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CHAPITRE ONZIÈME

ALLIANCE FRANCO-INDIENNK— 1603-160S.

Champlain part avec les sauvages alliés pour le pays des Iroquois. — L'alliance franco-indienne. — Historique des guerres entre les Iroquois et les autres nations sauvages. — Promesses de Champlain aux sauvages à son voyage de 1603. — Pacte conclu dans un festin. — Justification de Champlain. — Opinion de Ferland, de Garneau et de Faillon.

Champlain partit de Québec, le dix-huit juin, avec ses hommes bien armés et prêts à le suivre partout où il les conduirait. Remontant le Saint-Laurent, ils aperçurent sur le rivage, près de l'île Saint-Eloi, deux ou trois cents sauvages qui s'y étaient cabanes. C'étaient des Hurons et des Algonquins qui descendaient à Québec, pour rejoindre leurs alliés Montagnais. Leurs chefs s'appelaient Iroquet et Ochateguin. Champlain courut à eux, et leur exposa le but de son voyage ; ce qui parut leur être agréable. Le lendemain, les deux chefs vinrent à bord de la chaloupe française, et pétunèrent longtemps au milieu d'un profond silence. Tout-à-coup, l'un d'eux se leva, et prononça une longue harangue devant ses

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compagnons, qui pouraient l'entendre du rivage où ils se trouvaient, leurs arcs à la main. Laissons la parole à Champlain, qui reproduit la substance de ce discours, destiné, dans l'esprit de l'orateur, à convaincre les Français qu'ils étaient tenus en honneur de les aider dans leurs guerres contre les Iroquois.

" Il y avait près de dix lunes que le fils d'Iroquet m'avait vu, et que je lui avais fait bonne réception, et déclaré que le Pont (Gravé) et moi désirions les assister contre leurs ennemis, avec lesquels ils avaient, dès longtemps, la guerre, pour beaucoup de cruautés qu'ils avaient exercées contre leur nation, sous prétexte d'amitié ; et qu'ayant toujours depuis désiré la vengeance, ils avaient sollicité tous les sauvages que je A'oyais sur le bord de la rivière, de Avenir à nous, pour faire alliance avec nous, et qu'ils n'avaient jamais vu de chrétiens, ce qui les avaient aussi mus de nous venir voir : et que d'eux et de leurs compagnons j'en ferais tout ainsi que Je voudrais ; et qu'ils n'avaient point d'enfants avec eux, mais gens qui savaient faire la guerre, et pleins de courage, sachant le pays et .es rivières qui sont au pays des Iroquois ; et que maintenant ils me priaient de retourner en nos habitations, pour voir nos maisons, et que trois jours après nous retournerions à la guerre tous ensemble ; et que pour signe de grande amitié et

réjouissance je fisse tirer des mousquets et arquebuses, et qu'ils seraient fort satisfaits." W

Champlain leur fit réponse, qu'il s'en retournerait à Québec, si cela leur faisait plaisir. Ils pouvaient juger par là qu'il n'avait jamais eu d'autre intention que d'aller faire la guerre avec eux, puisqu'il portait des armes, et non des marchandises de traite. Du reste, sa parole était engagée, et il la tiendrait. C^)

Ainsi se cimenta Talliance contractée en 1603, «ntre les Français, d'une part, et les Hurons, les Algonquins et les Montagnais, d'autre part, alliance qui ne devait jamais être rompue. Certains historiens ont reproché à Champlain son intervention dans les querelles entre les aborigènes du Canada. N'aurait-il pas été plus sage, disent-ils, de garder la plus stricte neutralité à l'égard de tous, plutôt que -d'épouser la cause des uns, et s^'attirer ainsi, ù coup sur, l'inimitié et les représailles des autres, d'autant plus redoutables que ces derniers, les Iroquois, passaient pour être les plus braves dans les combats.

Afin de mieux expliquer l'attitude de Champlain, il importe de se rendre hien compte de la position spéciale que les Français occupaient enver.s les

(1) Voy. de Ch., éd. 161S, \W. l,«h. 7.

