CHAPITRE DIXIÈME
Obsèques de Champlain.—Lieu de son inhumation. — La chapelle Champlain. — Eloge de Champlain. — Appréciation générale de son œuvre, — Son dévouement au catholicisme, — Sa loyauté, — Ses travaux multiples.— Opinion des historiens étrangers : Charlevoix, Léon Guérin, Rémy de Gourmont, E. Salonne. — Jugement des historiens canadiens : Faillon, Sulte, Garncau, Ferland, Laverdière et Casgrain.
Les obsèques de Champlain furent les plus solennelles que la colonie eut encore vues, Nous pouvons affirmer que la population tout entière y était présente : on y voyait, dit la Relation des Jésuites, des soldats, des capitaines, des gens d’Eglise, et, sans doute aussi, des sauvages. Le convoi funèbre défila du fort Saint-Louis, où le gouverneur avait passé les deux dernières années de sa vie, jusqu’à l’église de Notre- Dame de Recouvrance, Puis le Père Charles Lalemant officia, Le Père Le Jeune prononcça l'éloge de l’illustre défunt, “ Je ne manquai point de sujet,” écrit ce religieux. Si nous n'avons pas sous les yeux le texte de ce discours, nous connaissons au moins ce que le prédicateur a écrit de Champlain au lendemain de l’inhumation. La citation de ce court éloge vaut bien la peine d’être rapportée,
“ Le vingt-cinquième décembre, jour de la naissance de nostre Sauveur en terre, Monsieur de Champlain, nostre gouverneur, prit une nouvelle naissance au ciel; du moins nous
pouvons dire que sa mor. a esté remplie de bénédictions. Je croy que Dieu lui a fait cette faveur en considération des biens qu’il a procurés à la Nouvelle France, où nous espérons qu'un jour Dieu sera aimé et servy de nos François, et cognu et adoré de nos Sauvages. Il est vray qu'il avait vescu dans une grande justice et équité, dans une fidélité parfaite envers son Roy et envers Messieurs de la Compaunie... 11 avoit préparé de longue main une confession générale de toute sa vie, qu’il fit avec une grande douleur au Père Lalemant, qu’il honoroit de son amitié; le Père le secourut en toute sa maladie. Ceux qu'il a laissés après luy ont occasion de se louer, que sl est mort hors de France, son nom n’en sera pas moins glorieux à la Postérité (1.”
Où Champlain faut-il inhumé? Question de solution difficile, et qui ne sera peut-être jamais réglée à la satisfaction générale. Si l’on s’en rapporte au texte même de la Relation qui consacre quelques lignes seulement à la sépulture du fondateur de Québec, il nous semble assez probable que ce fut dans l’église même de Notre-Dame de Recouvrance. Il y est dit, qu'immédiatement après les funérailles, lorsque le peuple étuit encore dans l'église, le Père Le Jeune lut publiquement la commission de gouverneur intérimaire en faveur d'Antoine Bras-de-Fer de Chasteaufort. Le convoi funèbre ne se serait donc pas reformé après l'office pour accompagner la dépouille mortelle de Champlai. ans un cimetière ou dans une chapelle situés à quelque distance de l'église, Quoi qu'il en soit, si cette inhumation se fit dans l’église, ce ne fut que pour un temps limité, car nous constatons qu’en 1642, Francois de Ré, sieur Gand (2), premier com-
(1) Relation de 1636, édition canadienne, p. 56. (2) Voir Note V en appendice.
mis de la Compagnie des Cent-Associés, reçut les honneurs de
la sépulture dans la chapelle dite de Champlain, qui servait
d’abri à un sépulcre particulier construit expressément pour recevoir le corps du premier gouverneur de la Nouvelle-France. La Relation de 1643 rapporte que le Père Raymbault, l’apôtre des Nipissiriniens, reçut les mêmes honneurs, Ce sont les deux seuls personnages mentionnés dans les registres paroissiaux en des termes qui ne laissent aucun doute sur l'existence de la chapelle Champlain et sur les inhumations qu'un y fit alors (1).
