, l’on pouvait apercevoir du haut du cap une petite chaloupe s’avançant dans la rade, et pienant terre sur le rivage de la basse-ville, La frêle embarcation portait ‘ un collège de Jésuites, une maison d’hospitalières et un couvent d’ursulines.” Les habitants se crurent le jouet d’un songe, tant cet événement leur parut extraordinaire, Mais tous, en présence de la réalité, s'écrièrent en chœur, dans la chapelle où les nouveaux venus s'étaient réunis: le Deum, laudamus. Puis le canon retentit de toutes parts, et l’on bénit le ciel et la terre.

L'Eglise de la Nouvelle France allait prendre un nouvel essor, toujours sous la gouverne des missionnaires jésuites, Le monastère des Ursulines, ayant à sa tête la Vénérable Mère Marie de l’[ncarnation, ouvrira bientôt ses portes aux

(1) Relation de 1634, p. 2.

enfants des Francais et des sauvages. Tes sœurs de l'Hôtel- Dieu offriront aux malades et aux iafirmes les secours de la médecine de l’âme et du corps.

Dix mois après l'installation des nobles servantes de Dieu, l'église de Notre-Dame de Recouvrance fut réduite en cen.dres par un incendie qui, en quelques heures, détruisait, en outre, la résidence des Jésuites et la petite chapelle dite chapelle de M. de Champlain. C'était le 14 juin, jour de l’octave de la Fête-Dieu, La Relation de 1610 raconte ainsi cette malheureuse catastrophe :

‘“ On arrêterait plutôt un torrent que le cours d’une affliction, quand il plaît à Dieu de l'envoyer, Après ces pertes (1), le feu se mit en notre maison de Québec, qu’il a réduite en poudre, et la chapelle de M. le Gouverneur, et l’église publique: tout a été consumé. Cela se fit si soudainement qu’en moins de deux ou trois heures, on ne vit de tous ces bâtiments et de la plupart de tous nos meubles, qu’un peu de cendres et quelques pans de murailles qui sont restés pour publier cette désolation. Le vent assez violent, la sècheresse extrême, les bois onctueux de sapin, dont ces édifices étaient construits, allumèrent un feu si prompt et si violent, qu’on ne put quasi rien sauver, toute la vaisselle et les cloches et calices se fondirent.”

Les Jésuites continuèrent à agir comme curés de Québec jusqu’à l’arrivée de ME de Laval, en 1659. Ils durent ensuite se consacrer entièrement à l’œuvre des missions et à l'éducation de la jeunesse,

(1) Deux Français s'étaient noyés, peu de temps auparavant, dans la rivière Saint-Charles.

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