‹ Samuel Champlain [microforme]Chapitre 53 sur 117 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Origine des premiers immigrants. — Normandie.— Mouvement d'émigration provoqué dans le Perche par Giffard.— Le Perche au Canada en 1634, — Robert Giffard et ses censitaires à Beauport.— Résumé de son œnvre.— L'abbé Le Sueur de Saint-Sauveur.— La chapelle Saint-Jean.— Jean Bourdon.— Abrégé de sa vie.

La restitution du Canada à la France n'avait pas eu ‘ieu sans produire quelque sensation dans les provinces maritimes de la mère patrie, surtout en Normandie ; seule jusque-là, elle avait fourni des enfants à l’émigration. En effet, si l’on excepte Louis Hébert, un parisien, et Guillaume Couillard, originaire de Saint-Malo, les autres, comme Hubou, Nicolet, Marguerie, Hertel, les Godefroy, Marsolet et Duchesne, étaient tous de la belle Normandie, Le mouvement de migration devait s'étendre à d’autres provinces, grâce à ces précieuses lettres ou Relations sur les missions de la Nouvelle France, que les Jésuites firent répandre à Paris et ailleurs, en 1632 et 1633. Des personnes pieuses et charitables s’intéressèrent à la jeune colonie, et y envoyèrent des secours en argent eten nature, en vue de propager l’enseignement religieux parmi les Français et les sauvages. Des religieuses s’offrirent d’elles-mêmes à se rendre au Canada et à y prendre soin des malades ou former des jeunes filles, Plusieurs familles vinrent dès 1633 tenter fortune sur les rivages du Saint- Laurent, Mais tout était abandonné à l'initiative privée. Ce ne

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fut qu’en 1634 que l’on vit se former une association dans le but de grouper les familles, afin de les diriger ensuite vers la Nouvelle France, C’est ainsi que l’on fut témoin, cette annéelà, du départ d’une petite colonie venue du Perche, sous la direction de Robert Giffard, personnage qui ne nous est pas inconnu,

Giffard était venu à Québec en 1627, comme chirurgien des équipages de la compagnie, mais sans intention de s’y fixer. Après s'être construit une cabane sur les bords de la rivière de Beauport, il consacra le bref séjour qu'il fit en Canada à la pêche et à la chasse, alors très abondante sur le littoral du grand fleuve. Il retourna en France la mêmg année, car, en 1628, il prenait passage sur l’un des vaisseaux de Roquemont pour revoir le Canada. L’on connaît le sort de cette expédition, Les Anglais s’emparèrent de tout, et Giffard dut retourner dans son pays avec les autres Français.

Ce contretemps ne découragea point l’ancien solitaire de Beauport, et il persista dans son idée d’expatriation. Mais, cette fois, il crut prudent de s’entourer de compagnons, non pour se livrer à la chasse, mais à l’agriculture, La Compagnie de la Nouvelle France consenti‘ en raison de services rendus et comme dédommagement des pertes qu’il avait subies en 1628, à lui accorder un vaste lopin de terre, eompris entre les rivières Montmorency et Beauport : une lieue de front sur une lieue et demie de profondeur, à prendre du fleuve Saint- Laurent en gagnant les Laurentides (1). Le nouveau seigneur de Beauport était en outre gratifié d’une “ place proche le

(1) Le document officiel, daté du 15 janvier 1634, faisait à Giffard la concession de ces terres pour en jouir ‘‘ en toute justice, propriété et seigneurie à perpétuité.”

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fort de Québec, contenant deux arpents, pour y construire une maison avec les commodités de cour et de jardins.” Mais ces concessions, si étendues en réalité, étaient passibles de charges que ne comportaient pas les concessions antérieures (1). Avant lui Louis Hébert avait reçu le fief du Saut-au- Matelot et le fief Lépinay, les Jésuites avaient obtenu le fief de Notre-Dame des Anges, avec des réserves beaucoup moins onéreuses,

Ainsi muni, Giffard fit consentir deux citoyens de Mortagne à l’accompagner au Canada, Le 14 mars 1634, Maître Roussel, notaire, mettait sur le papier les conditions de leur engagement : entre autres, ils s’obligeaient à cultiver les terres

(1) Ces conditions étaient les suivantes :

1. A la réserve toutefois de la foi et hommage que le dit Giffard * * sera tenu porter au fort Saint-Louis à Québec ou autre lieu qui sera désigné par la Compagnie, par un seul hommage lige à chaque mutation de possesseur des dits lieux, —

