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CHAPITRE SEPTIÈME

Missions des Jésuites à Miscou.— Détails sur la vie des missionnaires. — Historique de la mission. — Nipisiguit. — Missions de la baie des Cha. leurs. — Mission du Cap-Breton. — Micmacs de l’île, — Description topographique.

Les missions du Nouveau-Brunswick, du Cap-Breton et de la baie des Chaleurs étaient divisées, en 1635, en trois grands districts. On les désignait sous le nom de Cap-Breton, Richibouctou et Miscou. Celui de Miscou, si on en croit l’auteur de la Relation de 1659, était le plus peuplé, le mieux disposé, et où il y avait le plus grand nombre de chrétiens ; il comprenait les sauvages de Gaspé, de Miramichi et de Nipisiguit,

L'île de Miscou ou Mishcou est située à l'extrémité nord des côtes du Nouveau-Brunswick, à l’entrée de la baie des Chaleurs. Champlain, les Jésuites et Nicholas Denys nous ont laissé des descriptions minutieuses de cette île, appelée aussi île Saint-Louis, Elle était le lieu ordinaire de la résidence des missionnaires, La résidence elle-même portait le nom de Saint-Charles, probablement en l’honneur des deux premiers Jésuites qui vinrent y séjourner, les Pères Charles du Marché et Charles Turgis. Quand ils arrivèrent à Miscou, en 1635, ils y trouvèrent vingt-trois Français qui venaient de s'y rendre pour jeter les fondations d’un établissement, La besogne des missionnaires eût été bien facile s’ils n'avaient été

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322 LES RÉSIDENCES OU MISSIONS DES JÉgr

tenus de travailler en même temps à la ce Jn des sauvages. Mais la Providence ne leur pern. s de déployer tout le zèle qu’ils auraient voulu, La malaae se déclara bientôt parini les colons, et elle sévit avec une rage que l’écrivain de la Relation de 1647 laisse aisément deviner,

“ Les souffrances, dit-il, furent quasi l’unique occupation de tous ces pauvres gens ; la maladie les terrassa, et la mort en enleva une grande partie, Le Père du Marché fut contraint de repasser en France ; le Père Turgis résista quelque temps, consolant son petit bercail, écoutant les uns de confession, fortifiant les autres de par les sacrements de l’Eucharistie et de l’Extrême-Onction, enterrant ceux que la mort égorgeait. Mais enfin le travail et le mauvais air qu’ils prenaient auprès de ces pauvres languissants, le jeta par terre aussi bien que les autres ; si fallait-il combattre jusqu’au dernier soupir, il se fait porter vers les malades et auprès des mourants, il les anime et les fortifie, il les encourage, et après avoir enterré le capitaine, le commis et le chirurgien, en un mot tous les autres officiers et huit ou neuf autres personnes de travail, il y mourut lui-même, ne laissant plus qu’un malade à la mort, qu’il disposa saintement à ce passage devant que de rendre l’esprit (1).”

Cette maladie, qui décima si cruellement la mission de Miscou, lui enlevant un de ses missionnaires et forçant l’autre à retourner en France, était le mal de terre ou le scorbut, dont nous avons déjà parlé assez longuement (?).

D'après la citation précédente, le Père du Marché aurait été obligé de fuir Miscou l’année qui suivit son arrivée. Son

(1) Relation de 1647, p. 76, (2) Voir vol, 1, chap. VI.

compagnon, plus robuste, avait résisté plus longtemps au fléau, mais il finit par tomber, mortellement atteint, Frappé ie 2 mars 1637, il mourut le quatrième jour de mai “ ayant eu parmi une si grande désolation, cette consolation d’avoir assisté presque tous ceux qui moururent, se faisant porter au lit des malades, selon le besoin qu’ils avaient de lui, et d’avoir disposé les autres sains et malades à souffrir patiemment tout ce que Dieu ordonnerait d'eux; il n’y en eut qu’un qui mourut après lui, Ce bon Père a eu en outre cette consolation de se voir, au moins en mourant, en quelque façon semblable au grand apôtre des Indes du siècle passé, saint François-Xavier, ne pouvant en ce passage être secouru et assisté de personne pour le spirituel, et fort peu pour le temporel. C’est le premier de notre Compagnie qui soit mort de maladies en ces terres, Il a été également regretté des Francais et des sauvages qui l’honoraient et aimaient tendrement (1).”