La chapelle Champlain dut être érigée par les soins du gouverneur Montmagny, dans un endroit isolé, à proximité de l'église paroissiale, Elle existait encore en 1661, comme le prouve un document conservé aux archives de l'Hôtel-Dieu de Québec (?).
Que dire qui n’ait pas été déjà répété de ce grand Français qui, le premier, sut comprendre l’idée colonisatrice et la faire mûrir sur nos plages, sans autre appoint qne son travail, sa bonne volonté et son espérance en Dieu? Fonder une ville, coloniser un pays au milieu de peuplades sauvages, c'était une entreprise périlleuse, mais vouloir fonder et coloniser sans être muni des ressources les plus ordinaires, c'était presque tenter la Providence. Cependant l'illustre enfant de la Saintonge ne défaillit pas à la tâche, plus confiant dans son étoile que ne l'avaient été Cartier et Roberval, dont l’œuvre de colonisation fat nulle en résultats,
Champlain était né à une époque bien tourmentée de l’histoire de France. La Ligue allait bientôt se former pour battre en brèche lies tenants du calvinisme, Ce fut une lutte terrible
(1) Voir Note W enappendice.
(2) Voir ce document en appendice, pièce 19
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d'où les catholiques sortirent victorieux, Champlain fit ses meilleures armes dans les rangs des Ligueurs, et c’est à cette occasion qu’il laisse apercevoir combien il était convaincu de la beauté et de la vérité de sa religion. Sa vie ne fut plus ensuite qu’un long dévouement à la foi de ses ancétres, et ses écrits ne respirent autre chose qu’un amour constant pour Dieu et ses ministres, Ecoutons-le, au début de son code du bon marinier, petit ouvrage très bien fait pour le temps, retracer les devoirs propres au marin catholique :
“ Sur toute chose être homme de Dieu; craignant Dieu ; ne permettre en son vaisseau que son saint Nom soit blasphémé, de peur que sa divine Majesté ne le châtie, pour se voir souvent dans les périls ; être soigneux soir et matin de faire faire les prières avant toute chose, et si le navigateur peut avoir le moyen, je lui conseille de mener avec lui un homme d’Eglise ou Religieux habile et capable, pour faire des exhortations de temps en temps aux soldats et mariniers afin de les tenir toujours en la crainte de Dieu, comme aussi les assister et confesser en leurs maladies, ou autrement les consoler durant les périls qui se 1*.contrent dans les hasards de la mer.”
Telle est l'entrée en matière de ce code que Samuel Champlain nous a légué à la suite de ses autres œuvres vraiment remarquables (1). On reconnaît de prime abord, dans ces lignes si profondément chrétiennes, l'empreinte de l’homme de bien, du catholique convaineu : c’est le langage du marin animé du meilleur esprit.
Tous ses tr: vaux, quels qu’ils soient, portent la marque de ce génie religieux, qui fut le modèle des plus grandes ver-
(1) Voir Notes X et Y en appendice, Bibliographie des Voyages de Champlain et bibliographie sur Champlain.
tus, Que de fois il dit et redit que son but en colonisant le Canada est de propager la foi parmi les sauvages. Il le dit et le répète à son roi, à ses amis, à tous ceux qui veulent l’entendre, C’est Champlain qui a écrit cette phrase souvent citée à sa louange et à sa gloire:
“ La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête des pays, ne sont rien en comparaison ni au prix de celles qui se préparent des couronnes au ciel, si ce n’est contre les infidèles, où la guerre est non seulement nécessaire, mais juste et sainte, en ce qu’il y va du salut de la chrétienté, de la gloire de Dieu et de la défense de la foi: et ces travaux sont de soi louables et très recommandables, outre le commandement de Dieu, qui dit que la conversion d’un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume.”