2. Avec une maille d'or du poids d’une once et le revenu d’une année de ce que le dit Giffard * * se sera réservé après avoir donné en fief ou à cens et rente toute ou partie des dits licux,—

3. Et que les appellations du juge des dits lieux ressortiront nuement à la cour et justice souveraine qui sera ci-après établie au dit pays, —

4. Que les hommes que le dit Giffard fera passer en la N.F. tourneront à la décharge de la dite Compagnie en diminution du nombre qu’elle doit y faire passer, et à cet effet en remettra tous les ans les rôles du bureau de la dite Compagnie, atin qu’elle en soit certifiée, —

5. Sans toutefois que le dit G ** puisse traiter des peaux et pelleteries au dit lieu ni ailleurs en la N.F. qu'aux conditions de l'édit de l’établissement de la dite Compagnie,—

6. Sans que le dit G ** puisse disposer de tout «4 partie des lieux ci-dessus à lui concédés qu'avec le gré et consentemceu de la dite Compagnie, pendant le terme et espace de 10 ans à compter du jour des présentes, après lequel temps il lui sera loisible d'en disposer au profit de personnes qui soient de la qualité requise par l’édit de l'établissement de la dite Compagnie,—

7. Et sans que le dit G** puisse fortifier les lieux ci-dessus concédés sans la permission de la dite Compagnie.

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de Giffard et à lui fournir son bois de chauffage jusqu’en 1637. Ces deux enfants du Perche s’appelaient Jean Guyon et Zacharie Cloutier: le premier était maçon, l'autre charpentier, Ils promettaient aussi à leur seigneur de travailler à la construction d’un édifice de trente-cinq pieds de longueur sur seize de largeur et de six pieds sous poutres, Quant aux autres émigrants percherons, ils allaient au Canada à leurs risques et périls, quelques-uns peut-être en qualité de manouvriers ou de domestiques. Le personnel de la future colonie pouvait compter quarante-deux personnes, y compris les femmes et les enfants (1). Elles étaient presque toutes originaires du Perche, dans un rayon de cinq à huit lieues autour de Mortagne, Jean Juchereau venait de la Ferté-Vidame, en Thimerais ; Noël Langiois était de Saint-Léonard, en Normandie, Ce n’est que plus tard que le mouvement d’émigration se propagea de Mortagne aux différentes villes et paroisses du Perche, comme Tourouvre, Appenai, Saint-Martin du Vieux-Bellême, Brézolles, Fresnay-le- Vicomte, Igé ou Igry, Le-Pin-la-Garenne, Parfondeval, Randonnai, La Ventrouse, etc.

Les vaisseaux qui portaient ce faible contingent de colons arrivèrent à Québec dans le courant du mois de juin 1634, Giffard avait pris passage avec sa famille sur celui du capitaine de Nesle, qui fit son apparition dans la rade le 4 juin, jour de la Pentecôte. Nous lisons dans le témoignage de

(1) Robert Giffard, sa femme et deux enfants ; Jean Guyon, sa femme et six enfants ; Zacharie Cloutier, sa femme et cinq enfants ; Jean Juchereau, sa femme et quatre enfants ; Gaspard Boucher, sa femme et cinq enfants ; Marin Boucher, sa femme et deux enfants ; Noël Langlois et sa femme ; Jean Guyon et sa femme; Thomas Giroust, Sébastien Dodier. Total: 10 hommes, 8 femmes, 24 enfants, d

L'INMIGRATION PERCHERONNE EN 1634 339

Gaspard Boucher devant Tronquet, secrétaire du gouverneur Montmagny, que Thomas Girou était arrivé le jour précédent sur le navire du capitaine de Ville, La Compagnie avait frété quatre vaisseaux; ils étaient commandés par les capitaines de Lormel, Bontemps et les deux ci-dessus nommés, Du Plessis-Bochart dirigeait l'expédition, De Lormel n’ar. riva à Québec que le 24 juin, amenant sur son bord Noël Langlois, pilote, et le Père Buteux, jésuite, La Relation de 1634 dit que c'était le “ vaisseau de l’Anglois (1) ”.

Giffard ne perdit pas de temps, et, le 25 juillet, il faisait planter une croix à l’endroit où devait s'élever le manoir seigneurial, Une plaque de plomb, trouvée par hasard, en 1881, dans les ruines de l'antique château, porte une inscription grossièrement gravée, qui indique la date de sa construction (?). La voici dans sa forme originale :

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