ETIENNE BRULÉ
Etait originaire de Champigny, à peu de distance de Paris, Il accompagnait Champlain à Québec, en 1608. C'était alors un tout jeune homme, plus jeune encore que Marsolet, son compagnon de voyage. Tous deux embrassèrent un état qui, à cette époque surtout, pouvait servir de carrière par les émoluments qu’il rapportait, Comine il a déjà été dit, ces interprètes étaient à la solde des marchands de France,
De tous les truchements des premiers temps de la colonie, il n’eu est pas un seul qui ait joué un plus grand rôle qu'Etienne Brûlé, Ils’illustra surtout par ses nombreux voyages de découvertes qui en font l’émule des coureurs des bois les plus vantés par leur audacieuse intrépidité.
Son premier voyage au pays des Hurons date de 1610. Jusque-là il avait séjourné à Québec avec les quelques Français de l'habitation, résistant aux atteintes du scorbut et au découragement des premiers hivernages. Champlain écrivait de Brûlé en 1618 : “ Or y avait-il avec eux (les Hurons), un appelé Etienne Brâûlé, l’un de nos truchements, qui s'était adonné avec eux depuis huit ans, tant pour passer son temps que pour voir le pays et apprendre leur langue et façon de vivre,”
Au printemps de 1611, les Hurons ramenèrent avec eux, au saut Saint-Louis, le petit Français qui ne les avait pas quittés depuis un an. Celui-ci, qui n’était autre que Brûlé raconta à Champlain ce qu’il avait vu, et lui fit une descrip-
tion des pays de l'Ouest qu’il avait eu la gloire de visiter le premier, même avant Champlain, qui n’y alla qu’en 1615.
Nous avons vu déjà qu'au moment de partir pour la guerre chez les Iroquois (1), Champlain avait permis à Brûlé de se rendre jusqu’au pays des Carantouans, tribu de la nation des Andastes, “ Andastoé, écrit le Père Ragueneau, est un pays au-delà de la nation Neutre, éloigné des Hurons en ligne droite près de cent cinquante lieues, au sud-est quart de sud des Hurons..… Ce sont peuples de langue huronne, et de tout temps alliés de nos Hurons. Ils sont très belliqueux, et comptent en un seul bourg treize cents hommes portant armes (?).”
Les Andastes avaient promis aux Hurons cinq cents hommes de guerre, pour leur expédition contre les Iroquois, D'après toute apparence les Carantouans étaient cantonnés sur les bords de la rivière Susquehanna, vers le sud-est de la Pennsylvanie. C'était donc un voyage pénible et dangereux que Brûlé et ses compagnons avaient entrepris, car il leur fallait franchir de nombreuses forêts, au milieu d’ennemis qui pouvaient facilement s'emparer d’eux et les massacrer, Aucun malheur cependant ne leur arriva. Ils atteignirent le pays des Carantouans sans trop de difficultés; les hommes qu'ils avaient promis aux Hurons reçurent des armes, mais ils parvinrent en face des retranchements iroquois deux jours après que Champlain eût abandonné son plan de campagne, Brûlé retourna avec les Andastes, et il consacra l’automne et l'hiver suivant à visiter les nations voisines. C’est ainsi que dans ses courses aventureuses de ci de là qu'il aperçut un jour, de la côte floridienne, l'Océan Atlantique.
Après avoir dit adieu aux Carantouans, Brûlé reprit le
(1) Liv.2, ch.8.
(2) Relation des Hurons, 1647-48, ch. VIII.