(2) Ibidem.

sauvages, depuis environ six ans. Des rapports de la plus franche amitié n'avaient pas cessé d'exister entre les agents de traite et les sauvages du Saguenay et des Trois-Rivières. 0r, ces sauvages, les Hurons en plus, étaient eu guerre depuis de longues années avec les Iroquois. Nicolas Perrot, dans son Mémoire sur les mœurs, coutumes et religion des sauvages dans l'Amérique septentrionale, donne l'origine des guerres désastreuses et prolongées que firent les Iroquois contre les Algonquins avec les Hurons comme alliés. Les premiers avaient résidé autrefois à Montréal et aux Trois-Rivières. Leurs voisins, les Algonquins, étaient échelonnés le long de la rivière des Outaouais, sur les bords du lac Nipissing et de la rivière des Français. " Une année, il arriva qu'un parti d'Algonquins, peu adroits ou peu exercés à la chasse, y réussit mal. Des Iroquois qui les suivaient, demandèrent la permission d'essayer s'ils seraient plus heureux. Cette complaisance, qu'on avait eue quelquefois, leur fut refusée. Une dureté si déplacée les aigrit. Ils partirent à la dérobée, pondant la nuit, et revinrent avec une chasse très abondante. La confusion des Algonquins fut extrême. Pour en effacer jusqu'au souvenir, ils attendirent que les chasseurs iroquois fussent endormis, et leur cassèrent à tous la tête. Cet assassinat fit du bruit. La nation

offensée demanda justice. Elle lui fut refusée arec hauteur. On ne lui laissa pas même l'espérance de la plus légère satisfaction. Les Iroquois, outrés de ce mépris, jurèrent de périr ou de se venger ; mais, n'étant pas assez forts pour tenir tète à leur superbe offenseur, ils allèrent au loin s'essayer et s'affuerrir contre des nations moins redoutables. Quand ils eurent appris à venir en renards? à attaquer en lions, à fuir en oiseaux, c'est leur langage, alors ils ne craignirent plus de se mesurer avec l'Algonqnin. Ils firent la guerre à ce peuple avec une férocité proportionnée à leur ressentiment."

Les Iroquois avaient d'abord été refoulés au sud, sur les rives du lac Erié, où n'ayant pu résister aux Choiianons, ils furent forcés de se réfugier le long du lac Ontario, à peu de distance du lac Champlain. Là, ils étaient disposés en cinq cantons, formant une grande confédération. C'étaient : 1° les Tsonnontouans, que les Anglais appelaient Senecas ; 2° les G-oyogouins ou Cayugas ; 3° les Onontagués ou Onondagas ; 4" les Oneyouts ou Oneidas ; 5° les Agniers ou Mohawks des Anglais. Les Tsonnontouans étaient les plus nombreux, mais les Agniers l'emportaient sur tous les autres par la férocité et la bravoure. Les cinq bourgades étaient cantonnées de telle sorte, qu'ils pouvaient résister aux attaques, de quelque

côté qu'elles vinssent. Ayant eu à soutenir depuis longtemps la guerre contre leurs ennemis coalisés,qui comprenaient toute la population sauvage depuis le Saguenay jusqu'au lac Huron, il n'y a pas lieu de s'étonner que les Iroquois, de beaucoup inférieurs en nombre, usassent de quelque précaution pour se maintenir solides chez eux. Du reste, le pays qu'ils habitaient était très agréable, fertile, et bien arrosé par des rivières et des lacs.

Lors de son premier voyage à Tadoussac avec Pont-G-ravé, en 1603, Champlain apprit des sauvages, réunis à la pointe Saint-Mathieu, qu'ils venaient de se battre au nombre de mille contre les Iroquois, près de l'embouchure de la rivière qui portait alors leur nom, et qu'ils en avaient tué un cent par surprise. Anadabijou, le sagamo des Montagnais, fit à cette occasion un grand discours aux siens, leur disant, entre autres choses, qu'ils devaient être fiers d'avoir le roi de France pour ami, et de pouvoir compter sur son concours dans leurs guerres futures. C'est à dater de cette fête mémorable, que l'on commence à saisir l'intention véritable des sauvages représentés à cette entrevue avec les Français, qui semblait avoir été ménagée d'avance, tant on y mit d'apparat. Ecraser des ennemis qui les tenaient constamment sur le qui-vive, tel était le rêve com-