Imbu de cette idée qui semble avoir gouverné son existence tout entière, Champlain travailla donc sérieusement à la conversion des barbares qu’il rencontra sur son chemin. Les premiers qui s'offrent à lui, sur la plage de Tadoussac, lui rendent compte de leurs croyances superstitieuses : “ Il ya un Dieu, disent-ils, un Fils, une Mère et un Soleil, Dieu est le plus grand des quatre : le Fils et le Soleil sont bons, mais la Mère ne vaut rien.” Champlain leur montre un Dieu unique, bon, sacrifiant son Fils pour sauver l'univers; ce Fils vient sur la terre, y guérit les malades, ressuscite les morts, chasse les démons, illumine les aveugles. Il leur apprend l'existence d’une Trinité “ en laquelle il n’y a point de plus tôt ni d’après.” C’est ainsi que par ses explications des choses divines, Champlain se fait l’évangélisateur des hordes sauvages, tout émery ‘'lées d'entendre un pareil langage Cns la bouche de cet étranger.
Bientôt l’ascendant du fondateur de Québec devint tel, que les sauvages ne juraient plus que par lui, et n'entreprenaient
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aucune action, si peu importante qu’elle fût, sans le consulter. Pas de guerre sans son concours, pas de commerce de fourrures sans sou .grément. Champlain est l'intermédiaire obligé de toutes leurs négociations. Aussi la vie de ce grand Français au milieu d’eux fut-elle admirable par le dévouement et par les bons exemples. Quinze ans après sa mort, les Hurons racontaient encore au Père Jérôme Lalemant jusqu’à quel point il était vertueux. Le bon Père, de passage chez les Arendaronons, recueillit leur témoignagne à son sujet, et sa relation de 1640 nous l’a transmis religieusement,
“ C’est, dit-il, où feu monsieur de Champlain s'arrêta plus longtemps au voyage qu’il fit ici haut, il y a environ 22 ans, et où sa réputation vit encore dans l'esprit de ces peuples barbares, qui honorent même après tant d'années plusieurs belles vertus qu’ils admiraient en lui, et particulièrement sa chasteté et continence. Plût à Dieu que tous les Français, qui les premiers sont venus en ces contrées, lui eussent été semblables ! ”
Champlain, comme on voit, se montra l’apôtre de Dieu, à l’égal des missionnaires qu’il avait amenés de France. Les Récollets et les Jésuites ne vinrent au Canada que parce qu’il avait réussi à persuader la cour que toute colonisation serait impossible sans leur concours. Il fallait conserver les Français dans la foi de leurs ancêtres, et répandre la connaissance du vrai Dieu au sein des tribus indiennes,
Champlain fut aussi le fidèle serviteur de son roi, car c'était un patriote dans toute l’acception du mot. Bien souvent il dut ramener dans les sentiers du devoir, des Français qui faiblirent devart les menaces ou la crainte des Anglais.
Tous les historiens, catholiques et protestants, Anglais et Français, quelque peu familiers avec Champlain, ont été visiblement frappés de ses qualités et de ses vertus. Les uns
vantent son énergie, son courage, sa loyauté, son désintéressement et sa probité, D’autres admirent sa grande charité, son zèle, sa foi pratique, ses vues élevées et sa persévérance, Le fait est que, dans Champlain, l'on trouve tout ce bel ensemble de qualités, souvent poussées jusqu’à l’héroïsme, Ses contemporains n’ont peut-être pas su apprécier son vrai mérite, et ils semblent n'avoir point compris toute la portée de son œuvre, Il nous faut parcourir plus d’un siècle avant de pouvoir trouver un mot d’éloge sur son compte, et il nous vient d’un Jésuite, le Père Charlevoix, Après le premier historien de la Nouvelle France, même silence autour de cette tombe, Champlain semble être relégué dans l'oubli, comme du reste, la plupart de ses successeurs, Ce n’est que depuis environ cinquante ans que les esprits, en France et en Canada, se sont tournés vers cet héros d’un autre âge pour le placer sur le piédestal qui lui convient. Ses relations de voyages ont été publiées à deux reprises, en anglais et en français, En 1878, les citoyens de la Saintonge ont érigé à sa mémoire un monument dans sa ville natale de Brouage, aujourd’hui appelée Hiers-Brouage, En 1893, la ville de Saintes a consacré une série de fêtes à Champlain. En 1898, la ville de Québec, à son tour, vit inaugurer le splendide monument que tout le monC admire, La ville normande d'Honfleur a voulu aussi apporter son tribut à la mémoire de notre premier gouverneur, par une plaque commémorative,
