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sévir plus sévèrement contre un meurtre que rien ne justifiait,. Sans vouloir blâmer l'intervention des marchands auprès du roi pour faire gracier le coupable, nous croyons qu’un exemple eût eu plus d'effet qu’un simple aveu de culpabilité, ce qui n’était nullement en rapport avec l’énormité de la faute, “ Ils croient, dit Champlain, que le pardon a été fait faute de courage, et pour n’avoir osé entreprendre de le faire mourir, bien qu’il le méritait, et cela nous mettait en assez mauvaise estime parmi eux, de n’en avoir point eu de ressentiment.”
Les Montagnais, sous des apparences de bonhomie, étaient peut-être les plus dangereux des alliés. Champlain avait appris à les connaître pour les avoir étudiés à l’œuvre, On pouvait dire qu'ils réunissaient en eux tous les: vices des sauvages avec quelques-uns des Européens, surtout des Basques et des Rochelais. Leur insolence primait les autres défauts, Champlain avait pris le sage parti de n’en point faire de cas. Croyant qu'ils avaient perdu son amitié, les Montagnais firent un effort pour la reconquérir. Mais ils s’y prirent bien mal. Au lieu de se tenir cois, ils se vantèrent qu’ils pouvaient tuer des Français, puisqu'il leur serait facile de trouver des défenseurs parmi les Français euxmêmes, Ils allaient jusqu’à spéculer sur les dissensions alors existantes entre les Rochelais et les marchands de la Conpagnie. Sachant cela, est-ce que Champlain n’était pas justifiable de traiter les criminels suivant toutes les rigueurs du code criminel français ? 11 ne dit pas que telle était sor: intention, mais il laisse voir que la faiblesse de ses compatriotes ne pouvait être suivie que de résultats fâcheux.
Vers le milieu de juillet 1625, les ambassadeurs montagnais qui étaient partis six semaines plus tôt pour le pays des Iroquois, retournèrent à Québec. Leur réception là-bas avait été cordiale, et la grande réunion, qui eut lieu bientôt
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aux Trois-Rivières, devait être le résultat de ces négociations. Jamais on n’y avait été témoin d’un pareil rassemblement : Hurons, Algonquins, Iroquois, Montagnais, Français étaient présents avec des interprètes pour la circonstance, Tout se passa dans l’ordre le plus parfait; il y eut surabondance de discours et des festins pantagruéliques, L'on enterra la hache de guerre, et Champlain put retourner en France, cette annéelà, sans éprouver de trop vives inquiétudes sur le sort des colons.
Le traité de 1624 ne devait pas être de longue durée. Ce ne fut pas par la faute des Iroquois, mais plutôt de quelques Montagnais. Ceux-ci avaient commis l’imprudence de se rendre jusqu'aux habitations des Hollandais, qui dans le temps étaient menacées par les Iroquois, à la suite d’un différend survenu entre eux. Se sentant incapables de lutter avantageusement contre les Loups ou Mahicans et les Iroquois, les Hollandais avaient fait consentir les Montagnais à se faire messagers auprès des leurs en vue d’une alliance.
Mabhican-atic-ouche voulait la paix; d’autres préféraient l'amitié des Hollandais à l'alliance iroquoise. Champlain leur fit conprendre qu'ils devaient s’en tenir à la foi jurée, tant que les Iroquois respecteraient leurs engagements. D'ailleurs pourquoi rompre le traité sans raison valable ? Pourquoi se ranger du côté des Hollandais, beaucoup mieux situés pour se défendre contre les Iroquois que les Français eux-mêmes ? “ Les Iroquois, dit Champlain aux Montagnais, doivent être considérés comme nos amis, tant qu’ils n'auront pas déterré la hache de guerre, et j'irai les assister, s’il le faut, dans leurs combats.” Ce fier langage confirma Mabhican-atic dans sa résolution première, et il demanda à Champlain d'envoyer quelqu'un aux Trois-Rivières, s’il ne pouvait y aller luimême, pour empêcher les autres nations de porter la guerre
au milieu des Cinq-Cantons, Eustache Brûlé fut chargé de cette mission délicate.
Les avis étant partagés sur le mode et l'opportunité de la démarche, il fut résolu d’attendre la flotte du printemps avant d'adopter une ligne de conduite définitive.