miiu à tous. Mais se sentant impuissants à les réduire par leurs propres forces, ils avaient cru qu'avec l'appui des Français, et leurs machines foudroyantes, ils en obtiendraient facilement raison. Champlain se trouva forcé en quelque sorte de leur promettre son appui, d'autant plus que les trois détachements qui l'entouraient, s'étaient jusque-là montrés amis des navigateurs et des pêcheurs de sa nation. Ceux-ci n'avaient pas eu de relations commerciales avec les Iroquois, qui, du reste, ne faisaient pas de la traite une condition de leur existence. Conséquemment,les Français avaient plus d'intérêt à se tenir sur un pied d'amitié et à vivre en bons termes avec les Montaguais et les Etchemins,qu'ils étaient certains de rencontrer en mettant le pied sur le sol du Canada. Quand Champlain parut, l'amitié entre les Français et les sauvages de Tadoussac, burs alliés les- Algonquins et les Hurons, régnait toujours, et qui sait si des promesses de secours mutuels n'avaient pas déjà été faites par Chauvin et Pont-G-ravé ? En tous cas, le fondateur de Québec ne pouvait faire mieux que de conserver l'harmonie avec les premiers aborigènes qui s'offrirent à lui. Comme il prévoyait bien être obligé de vivre au milieu d'eux, le meilleur parti à prendre, dans le moment, était de leur donner l'espoir qu'il appuierait leur cause, qui était aussi celle de tous

les sauvages restés jusque-là fidèles à ses compatriotes^ lorsqu'il n'avait rien à attendre des Iroquois.

Il nous a paru hors de propos de rapporter tous les témoignages qui pourraient détruire les préjugés que des historiens ont entassés autour de cette question, non pas dans le but de ternir la gloire de Champlain, car c''eût été une tâche trop antipatriotique, mais afin de rehausser le nom d'autres personnages d'ailleurs très méritants. Une conduite tout opposée à celle de notre héros, aurait eu, d'après eux, des conséquences beaucoup moins désastreuses. Les faits et gestes de Champlain serviront de réponse à ces écrivains, plus soucieux d'assujétir l'histoire à des questions de clocher, que de l'envisag-er à pleine face. Dans les jugements sur les hommes publics, il n'est pas juste de tenir à sa disposition deux poids et deux mesures, comme faire de Champlain un vulgaire soldat ou un simple marchand de fourrures, et, par opposition, de Paul de Chomedey, un héros doué de qualités presque surhumaines. Disons donc, guidé par les faits historiques, que Champlain. se trouvait en face d'une alliance conclue solennellement près de six années auparavant, lorsque les Algonquins, les Hurons et les Montagnais vinrent la lui rappeler, au commencement de l'été de 1609, par la bouche du même Anadabijou. " Il y aura bientôt

dix lunes, dit le sagamo montagnais, que toi et du Pont avez promis au fils d'Iroquet de nous assister contre nos ennemis." " C'était le moment, écrit M. Laverdière, ou de se concilier ces nombreuses et puissantes tribus, ou de se les aliéner peut-être pour toujours." Ce à quoi répond Champlain : " Je n'ai point d'autre intention que d'accomplir ce qui vous a été promis."

C'est ainsi que fut scellé ce pacte solennel, honnêtement et sans arrière-pensée de la part de Champlain. " Mais, s'écrie Faillon, si Champlain, au lieu de se déclarer pour les Algonquins contre les Iroquois, ■eut embrassé la neutralité à l'égard des uns et des autres, et se fut montré l'ami de tous, comme le pratiquaient alors certaines nations sauvages, il eût fait bien plus d'honneur au nom français ; il eût trouvé un libre accès chez tous pour ses découvertes, ■et frayé les voies aux missionnaires dans tous ces pays, en y faisant admirer et aimer la douceur et la charité de l'Evangile, quiy étaient encore inconnues. Tandis que, par les cruautés exercées dans ces guerres, il rendit. odieux aux Iroquois et la France et la religion catholique tout ensemble." (^)

(1) Histoire de la colonie française, vol. 1, p. 142.

