I. HS. M. I. A
LAN 1634 LE NTE
25 IVILET— JE— ETE PLA PREMIERE— P-— C— GIFART SEIGNEVR— DE-— CE— LIEV
Au centre de la plaque, dont les dimensions sont d'environ neuf pouces de diamètre et d’une ligne à deux lignes d’épais-
(1) In'ya pas à douter que ce navire appartint à Noël Langlois, car nous constatons que plus tard le pilote de ce nom traversait même l’Atlantique sur un navire qui lui appartenait. Le Journal des Jésuites l'appelle Le Flibot.
(2) Cette inscription est susceptible d’interprétations diverses. I. H.S, est évidemment l’abréviation de Jesus Hominumn Salvator. M.T. A. peut vouloir dire Marie Immaculatæe Auspice, où Majori Jacobo Apostolo, ou S.
340 L'IMMIGRATION PERCIIERONNE EN 1634
seur, l’on aperçoit avec quelque difficulté un écusson portant un cœur en flammes, renversé, avec trois étoiles au centre de l'écu, le tout entouré de lignes plus ou moins régulières indiquant plutôt l’idée du graveur que son babileté,
Cette plaque commémorative est un des derniers vestiges de la résidence du premier seigneur de Beauport et de la famille Juchereau, qui en devint plus tard l'acquéreur. Un précieux souvenir historique s’y rattache. En 1759, le marquis de Montcalm l’utilisa comme quartier général de ses troupes. C'était, avant sa destruction, le plus vieux manoir seigneurial du pays.
Un procès, qui surgit quelque temps après l’arrivée de la colonie percheronne entre Gaspard Boucher et Thomas Girou, mérite d’être signalé, Celui-ci s'était chargé de transporter de Mortagne à Dieppe certains articles de ménage et des provisions appartenant à Boucher, Girou s’occupa de
Jacques le Majeur dont on célèbre la fête le 25 juillet ; ou encore Maria, Joachim, Anna, dont la dévotion était fort en vogue. Cette dernière interprétation est peut-être la plus sûre, parce que moins savante. La difficulté s'aggrave par les mots qui suivent : L'an 1634 le nte 25 juillet je été pla. Nte doit être ajouté à pla pour faire planté ; ici, il y a eu erreur de la part du graveur, qui a mal calculé la distance, Il faut donc lire ; L'an 1684 le 25 iuillet je été planté. Lorsqu'on fonde un bâtiment, que l’on plante un arbre, que l’on érige une statue et que l’on y place une inscription, il arrive souvent qu'on suppose la Pierre, l’Arbre ou la Statue être animés et parlants, I] faut lire : Je été planté la première. Cette pierre a dû être renfermée ou adhérente dans la pierre de fondation, et c’est la Pierre qui est censée annoncer elle-même son origine à la postérité. Quant au mot ?{unter, on ne dit pas, il est vrai, planter une pierre, mais tous les architectes, tous les ouvriers de bâtiment, en ce temps-là, disaient: Planter un bâtiment, planter une fondatien : c'était un terme technique.
Que signifient les deux majuscules P. C.? Tout probablement Pierre Clust, architecte du manoir de Giffard.
Cette inscription peut donc se lire comme suit :
Jesus Hominum Salvator, Maria, Joachim, Anna, l'an 1634 le 25 juillet je été planté première Pierre Clust, Gifart seigneur de ce lieu.
lé
leur chargement, et rendu à Québec, il refusa de les remettre à leur propriétaire, sous divers prétextes plus ou moins spécieux, Champlain dut intervenir, à la demande de la partie lésée. Mais Champlain, étant tombé gravement malade, ne put régler le litige, Ce ne fut qu'en 1638, que M. de Montmagny réussit à faire l'accord, après avoir entendu la déposition de Boucher devant Guillaume Tronquet, le douze septembre, et oui les témoins de l'affaire, Un d'eux nous apprend que les colons, à leur arrivée en 1634, recurent l'hospitalité au fort Saint-Louis, en attendant que leur maison de Beauport fût prête à les recevoir,
Le seigneur Giffard eut donc des difficultés avec ses censitaires. L'abbé Ferland fait remarquer à ce propos, que les colons du Perch= avaient vécu trop près de Normandie, pour n'avoir pas contracté un peu les goûts normands pour les procès. Ainsi dans l’espace de huit ans, le gouverneur Montmagny dut régler, à six reprises différentes, des chicanes survenues entre le seigneur de Beauport et ses vassaux Cloutier et Guyon, au sujet des droits seigneuriaux et des limites de leurs terres.