Enfin, en 1908, Québec célèbrera le troisième centenaire de sa fondation. Si nous en jugeons par les préparatifs, le spectacle éclipsera tout ce qui s’est fait jusqu’à présent, Une fois de plus, Champlain recevra les honneurs dus à son immense mérite d’avoir fondé en Amérique, non seulement une ville, mais une colonie, et de l'avoir restaurée après sa ruine. Beaucoup de villes, sur notre continent, conservent
précieusement le nom et la mémoire de leurs fondateurs, mais aucune, croyons-nous, ne peut nous montrer un homme pouvant résumer en sa personne autant de qualités et de vertus réunies, Champlain n’a pas seulement jeté les assises d’une ville et d’une colonie, il a créétout un pays, et il sera toujours le père bien-aimé d’une nation, restée fidèle à sa foi et à sa langue en dépit de toutes les contradictions et de tous les assauts,
Le Père Charlevoix, qui écrivait un peu plus d’un siècle après la mort de Champlain, fait ainsi son éloge :
“ M. de Champlain fut, sans contredit, un homme de mérite, et peut être à bon titre appelé le Père de la Nouvelle France, Il avait un grand sens, beaucoup de pénétration, des vues fort droites, et personne ne sut jamais mieux prendre son parti dans les affaires les plus épineuses. Ce qu’on admira le plus en lui, ce fut sa constance à suivre ses entreprises, sa fermeté dans les plus grands dangers, un courage à l'épreuve des contre-temps les plus imprévus, un zèle ardent et désintéressé pour la Patrie, un cœur tendre et compatissant pour les malheureux, et plus attentif aux intérêts de ses amis qu'aux siens propres, et un grand fond d'honneur et de probité. On voit, en lisant ses Mémoires, qu’il n’ignorait rien de ce que doit savoir un homme de sa profession: on y trouve un historien fidèle et sincère, un voyageur qui observe tout avec attention, un écrivain judicieux, un bon géomètre et un habile homme de mer.
“ Mais ce qui met le comble à tant de bonnes qualités, c'est que dans sa conduite, comme dans ses écrits, il parut toujours un homme véritablement chrétien, zélé pour le service de Dieu, plein de candeur et de religion, Il avait accoutumé de dire, ce qu’on lit dans ses Mémoires : “ Que le salut d’une seule âme valait mieux que la conquête d’un empire,
et que les rois ne doivent songer à étendre leur domination dans les pays où règne l’idolâtrie, que pour les soumettre à Jésus-Christ.” Il parlait ainsi surtout pour fermer la bouche à ceux qui, prévenus mal à propos contre le Canada, demandaient de quelle utilité serait à la France d’y faire un établissement. On sait que nos rois ont toujours parlé comme lui sur cet article, et que la conversion des sauvages a été le principal motif qui les a plus d’une fois empêchés d’abandonner une colonie dont notre impatience, notre inconstance et l’aveugle cupidité de quelques particuliers ont si longtemps retardé le progrès, Il ne manqua à M. de Champlain, pour lui donner des fondements plus solides, que d’être plus écouté de ceux qui le mettaient en œuvre, et d’être secouru à propos. La manière dont il voulait s’y prendre, n’a été que trop justifiée par le peu de succès qu'ont eu des maximes et une conduite contraires (1).”
Ecoutons Léon Guérin, un Français, auteur d’un grand ouvrage sur les navigateurs de son pays ; il espère qu’on élèvera une statue à la mémoire de ce héros (?).