Il n’y eut point d’autres missionnaires résidant à Miscou, de 1635 à 1637, que les Pères Turgis et du Marché. La Relation de 1636 indique cependant le départ du Père Claude Quentin pour cette île insalubre, Mais il ne paraît pas qu'il s’y soit rendu. Ce n’est qu’en 1638 que nous le trouvons présent à ce poste. Deux autres religieux l’avaient précédé, les Pères Jacques de la Place et Nicolas Gondoin, arrivés en 1637. Ils avaient trouvé l'habitation dans un état lamentable, Neuf personnes seulement composaient la population fran. çaise de l'ile, Encore étaient-elles si faibles qu'il fallut aux missionnaires y prolonger leur séjour afin de les secourir, Ces pauvres gens, “qui avaient plus de mine que de jeu,” avaient

(1) Relativn de 1637, p. 102.

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été obligés de lutter de ruse avec les sauvages pour les empêcher de piller le magasin, L'arrivée des deux Jésuites les réconforta plus qu’on ne saurait croire. Le Père Gondoin ne put malgré tous ses efforts, résister longtemps au climat malsain de Miscou, L'île semblait contaminée par des miasmes que des tourbières marécageuses pouvaient occasionner,

Quelle que fût la cause de cette contagion, le Père Gondoin tomba malade, et il dut retourner en France y refaire sa santé fortement compromise. Le Père de la Place continua seul la mission de son district jusqu’en 1638, alors qu’arriva le Père Claude Quentin, que le supérieur des Jésuites à Québec avait envoyé à son secours. Tous deux travaillèrent énergiquement à construire une chapelle, Mais le manque de ressources ne leur permit pas d'exécuter leur pieux projet, et après trois années de labeurs incessants, ils abandonnèrent Miscou pour se rendre à Québec, le Père Quentin, afin de se reposer des fatigues qui l’avaient beaucoup affaibli, et le Père de la Place, afin de continuer sur un autre théâtre ses travaux apostoliques,

La mission de Miscou progressait péniblement, en dépit du bon vouloir des Jésuites, qui, depuis six ans, y avaient consacré vie et santé pour la faire croître, Cependant la semence jetée en terre par les disciples de Loyola devait tôt ou tard porter des fruits de salut. Deux nouveaux religieux vont tenter encore un effort suprême, Ce sont les Pères André Richard et Jean Dollebeau. Le premier consacrera vingt-cinq des plus belles années de sa vie à ces missions pénibles, après en avoir passé six ailleurs. Le Père Richard en effet avait, depuis son arrivée en Canada, employé la plus grande partie de son temps à exercer son apostolat sur l’île du Cap-Breton.

En 1642, le Père Richard écrivait à son supérieur de Qué-

bec, le P. B, Vimont, que les peuples de la baie des Chaleurs, qu'il nomme Restigouch, et d’autres encore plus éloignés, voulaient se convertir, et s'appliquer au défrichement du sol, ‘“ Les allant visiter, écrivait ce religieux, je fus fort consolé à la vue d’une grande croix qu'ils avaient plantée devant leur cabane, Ils me pressèrent de demeurer avec eux pour les instruire, m’assurant que c'était tout de bon qu’ils voulaient croire en Dieu... Le flambeau qui est allumé à Kébec, éclate jusques ici; ceux qui ont approché de sa lueur, en disent des merveilles, louant les travaux de nos Pères... (1),”