Le 9 juin, Emery de Caën, récemment arrivé de France, s'empressa de monter aux Trois-Rivières, dans le but de prévenir une échauffourée qui pouvait coûter cher à la colonie française, car il avait appris que les sauvages alliés se préparaient à marcher en guerre contre les Iroquois. Même un parti s'était enfoncé par la rivière Richelieu jusqu’au lac Champlain, et avait fait deux prisonniers iroquois qu'ils avaient conduits aux Trois-Rivières, Mais un Montagnais, qui n’était autre que le meurtrier de Charles Pillet, les avait délivrés. Champlain et Maaican-atic-ouche arrivèrent sur l’entrefaite, Ils assemblèrent le conseil, et Champlain réprimanda sévèrement les auteurs de cette escapade, dont il était facile de prévoir les conséquences. Son discours produisit un grand effet, car il fut décidé d'envoyer sur-le-champ auprès des Iroquois une nouvelle ambassade, composée de Cherououny surnommé le Réconcilié, de deux autres sauvages et d’un Français choisi par Champlain, Pierre Magnan s'offrit de courir les risques de cette mission périlleuse, Les deux sauvages étaient le capitaine Chimeourimou, montagnais, appelé Simon par les Français, et un Iroquois adopté dans son jeune âge par une veuve montagnaise. Un des prisonniers iroquois serait ramené dans son pays, et l’autre resterait comme otage.
Les ambassadeurs partirent des Trois-Rivières le 24 juillet, Un mois plus tard, un sauvage apportait la nouvelle que les quatre messagers de paix avaient été tués par les Tsonnontouans, Pierre Magnan avait payé de sa vie un meurtre qu'il avait commis en France, meurtre qui l'avait forcé à
s’expatrier, “ Voilà comme Dieu, s’écrie Champlain, châtie quelquefois les homines qui pensent éviter sa justice par une voie et sont attrapés par une autre.”
Ce massacre mettait fin à la paix, et une guerre meurtrière ne pouvait manquer de se rallumer à la première occasion. Aussi Champlain ne fut-il pas surpris d'apprendre, dès le mois de septembre, que les Iroquois s’acheminaient vers Québec avec des intentions évidemment hostiles, C'était à l’époque où les sauvages se réunissaient de cinquante ou soixante lieues à la ronde pour leur pêche d'automne. Champlain était allé visiter l'habitation du cap Tourmente, Pendant son absence, un double meurtre avait été commis à la Canardière, sur deux Français du nom de Dumoulin et de Henri, domestique de la veuve Hébert. Le meurtrier avait cru donner la mott au boulanger et au serviteur de Robert Giffard, et par une méprise il massacra l’un de ses meilleurs amis — Henri — et un autre qui ne lui avait jamais rien fait. L'origine de ce meurtre atroce était insignifiante, Un jour le boulanger refusa un morceau de pain au chef montagnais. Celui-ci ayant voulu faire le rodomont, fut éconduit avec menaces de coups de poing, et même le domestique l'avait couché en joue avec son arquebuse, Le sauvage avait juré de se venger, et nous savons comment il avait réussi,
Ce double assassinat criait vengeance au ciel, et Champlain résolut de punir le coupable avec la plus grande rigueur, Mais la difficulté consistait à le découvrir. Il fit mander tous les chefs de se rendre à l'habitation de Québec, et là, après leur avoir exposé toutes les faveurs dont il les avait comblés, il mit en opposition la conduite inqualifiable des assassins qui, depuis 1616, s'étaient rendus coupables de quatre attentats, sans motifs avouables. Puis il exigea que le meurtrier de là Canardière lui fût livré,
Les soupçons étaient d’abord tombés sur un sauvage qui avait proféré des menaces contre les Français, On l’interrogea, mais il nia être l’auteur du crime. Prévoyant qu’il ne pourrait rien savoir de lui non plus que des autres, Champlain demanda trois otages, le fils de celui qu’on soupçonnait, un enfant d’un des chefs, et un troisième petit montagnais, Le soupçonné fut retenu en prison, jusqu'à ce que de nouvelles perquisitions fissent déceler le vrai coupable. Puis Champlain congédia les autres, en leur faisant défense de s'approcher à portée des mousquets de l’habitation, car ils s’exposeraient à recevoir des balles,
Vers la fin du mois de janvier 1628, une trentaine de sauvages mourants de faim vinrent demander l’aumône à Champlain. Celui-ci leur raconta tout ce qui s'était passé au mois de septembre précédent, le meurtre des deux Français et la méchanceté de leurs compatriotes. La misère les avait rendus souples et de facile composition. Ils déclarèrent qu'ils ne connaissaient rien de ce crime, et pour mieux en dégager leur responsabilité, ils offrirent à Champlain trois jeunes filles, les lui accordant en pur don, à charge toutefois de les élever et de les faire instruire, Acte d’héroïsme de leur part, car jamais jusque-là ils n'avaient pu consentir à se séparer complètement de leur progéniture. Champlain les accepta et il les éleva comme ses propres enfants, Elles recurent des noms français, et elles sont connues dans l’histoire sous le nom de Foi, Espérance et Charité,
Quelque temps après, le sauvage soupçonné de meurtre que l’on avait renvoyé faute de preuves contre lui, fut de nouveau mis en prison, grâce à la maladresse d’un de ses amis, le nommé La Forière, qui ayant voulu disculper le Montagnais, avait plutôt porté Champlain à le croire coupable. Il demeura quatorze mois dans une cellule du fort