“ Samuel Champlain venait d'assister à la fondation d’un collège à Québec, quand il finit son utile et glorieuse carrière.. Outre ses voyages et mémoires, cet homme illustre, aussi bon marin que grand colonisateur, a laissé un Traité de la marine et du devoir d’un bon marinier, qui démontre à la fois de quelle science et de quel esprit il était animé; aujourd’hui encore, c’est une excellente œuvre àlire, Un jour, qui n’est pas loin, et qu’il est bien permis à un Français d’espérer, si Québec, échappée de nouveau des mains de l’Anglais, devient la capitale d’un vaste empire, elle élèvera,
(1) Charlevoix, //istoire de la Nouvelle France, \iv. V, pp. 306 et 307. (2) Voir Note Z en appendice.
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comme un colosse antique, à celui qui la créa, la statue à laquelle il a droit, sur l’un de ces lacs immenses, véritables mers intérieures où le premier il aura conduit la vieille Europe et la France, et elle inscrira le nom de Champlain dans les fastes de l’histoire entre ceux des plus grands fondateurs (1) ”.
Rémy de Gourmont a tracé un magnifique éloge du fonaateur. À
‘“ C'était, dit-il, un homme de bien et de mérite, Il avait des vues droites, était doué de beaucoup de pénétration. Le vide de sa mort ne devait pas se réparer. Pendant vingtsept ans, il n'avait cessé de travailler énergiquement en faveur de la prospérité de cette famille naissante, sacrifiant sa fortune, sa santé, la paix domestique à la cause qu’il avait embrassée avec enthousiasme et suivie avec une intrépide persistance, Il y avait en lui du preux chevalier des croisades, du voyageur curieux, aimant à s'instruire et recherchant l'aventure, du navigateur pratique, et il réunissait l'esprit du moyen-âge à une instruction plus avancée, Moins politique que soldat, il penchait vers les voies droites et ouvertes, et l’un des derniers actes de sa vie fut de demander à Richelieu des armes et des hommes pour combattre les Iroquois, menace permanente de la Nouvelle France. Nous avons vu son incomparable courage égalé par une patience que ne purent lui faire perdre ni les longues épreuves ni même les pieuses exagérations de sa femme. On a parfois peine à se représenter l’intrépide explorateur du lac Huron, l’antagoniste des Iroquois, confiné dans les règles d’une vie monastique à Québec, car on peut affirmer que Champlain était loin d’avoir une dévotion étroite.
(1) L. Guérin, Les Navigateurs français, p. 298.
LR ÉLOGE DE CHAMPLAIN 365 | (0 | 11 “ Soldat dès sa jeunesse dans un siècle de licence effrénée, 0 sa vie eut le rare mérite de répondre à ses principes ; et après pi | ‘ , PCR qu’une génération eût passé sur le temps de sa visite chez les | LR
Hurons, les anciens de la tribu parlaient encore avec admi- ME Hill ration de la chasteté du grand chef français. Ses écrits gar- | dent l'empreinte de l’homme : tout pour sa cause, rien pour lui-même, D'un style rude, plein des erreurs d’une rédaction hâtive et négligée, mais plutôt trop concis que diffus, ils respirent la vérité à chaque page (1) ”. D
M. Salonne, qui vient de publier un magnifique ouvrage | D sur la colonisation de la Nouvelle France, a esquissé à grands Ml : traits la belle figure de Champlain, {
| PA “ Le rôle est comme l’homme, unique, On peut chercher hf { 14 À dans l’histoire des peuples modernes, le vaillant, l’habile, l’heu- RU reux qui, au même degré, mérite d’être nommé le fondateur | 1 | d’une nation. A l'origine de tous les établissements des no : L Européens il y a toujours plusieurs héros entre lesquels l’his- | de: | toire a mission de répartir la gloire. Un seul homme ne peut qe jamais suffire à l'exploration, à la conquête, à la mise en train | NC de la colonisation, Champlain a assumé la triple tâche. I] je