Le Père Dollebeau devait être d’un grand secours à son confrère pour faire fructifier la mission. Malheureusement le Jésuite ne jouit pas longtemps d’une bonne santé sous le climat rigoureux et malsain de l’île. Après avoir souffert pendant quelques semaines, la paralysie envahit ses membres affaiblis par des travaux et des fatigues sans nombre, et il fut contraint de quitter sa mission dès l’année 1643. Durant la traversée, le vaisseau qui le ramenait en France fut pris par trois frégates ennemies, Pendant que les vainqueurs se livraient au pillage, quelqu'un laissa tomber une étincelle dans la soute aux poudres, et le navire sauta. “ Amis et ennemis volèrent dans la mer, s’écrie l'écrivain de la Relation ; le Père Dollebeau rencontra en chemin le Paradis...Le pauvre Père fut noyé dans la mer, bien heureux d’avoir donné sa vie dans un si généreux emploi, et d’avoir passé par le feu et par l’eau, pour entrer dans un repos et dans un rafratchissement éternel; il menait une vie sainte dans les grandes forêts, et maintenant il jouit de la gloire des saints dans ces demeures éternelles.”

(1) Relation de 1642, p. 48.

Bref mais juste éloge de cet infatigable serviteur de Dieu !

Le Père Richard ne resta pas longtemps seul à Miscou, La Providence voulut que le Père Martin de Lyonne, destiné aux missions huronnes, s’arrêtât un jour dans l’île. Voyant l'isolement où se trouvait réduit son confrère, il décida de demeurer avec lui pendant quelque temps. Ce bon Père tornba malade à son tour au mois de mai 1644, et il ne guérit qu’en septembre, Pendant ces quatre mois, le Père Richard s'occupa à prêcher aux sauvages les vérités de l'Evangile. 1l apprit leur langage, ‘ il les fréquenta, les suivit et leur témoigna tant de bonne volonté, qu'ils le prirent en affection.” Ce religieux était doué d’une constitution très robuste; voilà pourquoi il put résister à l’inclémence et à l'insalubrité du climat de Miscou, si fatal à tous les missionnaires venus avant lui. Ses courses apostoliques multipliées pendant que le Père de Lyonne était cloué au lit, ne semblèrent pas fatiguer le père André, ni ralentir son zèle, Après avoir lutté contre la maladie pendant quatre mois, le Père de Lyonne recouvra enfin la guérison. On voulut le renvoyer en France, de crainte qu’il ne succombât aux rigueurs de l'hiver qui approchait, Mais ce vaillant apôtre du Christ, désireux de mourir en Canada, ne consentit pas à couper court à une carrière vers laquelle il avait dirigé tous ses efforts, et il demeura à Miscou, où il a toujours joui par la suite d’une excellente santé, “ Il semble, dit l’écrivain de la Relation, avoir enseveli les maladies, car depuis ce temps-là elles n’ont point paru dans Miscou (1).”

La mission de Miscou va maintenant prendre de l'essor, grâce à l’activité et aux travaux incessants de ces deux mis-

(1) Relation de 1647, p. 77.

sionnaires infatigables, Ils avaient une chapelle pour le culte, Trop petite pour contenir les Français et les sauvages néophytes ©: chrétiens, elle n’en servira pas moins pendant des années aux exercices religieux, Les deux Pères étaient parvenus à baptiser un certain nombre d’aborigènes. La troisième année, ils en baptisèrent quarante en trois mois. Il leur avait fallu, pour obtenir ce beau résultat, consacrer une grande partie de leur temps à des voyages de longue haleine, courir de Miscou à Nipisiguit, de Nipisiguit à Miscou, faisant à chaque étape des recrues pour le ciel. Ils auraient sans doute accru davantage le nombre de chrétiens parmi ces malheureux infidèles, en se fixant d’une manière stable ailleurs qu’à Miscou. C’est ce qu’ils comprirent bientôt en établissant une résidence à l'embouchure de la rivière Nipisiguit. Nous pouvons donc affirmer, en toute vérité historique, que si les Pères Richard et de Lyonne furent les vrais fondateurs de la mission de Miscou, il n’est pas moins certain qu’à eux revient aussi l'honneur d’avoir jeté les bases de la résidence de Nipisiguit, située, comme l’on sait, au sud de la baie des Chaleurs, Les associés de la compagnie de Miscou, entre autres M. de la Ferté, abbé de la Madeleine et chantre de la Sainte-Chapelle de Paris, leur envoyèrent des secours suffisants pour établir leur nouvelle résidence, |