Nous avons déjà établi que Champlain ne pouvait pas en honneur rompre l'engagement qu'il avait contracté en 1603, vis-à-vis des sauvages Montagnais, Etchemins et Algonquins rassemblés sur une des pointes de la rade tadoussacienne. Qu'eût-il gagné par une conduite contraire ? A se faire très certainement des ennemis de ces nations puissantes qu'il devait avoir pour voisins, et qui eussent été plus en état, à cause de leur proximité, de ruiner les premiers établissements français.que les bordes iroquoises reléguées à une bonne distance du Saint-Laurent. Jamais il n'eût pu résister aux hostilités incessantes de ces indigènes, moins cruels, à la vérité, que leurs ennemis des cinq cantons, mais barbares tout de même. Leur union, sous un même chef, contre les Français, eût causé tôt ou tard la perte de la colonie. D'ailleurs, Champlain pouvait-il espérer se faire des Iroquois autant d'amis, s'il gardait la plus stricte neutralité dans leurs guerres avec les autres sauvages du Canada ? Nous ne le croyons pas, car ces nations étaient à cette époque la terreur de l'Amérique. Ecoutons Grarneau à leur sujet : " Quand, dans la suite, les Agniers prennent les armes contre les tribus de la Nouvelle-Angleterre, le terrible cri d'alarme courait de colline en colline : les Iroquois !

les Iroquois ! et, saisis d'épouvante, hommes, femmes

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et enfants prenaient la fuite, comme un troupreaiï timide poursuivi par des loups. Les Iroquois, par politique, mettaient un soin extrême à entretenir cette terreur, et cherchaient toutes les occasions de persuader qu'ils étaient invincibles/' C^) Dès le premier hiver à Québec, Champlain eut des exemples souvent répétés de la frayeur des sauvages, qui vivaient proches de l'habitation, quand il était question des Iroquois. Trente ans après, nous constatons que les Hurons réfugiés autour de Québec, étaient dans des transes continuelles, croyant à tout instant que leurs anciens ennemis allaient fondre sur eux.

Les guerres entre les sauvages alliés des Français et les cinq cantons, furent marquées par des trêves. Champlain réussit, en 1624, à les pacifier, et il conclut même avec eux un traité de paix, mais sans autre résultat qu'un désarmement temporaire, La guerre, pour ces hordes assoiffées de sang et de carnage, semblait une condition de leur existence, et bien habile eût été Champlain, s'il eut réussi à se lesconcilier. Nous croyons, au contraire, qu'il n'y serait jamais parvenu, même avec toutes les ressources de son génie et de sa diplomatie.

" Mais, ajoute M. Ferland, il semble aujourd'hui que la dignité et les intérêts de la France y auraient

(1) Hiitoire du Canada, I, p. 61.

bea\icoUp gagné, si le fondateur de Québec eut agi comme le firent les Hollandais, et fut resté neutre au milieu des dissensions des tribus aborigènes." (^) Faillon abonde dans le même sens. Les Hollandais restèrent neutres, il est vrai, mais ils usèrent d'un procédé assez singulier vis-à-vis de nos ancêtres, qui pourtant valaient bien les Iroquois> Pendant qu'ils bâtissaient des forts à Orange et à Corlaer, ils fournissaient à leurs amis, les Agniers, des armes et des munitions, dont ceux-ci se servaient ensuite pour détruire les établissements du Saint-Laurent. Dans le même temps, Champlain évitait soigneusement de mettre entre les mains de ses alliés les fusils qu'ils lui demandaient. Mais n'appuyons pas davantage sur cet exemple que Ferland a sans doute évoqué pour de bons motifs, car il ajoute aussitôt : " Il serait 'Cependant injuste de taxer Champlain de précipitation ou d'imprudence : car nous sommes trop éloignés de son temps, et trop peu au fait des circonstances dans lesquelles il se trouvait, pour juger sûrement de l'opportunité de sa démarche. Plusieurs considérations importantes ont dû l'engager dans cette expédition. Il voulait se concilier ses voisins immédiats, qui auraient été des ennemis très redoutables.

