RAYMOND DE LA RALDE
Lorsque le Basque Guérard, dont il est question au chapitre huitième du livre second, quitta la rade de Tadoussac en 1622, un Francais, au service de la compagnie de Montmorency, venait aussi d'en partir pour faire voile vers Gaspé. Son plan était de s'assurer s’il ne rencontrerait pas de vais-
seaux qui ‘“ contrevinssent aux défenses «2 Sa Majesté.” Ce Français s'appelait Raymond de la Ralde; c'était le premier lieutenant d'Emery de Caën, qui lui-même était l’âme de la compagnie des marchands et en était aussi, avec son oncle Guillaume, l’un des principaux directeurs,
De la Ralde était un ‘assez bon catholique, mais très dévoué à ses maîtres, Quand nous le retrouvons, l’année suivante, à Miscou, le lieutenant des de Caën était plongé dans une grande perplexité au sujet des Basques, qui, foulant aux pieds lois et règlements, faisaient la traite en grand avec les sauvages du golfe, Aussi n’eut-il rien de plus pressé que d'écrire par le pilote Doublet à Emery de Caën pour l’informer des agissements des contrebandiers.
De la Ralde commenca dès lors à jouer un certain rôle dans la Baie des Chaleurs. Comme représentant d’une compagnie, il avait la suprématie sur terre ei sur mer dans toute cette contrée qu’arrosent les eaux du golfe Saint-Laurent, où la compagnie de Montmorency commandait régulièrement, Les plaintes, portées à Québec, furent bien accueillies, De Caën résolut de se rendre compte de tout. En effet, il partit, le 23 août avec Pont-Gravé et courut à Gaspé, où il passa quelque temps avant de traverser en France,
Champlain rapporte un différend survenu entre de la Ralde et Louis Hébert, Lorsque ce dernier commandait à Tadoussac, en l'absence d'Emery de Caën, les catholiques faisaient leurs prières sur l'avant du vaisseau, pendan: ane ies protestants allaient prier dans la chambre d'Emery de Caën. Hébert n'avait pas voulu prendre sur lui de changer une coutume introduite par le commandant, Lorsque de la Ralde arriva à Tadoussac, se prévalant de son titre de lieutenant, il voulut forcer les catholiques à prier avec lui dans sa cham-
bre. La chicane s’éleva entre Hébert et de la Ralde à ce sujet,
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et les Récollets purent seuls l’apaiser, “ Hébert eut le tort de cette dispute, dit Champlain, ct n'avait pas de raison.”
De la Ralde résume durs sa personne les premières années de l’histoire de Miscou, et son nom y restera attaché comme le nom de Nicolas Denys à Nipisiguit et celui de F'outrincouit à Port-Royal.
Raymond de la Ralde fut le premier capitaine de cette île, située à l’extrémité septentrionale des côtes du Nouveau- Brunswick, à l'entrée de la baïe des Chaleurs,
L'histoire de Miscou débute avec l’année 1620, Nous commencons dès lors à y retrncer le passage des pêcheurs de Saint-Malo, La Rochelle et autres ports maritimes de France, En sa qualité de lieutenant des sieurs de Caën, de la Ralde avait aussi été chargé de la surveillance des eaux de la baie des Chaleurs et des bancs de Miscou, où il se faisait chaque année une abondante pêche de morues. Voilà pourquoi nous constatons sa présence tantôt à Miscou, tantôt à lercé ou à Gaspé. Quand Champlain s'arrêta à ce dernier endroit, au mois d'août 1624, au moment de passer en France, il y trouva de la Ralde occupé à la pêche. Il suivit Champlain, mais il revint à son poste en 1626, avec la charge d’amiral de la flotte,
A son arrivée à Québec, de la Ralde y rencontra un certain nombre de pêcheurs basques à la recherche d’un navire qui pût les ramener dans leur pays. Ils expliquèrent leur présence en disant qu'ils avaient remonté le fleuve jusqu’à Chisedec, avec l'intention de chasser la baleine, mais leur navire ayant brûlé par l’imprudence d’un enfant qui avait mis le feu aux poudres, ils se virent obligés après ce malheur d'abandonner leur dessein, et de remonter à Tadoussac en chaloupes, puis de prendre le chemin de Percé, attendant une occasion favorable pour rentrer dans leur pays. De la KRalde
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consentit à les envoyer à Miscou. En les conduisant luimême, il pourrait du même coup s'assurer le paiement de certrines dettes contractées par les sauvages, et voir si les marchandises qu’il y avait laissées ? la garde d’un Indien étaient en bon ordre. Ce voyage durerait environ un mois. En revenant il apporterait à Québec les mousquets et les munitions de guerre que la compagnie lui avait confiés et qu’elle destinait à la défense de Québec, Mais de la Ralde, changeant bientôt de résolution, au lieu de s’embarquer avec les Basques, confia la conduite de l'expédition à Emery de Caën, Néanmoins il ne tarda guère à s’en aller, car l’on constate que le 22 juillet, un mois après le départ de de Caën, una chaloupe arrivait à Québec, envoyée par de la Ralde, Il écrivait à Champlain que, malgré sa promesse, il ne pourrait revenir cette année-là. Sa raison était bonne. “ J’ai trouvé, disait-il, plusieurs vaisseaux faisant la traite des pelleteries contre les défenses du roi. Mon ambition est de m'en emparer. Pour cela, il me faut du temps et des vaisseaux bien armés.”
De la Ralde écrivait par le même courrier à Emery de Caën, lui demandant de lui envoyer l’Alouette des Jésuites, bien approvisionnée et suffisamment armée qui pût lui permettre de saisir les vaisseaux surpris à violer les règlements de Sa Majesté. Champlain ne dit pas s’il obtint les secours qu'il demandait avec tant d'instance,
L'hiver de 1627 fut extrêmement rigoureux dans tout le pays. À Miscou il tomba huit pieds de neige. De la Ralde, parti pour la France l’automne précédent, avait laissé sur l’île quelques Français afin d’y hiverner et d'achever la vente aux sauvages de son fonds de commerce qu’il avait jugé trop peu valoir pour le transporter en France, Ces pauvres hivernants eurent beaucoup de misères durant cette saison de froid et de neige,