Jusqu'en 1643, Nipisiguit n'avait été qu'une station de pêche. La petite baie, où la rivière de ce nom (1) vient tirer son embouchure, était un havre de refuge sûr et commode, De même qu’à Miscou il s’y rencontrait à certaines époques de l’année plusieurs navires de pêcheurs qui venaient y jeter

(1) Cette rivière fut d'abord appelée Winkapiguwick par les Micmacs. Ce mot signifie eaux troubles et écumeuses. Nipisiguit n'est qu’une corruption de ce mot, et ne veut rien dire.

leurs ancres, Les sauvages fréquentaient beaucoup ces lieux, et ils passaient par la rivière Nipisiguit pour se rendre à la rivière Miramichi (1). Le Père Richard, voyant que ce petit poste de pêche et de commerce prenait de l’extenr'on, comprit qu’un missionnaire résidant pourrait ÿ faire un bien incalculable, aussi bien parmi les sauvages que parmi les Français. Dans les premiers temps qui suivirent son arrivée à Miscou, il se contentait d’y faire de courtes apparitions. Mais, en 1646, il s’y fixa d’une manière définitive avec J'acques Ratel, Frère coadjuteur de son Ordre. Ce missionnaire prévoyant était si fortement convaincu de l'importance des nouvelles missions, qu’il écrivit aussitôt en France pour demander deux ou trois auxiliaires,

Les Relations nous apprennent que les Pères Richard, de Lyonne et de la Place montèrent à Québec durant l'été de 1647. Le but de ce voyage était d'exposer les besoins de plus en plus croissants de la petite chrétienté du district de Miscou, qui comprenait l’île de ce nom, Nipisiguit et Richibouctou. Après avoir exposé les bonnes dispositions des sauvages, les conversions opérées au milieu d’eux, les Pères Richard et de la Place reprirent le chemin de leur mission, mais rendus à Percé, ils ne purent trouver de barque; de sorte qu'ils durent s’en retourner en France. Le Père de Lyonne les suivit l’année suivante (1648).

Il devient de plus en plus difficile de suivre, année par année, les mouvements des missionnaires de la baie des Chaleurs, De 1650 à 1657, le P. de Lyonne traversa trois fois l'océan, et en 1657 il allait prendre charge de la mission de

(1) La rivière Miramichi, c’est-à-dire heureuse retraite, était originairement appelée Restigouchesis diminutif de Æestigouch.

Chedabouctou, en Acadie, C’est dans ce dernier endroit qu’il finit sa carrière, Il y a tout lieu de croire qu'après l’année 1650, les Jésuites se partagèrent ainsi la besogne : le P. de Lyonne à Chedabouctou, le P. Richard à Miscou et à Nipisiguit, et le P. Frémin à Richibouctou. En 1661, le P. Richard courut remplacer le P. de Lyonne, qui venait de mourir à Chedabouctou, et il demeura un an de plus en Acadie,

Le rôle prépondérant des Jésuites dans la baie des Chaleurs et en Acadie se termine avec le départ du P, Richard, L'histoire religieuse de ces provinces signalera encore le passage du P. Joseph Aubéry, que Chateaubriand a immortalisé dans son Atala. Ce religieux, remarquable entre tous, a laissé une carte de Acadie et un “ Mémoire sur les limites de la Nouvelle France et de la Nouvelle Angleterre en 1720.”

Les fils de Loyola disparus, ce sont les Récollets qui vont reprendre leur œuvre sainte. M“ de Laval envoya, en 1673, les Pères Guesnin et de Thunes établir à Percé ure résidence permanente, Deux années plus tard, le P. Chrestien le Clercq prit à son tour le chemin de la Gaspésie, où il passa une douzaine d'années, presque sans interruption, ME de Laval, M°' de Saint-Vallier et tous leurs successeurs portèrent un grand intérêt aux missions gaspésiennes et acadiennes. Pendant longtemps Île séminaire de Québec fournit de ses prêtres à cette partie de la vigne du Seigneur.

