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OÙ FUT CÉLÉBRÉE LA PREMIÈRE MESSE EN CANADA

Si l’on s’en rapporte au texte même des Voyages de Champlain, il est assez juste de conclure que la première messe fut dite par un Père Récollet à la rivière des Prairies. Or, l’autorité de Champlain est la plus forte et la plus sûre, puisqu’il parle d’un événement dont il a été témoin, et à la rivière des Prairies et à Québec. IL ne dit pas que la messe chantée sur la pointe orientale de l’tle de Montréal, eut lieu le 74 juin, mais après avoir raconté ce qui se passa à ce dernier endroit, l'admiration des sauvages pour les cérémonies du culte et les ornements du prêtre, il raconte ensuite ce qui eut lieu à Québec, les travaux du Père d'Olbeau et du Frère Pacifique quand il s’agit d'apprêter une petite chapelle provisoire, Ce n’est pas là encore une preuve tout à fait concluante, Ayons recours à d’autres textes.

Le Frère Sagard dit: “ Il (le Père d’Olbeau) y dit la première messe le 25 jour de juin de la mesme année (1615), et nos autres Religieux ensuite.” Ce témoignage résout la

question pour Québec, mais il ne prouve rien pour la messe dite à Montréal.

Le Père d’Olbeau adressait, vers ce temps-là, une lettre à son ami le Père Didace David, dans laquelle il disait : “ Le 25 de juin, en l'absence du Révérend Père Commissaire, j'ay célébré la sainte messe, la première qui ait esté dite en ce pays, dont les habitans sont véritablement sauvages de nom et d'effet (1).

Le Mémoire des Récollets de 1637, dit formellement que “la première Messe qui fut jamais dicte en la Nouvelle France, y fut célébrée par eux à la Rivière des Prairies, et la seconde à Québec (?).”

Ce Mémoire contredit donc l’assertion du Père d’Olbeau, qui devait pourtant être vien renseigné. Cependant le bon Père aurait pu négliger un détail qui, dans le temps, n'avait pas toute la portée qu’on lui attribue aujcurd’hui.

La meilleure solution, croyons-nous, se tire de la confrontation des textes précités. Prenons comme un fait certain que la première messe dite à Québec le fut le 25 juin 1615; les témoignages du Frère Sagard et du Père d'Olbeau sont d'accord sur ce point. Suivons bien maintenant le récit de Champlain qui va régler la question. Après avoir raconté la cérémonie de la messe à la rivière des Prairies où il assistait à côté des Pères Jamet et le Caron, il dit qu’il arriva à Québec le 26 juin. Comme la descente du Saint-Laurent de Montréal à Québec requérait au moins deux jours, il s'ensuit que la messe avait dû être célébrée à la rivière des Prairies avant le 25 juin. Nous croyons qu'il est difficile. d'arriver à conclure différemment,

(1) Lettre citée par le P. Le Clercq, l’remier Etablissement de la Foy, t.1. pp. 62-65.

(2) Archives de Versailles,

C’est l'opinion de M. l’abbé Laverdière, qui s'en rapporte plutôt au Mémoire de 1637 qu’à la lettre du Père d'Olbeau. “ Ilest vrai, dit.il, que le P, d'Olbeau affirme de son côté avoir dit à Québec la première messe qui ait été dite en ce pays, et il avait bien quelque raison de le croire, puisqu'il y avait si peu d'apparence que le P.le Caron fût rendu au saut, ou qu'il se fût arrêté en chemin pour la dire. Cepen. dant, tout bien considéré, il semble que le Mémoire a raison, et que la première messe dite en ce pays, depuis l’époque de Jacques Cartier, fut célébrée à la rivière des Prairies par le P. Commissaire, selon toutes les apparences, et la seconde à Québec, par le P. d’Olbeau (1).”

Note B (Liv. 2, ch. 4, p. 46)

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