(1) Histoire du Canada, I, p. 149.

Ne connaissant ni la puissance ni l'énergie de la nation iroquoise, il espérait l'assujétir, et la forcer à vivre en paix avec les autres peuples du pays. Il ne pouvait prévoir qu'avant peu ses projets de pacification par la g-uerre seraient rompus, et que, si la supériorité des armes européennes donnait alors l'avantage aux Français, qui seuls en étaient pourvus, d'autres Européens, à une époque assez rapprochée, en fourniraient au:^ cinq nations, et qu'alors la lutte deviendrait inégale." (^^

Grarneau ne pense guère différemment de l'abbé -Ferland : " Ignorant la force et le caractère de cette confédération (iroquoise), et plus intéressé, d'ailleurs, à se maintenir en bonne intelligence avec les indigènes qui étaient près de lui, Champlain, dit-il, accepta peut-être trop précipitamment l'offre d'une union dont l'effet fut de doter la colonie d'une guerre qui dura près d'un siècle. Il pensait qu'en ayant pour alliées les tribus du pays, il pourrait subjuguer facilement, non seulement cette confédération, m:iis encore toutes les peuplades qui voudraient entraver ses projets par la suite. Il ne savait pas que d'autres Européens, rivaux de la France, étaient déjà établis

(1) Histoire du Canada, I, p. 149.

à côté des Iroquois, et tout prêts à les soutenir dans leurs prétentions.''' W

Comme question de fait, Champlain, tout bien doué qu'il fut sous le rapport de la perspicacité, ne pouvait pas prévoir, dès 1603, que les Hollandais et les Anglais, les Suédois et les Danois viendraient «'implanter successivement sur le territoire américain, et que les Français seraient obligés d'entrer en lutte avec les Anglais. En 160S, la colonisation, dans les contrées qu'arrosent l'Hudson et la Delaware, n'existait pas encore. Champlain lui-même était-il bien ■sûr de réussir à fonder une colonie durable dans la Nouvelle-France ? Manquant des ressources les plus indispensables, il n'eut pas même la consolation de pouvoir compter, au début de sa fondation, sur une poignée de colons- Son unique appui reposait sur quelques ouvriers ou artisans sans famille, â la solde d'un armateur aux trois-quarts ruiné. Cependant, il se trouvait dans l'obligation ou de servir les intérêts de cet homme ou d'abandonner ses projets de colonisation. Seul à travailler dans ce sens, quelle pouvait •être sa force contre tant d'éléments hostiles, prêts à surgir pour détruire une ceuvre qu'ils redoutaient.

Les Anglais et les Hollandais arrivaient puissants 4?t nombreux. Le fait est que dès le moment où ils

(1) tJarneau, I, p. 60.

mirent le pied sur le territoire américain, ils en imposèrent aussitôt aux sauvages, même aux Iroquois. Ne visant, ni par eux-mêmes, ni par leurs missionnaires, à faire des prosélytes religieux au sein des tribus infidèles, ils ne traitaient cvec elles qu^'au point de vue des intérêts purement humains. Donc, aucune source de difficultés sous ce chef. Civiliser ces barbares en les christianisant, n'entrait pas dans le programme de leurs fondateurs, au moins comme un des principaux articles. A quoi bon ? Ne valait-il pas mieux flatter leurs mauvaises passions, exciter leur soif de vengeance contre des sauvages reconnus comme des ennemis invétérés, dût-il en résulter la destruction de ces Français dont ils voyaient étendre l'empire sur le Saint-Laurent avec jalousie et mécontentement. La suite de ce récrt nous fera voir par quels procédés les Kertk, au service de l'Angleterre, et Argall, tentèrent de faire disparaître le nom. français du sol de l'Acadie et de la Nouvelle-France. Mais n'anticipons pas sur ces événements douloureux, et poursuivons avec Champlain sa campagne vers le pays des Iroquois..

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