La résidence @: Sainte-Anne du Cap-Breton date de 1634. Le Père Julien Perrault, jésuite, y faisait alors la mission et il a laissé une Relation de quelques particularités du lieu et des habitants de cette île pour les années 1634 et 1635,

Les Micmacs de cette tle étaient, comme leurs congénères de l’Acadie, doux et bien disposés à recevoir dans leurs âmes la semence évangélique, Le Père Perrault leur rend ce témoignage : ‘“ Ces indigènes, dit-il, se rende fort assidus et

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attentifs aux instructions que nous leur donnons.” Ils étaient de Lelle stature et très robustes, On voyait parmi eux des vieillards de quatre-vingts et cent ans qui n’avaient pas un cheveu blanc. Ils vivaient dans une aisance relative, la chasse et la pêche leur donnant amplement de quoi subvenir à leurs besoins.

Champlain appelle île de Saint-Laurent, le Cap-Breton. Mais le dernier nom a prévalu. Originairement le mot Cap- Breton s’appliquait au cap ainsi désigné par les pêcheurs de la Bretagne, qui découvrirent l’île.

La latitude du Cap-Breton est de 45° 57’ environ. L'île est de forme triangulaire et compte quatre-vingts lieues de circuit, À son milieu se trouve le lac Bras d'Or, que les sauvages appelaient Bibeaudoch, d'après Bellin. Ses côtes sont parsemées de baies et de havres spacieux. Du temps de Champlain on désignait quelques-uns des lieux les plus propices à la pêche sous le nom de Port-aux-Anglais (aujourd’hui Louisbourg) et de Niganis. Les Portugais avaient autrefois tenté de s’établir sur l’île ; ils y passèrent même un hiver. Mais le froid et les autres incommodités de la température les en chassèrent bientôt.

“ Ce qu’on appelle Labrador, écrit Denys, est un intervalle de mer, qui coupe par la moitié l’île du Cap-Breton, à la réserve de huit cents pas de terre ou environ qu'il y & depuis le Fort Saint-Pierre jusques à l'extrémité de cette mer de Labradc:, qui fait une espèce de golfe, dont l'ouverture est à l'Orient de l’île du Cap-Breton, et finit à l'Occident du côté du Fort Saint-Pierre (1).”

Partant du port de Saint-Pierre en se dirigeant vers Canseau pour faire le tour de l’île, on trouve l’tle-Verte, les îles

(1) Denys, Description de l'Amérique... t. 1, p. 149.

Michaur à trois lieues plus loin, le havre à l'Anglais, à dix lieues de ces dernières ; et l’on entre ensuite à trois lieues au-delà du port de la Baleine. Poursuivant notre course, nous arrivons à la rivière aux Espagnols, à l’entrée de laquelle les navires peuvent se mettre en sûreté. En quittant cette rivière l’on suit sur un parcours de trois lieues une côte formée de rochers, et puis l’on arrive au petit Cibou, à l’entrée d’une baie de huit ou dix lieues de large, à quelque distance de Niganiche. A droite est le grand Cibou, à l'entrée du havre de Sainte-Anne, qui peut contenir mille navires. “ Du bout ou extrémité du havre, il y a, dit Denys, une montagne de roche blanche comme lait, qui est aussi dur que le marbre,” Pour atteindre Niganiche il faut naviguer le long de dix-huit lieues de côtes de roches extrêmement escarpées, aussi abruptes qu’un mur,

Du Fourillon ou cap Breton à Niganiche il y a environ vingt lieues, et de là au cap Nord et puis au Chadye environ la même distance. Toute cette côte est dangereuse pour les navigateurs. Les montagnes se continuent jusqu’à douze lieues plus loin, où l’on trouve enfin une terre plate et bien boisée arrosée par une petite rivière.

Nicolas Denys vint s'établir au fort Saint-Pierre, après avoir été chassé de son habitation de Chédabouctou, en Acadie, par un nommé la Giraudiè. ;, Plus tard, en 1654, il fut dépossédé du fort Saint-Pierre par Emmanuel le Borgne de Belle-Isle, chevalier de Saint-Michel, et Guilbault, marchand de la Rochelle, Denys se rendit alors à Nipisiguit. Ayant recouvré tous ses anciens domaines, Denys ne demeura plus au Cap- Breton. Tantôt il résidait à Miscou, tantôt à la Petite-Rivière de la Gaspésie, et tantôt à Nipisiguit. Son fils, Charles Denys de Fronsac, avait un établissement sur la rivière Miramichi.