Cet amour des procès chez les premiers colons du Perche, si tant est que ce défaut fût inhérent à leurs mœurs, était amplement racheté par des qualités que M. Rameau leur attribue à bon droit: “ L'émigration percheronne, dit-il, se distingua entre toutes par ses habitudes laborieuses et sédentaires, et participa peu aux entraînements et aux désordres des coureurs des bois où se perdit une partie de la population canadienne.”
Robert Giffard s'installa donc de son mieux sur ses terres et il se mit immédiatement à l’œuvre. Après un an de travaux, il put récolter à travers les souches huit poinçons de blé, deux de pois et trois de blé d’inde, sans compter le foin,
qui n’était pas la plus maigre partie de son revenu. L'année suivante (1636) il put amasser assez de grains pour nourrir vingt personnes. Il avait à cette époque sept hommes à son service: les uns travaillaient aux défrichements, les autres aux constructions de granges, d’étables et d’édifices propres à une métairie. Ces terres étaient de bonne qualité, et aujourd’hui encore, elles sont considérées comme les plus productives de la côte nord.
A venir à 1634 l'immigration avait été surtout normande et cette année-là, parmi les arrivants, il s’en trouvait un: remarquable en‘re tous : c'était Jean Bourdon, qui avait traversé la mer en compagnie de l’abbé Jean le Sueur. Cet abbé avait abandonné sa cure de Saint-Sauveur de Thury (1), en Normandie, pour venir se fixer au Canada. On l’appelait Monsieur de Saint-Sauveur, Un des faubourgs de Québec tient son nom de ce prêtre ‘“ édifiant, actif et dévoué.”
Quoique célibataire, Bourdon crut prudent, en vue des événements futurs, de se bâtir un nid à soi: il fallait tout prévoir. Du reste il ne voulait pas se séparer de son ami intime, l’abbé Le Sueur, dont il fit son commensal. L'endroit qu’il choisit était quelque peu distant du fort Saint-Louis. Il n’y avait guère d'habitations sur ce coteau isolé dit coteau Sainte-Geneviève, qui depuis est devenu l’un des plus beaux quartiers de Québec. C’était alors la forêt, la solitude. Bourdon y pratiqua une clairière, il y plaça une chapelle, un moulin et une résidence. La chapelle devait servir d’oratoire à son ami : il l’appela la chapelle de Saint-Jean. Bientôt les
(1 Aujourd’hui Thury-Harcourt ou simplement Harcourt.
Bo m ©Q
pionniers vinrent se grouper autour de la propriété de Bourdon, devenu seigneur de ces lieux.
Peu favorisé sous le rapport de la fortune, Bourdon possédait en revanche toutes les qualités du cœur et de l'esprit. Son énergie et son travail devaient écarter la gêne de son toit. Ille comprit si bien que, dès l’année 1635, il se choisissait une compagne, dont les vertus et les grâces devaient marquer dans la carrière de Bourdon ie surprenant essor de son activité et de son talent (1). 6
Bourdon vécut vingt-quatre ans dans le pays, et il s’y rendit célèbre à divers titres, Arpenteur, ingénieur, cartographe, dessinateur, peintre, agriculteur, diplomate, légiste, découvreur, ce Normand à tout savoir-faire vit grandir la colonie et il grandit avec elle. Il connut huit gouverneurs, y compris Champlain, M de Laval, la Mère de l’Incarnation ; il fut l’ami des Jésuites, des Ursulines et des Hospitalières ; il assista à la fondation du collège des Jésuites, du séminaire de Québec, à la création du conseil souverain, dont il devint membre à titre de procureur fiscal. C’est en cette dernière qualité que Bourdon sut déployer toute la noblesse et la fermeté de son caractère, luttant comme un brave contre un gouverneur malveillant et contraire aux décisions de l'autorité religieuse. Bourdon était par-dessus tout un homme de vertus : chaque page de sa vie en est une illustration frappante, Aussi aurions-nous droit de dire avec M. l'abbé Gosselin, son biographe, “ qu’on élève aujourd’hui des statues à bien des gens qui n’ont ni sa valeur ni son mérite (2).” C’est de lui
(1) Jacqueline Potel, tel était le nom de cette femme. Elle fut la mère de quatre religieuses, dont les annales des Ursulines et des Hospitalières font les plus beaux éloges.
(2) L'abbé Auguste Gosselin, Les Normands au Canada — Jean Bourdon.— Evreux, impri’ crie de l'Eure, 1892.
Re
que disait la M::2 de l’Incarnation qu'il était “ le père des pauvres, le consolateur des veuves et des orphelins, l’exemple de tout le monde.”
Cette immigration, normande et percheronne, du temps de Champlain, donna à la colonie un nouvel essor, car c’est à elle que l’on peut faire remonter la colonisation française en Canada. Que de familles honorables, aujourd’hui nombreuses, en sont sorties ? Que de souvenirs heureux s’y rattachent ?