GUILLAUME CANANÉE
Ce navigateur, que nous font connaître Champlain et Sagard, fut un des plus grands voyageurs de son temps. Tantôt il est connu sous le nom de pilote, tantôt c’est le capitaine Cananée. Il avait deux fils: Michel et Jean, que l’on commence à retracer en 1607. Au mois de janvier Guillaume Cananée appareiïllait le Don-de-Dieu, petit navire de 80 tonneaux, qu’il ne faut pas confondre avec le Don-de- Dieu du capitaine Couillard, pour aller en pêche sur le grand banc de Terreneuve, Il y retourna les années suivantes et
(1) Voyages de Champlain, éd. can., t. III, p. 20, note 4,
sans interruption jusqu’en 1615, alors qu'il apparaît comme capitaine et bourgeois au corps du navire le Mouton, de 120 tonneaux, faisant la pêche, durant une période de huit ans, dans la Gaspésie, sur les bancs de l’île de Miscou et des terres neuves,
À la fin d'août 1624,au moment où il repassait en France avec sa femme, le Père Piat, ete. Champlain fit à Percé la rencontre de Cananée, Durant la nuit du 6 au 7 septembre quatre vaisseaux firent voile de Percé pour la France, et sur ce nombre était la patache de Cananée de 45 à 50 tonneaux, appelée Sainte-Madeleine. Nous laissons la parole au Frère Sagard, qui profite de cette rencontre avec le capitaine Cananée pour faire son éloge :
“ A mon voyage de la Nouvelle France, je communiquai, dit-il, avec un bon catholique nommé le capitaine Cananée, qui avait reçu des disgrâces en mer autant qu’homme de sa condition. Il avait été pris et repris des pirates tant d'Alger qu'autres, qui l'avait mis au blanc et réduit à servir ceux qu’il aurait pu auparavant commander, Retournant de Canada pour la France, le sieur de Caën, général de la flotte, lui donna le gouvernement et la conduite d’un petit navire, avec 12 ou 14 matelots catholiques et huguenots pour conduire à Bordeaux. Je désirais fort passer dans son bord, tant pour la dévotion que j'avais à la sainte Madeleine de laquelle le vaisseau portait le nom, que pour le contentement particulier que je recevais à la communication de ce bon et vertueux capitaine, mais le dit sieur de Caën, général, et le sieur de Champlain avec une quantité de nos amis me dissuadèrent de m’embarquer dans un si petit vaisseau, plus aisé à périr qu’un plus grand, ou l’incommodité du balottage (1).
(1) Sagard, Histoire du Canada, pp. 38-39.
Champlain nous apprend que Cananée fut pris par les Turcs le long des côtes de Bretagne, et puis emmené captif avec tout son équipage. Sagard assure qu’il mourut esclave chez ces barbares ‘en bon chrétien, après avoir souffert au-delà des forces humaines, et gagné le paradis par la croix (1). Se corroborant ainsi l’un l’autre, ces deux témoignages ne sauraient être contestés, bien qu’il répugne de croire que les parents et amis de Cananée l’aient ainsi abandonné à son triste sort. Dans ce cas, il fut moins heureux que la plupart des Français entratnés en esclavage par les Turcs.
MM. Bréard rapportent, qu’en cette même année, 1624, le navire d'Hélie Le Chevalier fut capturé, et que lui-même fut pris à son retour du Canada par les Maures de la Côte de Barbarie, ainsi que son pilote André Nepveu, qui fut racheté moyennant une rançon de 600 livres.
Les corsaires musulmans enlevaient ainsi chaque année un grand nombre de Français qu'ils assujétissaient ensuite aux rigueurs du plus dur et du plus vil esclavage. On comptait à Fez, vers la fin du seizième siècle, au moins cinq à six mille esclaves français. Ce triste état de choses occasionna la fondation de deux ordres religieux, qui opérèrent des prodiges de dévouement pour la rédemption de leurs compatriotes captifs. Ce furent les Pères de la Merci et les Religieux de la Trinité. Ces derniers, mieux connus sous le nom de Mathurins, rachetèrent plus de 30,000 captifs jusqu’en l’année 1635. Mais ces bons Pères ne suffisaient pas encore à la tâche, les parents des prisonniers travaillaient aussi de leur côté à leur rachat. C’est ainsi qu’en 1624, Lucas Legendre, marchand, de Rouen, autorisi ses deux fils, établis au
(1) Zbidem, pp. 39 et 842.
Maroc, à fournir l'argent nécessaire à la rançon de six marins d'Honfleur captifs à Salé. MM. Bréard nous donnent une liste d'esclaves francais arrachés des mains des Turcs en 1624, Parmi eux se trouvent Thibault le Chevallier, capitaine d’un navire qui avait fait le voyage du Canada, et toute une famille Auber,
Note C (Liv. 2, ch. 7, p. 76)