est l'explorateur infatigable qui dans la région qui restera le Li patrimoine de la nation canadienne-francaise, ne laisse que | des gloires à ses successeurs. Sans une heure de bataille, il DB: fait accepter aux anciens maîtres du pays, le partage du sol il | avec les nouveaux venus, réalisant ainsi dans la perfection 21e l'idéal de la conquête pacifique, Il force les chasseurs et les [A 4 marchands de castors à faire, sur cette terre féconde, une Hit place aux laboureurs, Et lorsque les Kertk ont arboré la ban- | | | nière anglaise au sommet du cap Diamant, qui a mené à | {
(1) Rémy de Gourmont, Les Français au C'anadu et en Acaie—Paris, 1889, (1 pp. 84 et 85 passim. (|
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Londres et à Paris cette belle campagne diplomatique qui est couronnée par la restitution de la Nouvelle France, Champlain, toujours Champlain! Et il a été seul pour mener au bout cette œuvre de titan, seul, et pis que seul, puisqu'il a eu jusqu'au dernier jour à combattre ici contre l'hostilité des hommes d’affaires dont il dénonce les manques de parole, là, contre l'ignorance et l’apathie de ceux pour lesquels il acquiert un empire, Gloire à Champlain, père de la Nouvelle France (1) 1”
Faillon est assez bref dans son appréciation, mais juste et impartial :
“ La constance de Champlain, dans la poursuite de ses entreprises, sa fermeté et son courage dans les plus grands périls, le soin qu’il eut de nous laisser des relations curieuses et circonstanciées de ses voyages, la lutte qu’il soutint pendant tant d'années contre les compagnies marchandes, sans se laisser jamais abattre par leur mauvais vouloir; enfin, son attachement sincère à la religion catholique, et son zèle pour la répandre, lui ont acquis des titres immortels à la reconnaissance des Canadiens et à celle de la France, sa patrie (2).”
Benjamin Sulte dit toute son admiration pour notre premier gouverneur, en une seule phrase :
“ Deux cent quarante ans se sont écoulés, et le nom de Champlain fait encore incliner nos têtes, des rivages de Gaspé aux montagnes de la Colombie anglaise, et des sources de l'Ottawa jusqu’à la baie de New-York, partout enfin où la race canadienne s’est étendue (*).”
(1) E. Salonne, La Colonisation de la Nouvelle France, Etude sur les origines de la nation canadienne française. Paris, 1906, p. 53.
(2) Faillon, /Zistoire de la colonie française en Canada, t. 1, p. 287.
(3) Sulte, /Zistoire des l'analiens.français, t, 1, p. 58.
L'historien Garneau a trouvé aussi la note juste :
‘# Doué d’un jugement droit et pénétrant, d’un génie pratique, Champlain pouvait concevoir et suivre, sans jamais s’en écaiter, un plan étendu et compliqué, Trente ans d'efforts pour établir le Canada prouvent sa persévérance et la fermeté de son caractère, 11 conserva la possession d'immenses contrées à la France, à l’aide des missionnaires et par le moyen d’alliances contractées à propos avec les indigènes... Sa mort fat un grand malheur pour les Hurons, qu’il aurait peut-être arrachés à la destruction qui vint fondre sur eux bientôt après. |
“ Champlain a laissé une relation de ses voyages, dans laquelle on trouve un observateur judicieux et attentif, un auteur fidèle, rempli de détails sur les mœurs des aborigènes et la géographie du pays...
“ Champlain avait une belle figure, un port noble et militaire, une constitution vigoureuse, qui le mit en état de résister à toutes les fatigues de corps et d'esprit qu'il éprouva dans sa rude carrière: il ne traversa pas moins de vingt fois l'Atlantique pour aller défendre les intérêts de la colonie à Paris (1).”
L'abbé Ferland a retracé l'éloge de Champlain un peu d’après la manière de Charlevoix :
“ Champlain, dit.il, mourut, aimé et respecté de tous ceux qui l’avaient connu...Les mémoires de l’époque s'accordent à lui reconnaître les qualités nécessaires à un fondateur de colonie : constance, fermeté, courage, désintéressement, honneur, loyauté, amour véritable de la patrie, et, par-dessus tout, une foi vive et pratique, qui le portait à regarder le salut d’une âme comme plus précieuse que la conquête d’un
(1) Garncau, ÆListoire du Canada, t. 1, 4e éd, pp. 128 et 129 passün.