| | NOTES EXPLICATIVES 415 ii |
chemin des Hurons avec cinq ou six sauvages. En route ils furent poursuivis par des ennemis nombreux, qui les dispersèrent, si bien que Brûlé finit par se trouver absolument seul. Ayant rencontré dans la forêt trois sauvages qui | s'en retournaient tranquillement dans leur village, il les on supplia d’avoir pitié de lui, Les misérables lui signifièrent de nl les suivre, et puis ils l’interrogèrent sur ses antécédents et Hs | sur sa nation, Bien qu’il s’exprimât purement en huron, ses : AE t interrogateurs reconnurent en lui un Français, et se mirent qu
en frais de le torturer. L’ayant attaché à un arbre, ils lui D | | ne arrachèrent les ongles avec leurs dents, et le brûlèrent avec tp A | des tisons ardents, Le supplice menaçait de se prolonger, Fa lorsque l’un de ces barbures, avisant un Agnus Dei suspendu | au cou de Brûlé, avanca la main pour s’en saisir. Brûlé l’ar- ANR A rêta d’un geste et lui dit que s’il y touchait il mourrait sur j il l le champ et toute sa famille ensuite. La Providence permit HE D qu’à l'instant même un orage épouvantable vint jeter la consternation et l’effroi sur ce groupe méchant. Brûlé fut détaché de l'arbre; il profita de cette bonne fortune pour assurer | |:
à ses compagnons que les Français désiraient vivre en bonne intelligence avec leur tribu, et il les persuada si bien, qu'ils agréèrent de le reconduire jusqu’à quatre journées de marche ; | 1h du pays des Attignouantans, où, le 22 avril, il revit ceux y 14 | qu'il avait quittés le 8 septembre précédent, Champlain lui 4h Al fit raconter tous les incidents de son voyage, dans l'espérance ul d'en tirer quelque profit pour ses découvertes. Non content | de cela, il chargea Brûlé d'explorer le nord du lac Huron que NE pas un Français n’avait encore visité. L’'interprète n’hésita ail pas un seul instant, mais il fut obligé de rebrousser chemin s à cause des guerres qui s'étaient déclarées entre les peuples Fil de ces pays. | Brâûlé resta chez les Hurons après le départ pour Québec |
416 NOTES © ICATIVES
de Champlain et du Pà- ron, Ce ne fut qu’en 1618 qu'il résolut d’abandc aomentanément son poste ordinaire pour rendre con... à Champlain de ses expéditions an
milieu des peuplades sauvages. D'après ce que l’on peut inférer des récits de Champlain, Brûlé était retourné au pays des Andastes, et avait lié connaissance avec une vingtaine de nations différentes, Comme on voit, ce Français était un voyageur intrépide,
De 1618 à 1623 nous perdons la trace de Brûlé, Les relations de l’époque n’en font aucune mention, Malgré ce silence, nous sommes justifiable de croire qu’il continua la vie d'aventures qu’il avait menée pendant huit ans.
Champlain nous apprend que, le 2 juillet 1623, Brûlé arriva à Québec avec des Marets, gendre de Pont-Gravé, tous deux venant de Tadoussac, avertir les Français que Guillaume de Caën était arrivé de France. Il n’y a pas de doute que Brûlé était l’un de ceux qui avaient été envoyés, le 14 juin, pour savoir des nouvelles de ce vaisseau siimpatiemment attendu, Le 23 juillet, Champlain, étant à la traite au cap de la Victoire, apprit que Brûlé avait rencontré au saut de la Chaudière trois cents Hurons qui descendaient de leur pays.
L'année suivante, Brûlé revint à Québec, mais il n’y fit qu’un bref séjour, Il retourna chez les Hurons immédiatement après la traite de juillet, pour y résider jusqu’en 1629, Lors de la capitulation de Québec, il était au milieu des Français, complotant sa trahison avec le Baillif, Nicolas Marsolet et Pierre Reye. Quelque temps après, Champlain le rencontra à Tadoussac, et il lui fit une semonce bien méritée, lui reprochant surtout son libertinage parmi les sauvages et sa noire perfidie, Brûlé tenta une excuse, disant qu'il avait été forcé de servir les Kirke, Mais le traître mentait, car
David Kirke avait acheté ses services en échange de cent pistoles, C’est à cette occasion que Champlain lui prédit qu’il finirait mal, En effet, les Hurons, dégoutés de sa conduite libidineuse, l’assommèrent sans miséricorde et mirent son corps dans leur cimetière, Les Français n’eurent pas de chagrin de cette mort violente, et ne s’inquiétèrent nullement de la venger, car ils ne le considéraient plus comme un des leurs. Lorsqu’en 1633, Louis de Sainte-Foi (Amantacha), vint à la rencontre de ses compatriotes pour les engager à faire la traite comme d'habitude, il leur assura que le meurtre de Brûlé n'avait aucunement compromis l'alliance francohuronne,
Quelle qu’ait été la cause de l'assassinat de l'interprète Brûlé, nous ne croyons pas qu’elle fut justifiable, En supposant qu’il ait été surpris en flagrant délit d’adultère, ou d’un acte aussi blâmable, Brûlé, étant naturalisé huron, ne devait pas être astreint à des châtiments plus sévères que les Hurons eux-mêmes. Or, chez eux, les crimes de cette nature restaient impunis, et la vengeance à cet égard se limitait aux seules nations étrangères.
Les Hurons éprouvèrent des remords de cet assassinat, Cinq ans après la mort de Brûlé, ils s’imaginèrent que sa sœur, voulant se venger, avait empesté leur pays d’un mal contagieux qui décimait leurs bourgades,
TE ane mere re dd =
eee