Les premiers missionnaires que la Compagnie de la Nou-

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velle France envoya au Cap-Breton, furent les Pères Vimont et de Vieux-Pont, Le vaisseau qui les portait, au lieu de se rendre à Québec, comme il a été dit, vint attaquer le fort de l’Evossais Stuart sur la rivière du grand Cibou. Daniel, commandant de ce vaisseau, s’empara de Stuart et arbora ensuite le drapeau français sur l’île, C’était une bien faible compensation pour la perte de Québec, qui aurait pu être sauvé, s’il se fût porté au secours de Champlain. Il laissa quarante hommes en garnison au grand Cibou, avec les deux Jésuites. Ceux-ci retournèrent en France, en 1630, pour ne plus revenir an Canada.

Les Pères Davost et Daniel étaient missionnaires sur l’île en 1633, et quand Champlain y relâcha le 5 mai, il y rencontra les deux Jésuites, qui le suivirent bientôt à Québec.

Le Père Julien Perrault résida au Cap-Breton en 1634 et

Les Pères André Richard et Georges d'Endemare lui succédèrent, l’année suivante; leur résidence était au fort Sainte- Anne, dans la baie du grand Cibou. “ L’'assiette du lieu est si avantageuse, raconte le Père Perrault, qu'avec dix ou douze pièces de canon, on pourrait couler à fond tous les vaisseaux ennemis qui s’y présenteraient, Ceux qui ont vieilli sur mer protestent qu’ils n’ont jamais vu un fort plus recommandable pour sa capacité, ni pour la facilité de son abord. Trois mille navires y peuvent être à l'aise et à l’abri de tout vent (1).

Les Pères Jésuites furent les uniques missionnaires du Cap-Breton jusqu’à l’arrivée de MF de Laval. La Relation de 1659 nous apprend, qu’à cette époque, un des Pères y travaillait à la conversion des Micmacs, Lorsque M" de Saint- Vallier visita l’Acadie, en 1686, il n’y avait qu’une seule

(1) Relation de 1635, p. 42.

mission dans le golfe Saint-Laurent, “ On avait d’abord eu la pensée, dit-il, qu’on pouvait y établir trois missions sédentaires : l’une à Ristigouche, l’autre au Cap-Breton, et la troisième à la rivière de la Croix (1); mais après y avoir bien pensé, on a cru qu’il fallait se réduire à un seul établissement (?)”.

La rivière de la Croix fut choisie comme le poste le plus avantageux, En 1685, Denys avait donné trois lieues de terrain au séminaire de Québec avec l’idée d’y installer des prêtres séculiers, L'abbé Thury s’y était rendu dès l’année 1684 ; d’autres le suivirent bientôt dans ce lieu habité par les sauvages Crucientaux ou Porte-Croix, Parmi les prêtres qui ont laissé le plus long souvenir au milieu des insulaires du Cap-Breton, on cite, en première ligne, l’abbé Antoine Maillard, auteur d’une grammaire micmaque, imprimée à New- York, en 1864, Ce missionnaire remarquable était arrivé au Canada en 1741, et mourut dans sa mission, en 1768.

Les missions du Cap-Breton, de Miscou, de Nipisiguit et de la Gaspésie, résument l’histoire religieuse des îles et des côtes du golfe Saint-Laurent, pendant la plus grande partie du dix-septième siècle, Elles ne furent pas toutes contemporaines du fondateur de Québec, mais elles s’ouvrirent presque toutes sous son administration, Champlain contribua pour une large part à l’œuvre d’évangélisation des Micmacs, en amenant avec lui des missionnaires. Ceux-ci n’eurent plus qu’à se laisser entraîner par leur zèle apostolique pour couronver l'édifice religieux dont Champlain avait jeté les assises aux quatre coins du pays.

(1) Miramichi.

(2) Estat présent de L'Eglise... dans la Nouvelle France. Paris, 1688.

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