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CHAPITRE DOUZIÈME

Départ de Ctamplain, des Marets, la Tloute et de neuf Français pour la guerre contre les Iroquois. — Les sauvages alliés les rejoignent. — Lo parti remonte la rivière des Iroquois. — Arrivée au lac Champlain — Bataille sur ses bords. — Iroquois mis en déroute. — Festins des vainqueurs.— Leurs cruautés à l'égard des prisonniers. — Champlain redescend à Québec avec les Montagnais. — Pierre de Chauvin. — Champlain passe en France. — Obtient une audience du roi. — Sa visite à M. de Monts. — Préparatifs d'un nouvel embarquement

Suivant le vœu formulé par les sauvages alliés, Champlain donna l'ordre de retourner à Québec, afin de leur être agréable et de se consulter avec Pont- G-ravé, auquel il avait envoyé un exprès jusqu'à Tadoussac, lui mandant de le rejoindre au plus tôt. Deux barques chargées d'hommes, se montrèrent bientôt aux yeux des sauvages, qui furent éblouis de leurs costumes et de leurs armements. La date du départ pour les Iroquois étant arrivée, Champlain, Pont-G-ravé et tous les sauvages, armés d'arcs et de flèches, s'embarquèrent, le 28 juin, dans des canots et des chaloupes pour remonter le fleuve. Pont-G-ravé rebroussa

chemin à Sainte-Croix, et Champlain ne retint avec lui que des Marets 0), le pilote la Route et neuf autres. C'était bien peu, mais ces hommes étaient armés d'arquebuses, et ils valaient, pour cette raison, trois ou quatre fois leur nombre de sauvages.

Le départ de Sainte-Croix eut lieu le trois juillet. Champlain signale, le long de la côte, plusieurs rivières, qui jusque-là avaient échappé à son œil observateur. Ce sont les rivières qu'il apppelle Sainte-Suzanne (-), du Pont (S) et de Gênes. (^) Le parti s'arrêta pendant deux jours à l'entrée de la rivière des Iroquois. Un différend, qui surgit entre les sauvages alliés au sujet de la guerre qu'ils venaient d'entreprendre, fut cause qu'un groupe abandonna le gros de l'armée. Ce contretemps n'altéra en rien la résolution de Champlain, bien que l'occasion eût pu être favorable, s'il eut voulu en profiter, pour prendre aussi une autre direction. Mais ses projets de découvertes auraient été entravés, et, raison plus forte encore, il aurait pu se discréditer aux yeux des sauvages. Or, il était de première importance que ceux-ci eussent une bonne opinion de lui, surtout en

(1) Voir Note 6, en appendice,

(2) La rivière^u-Loup.

(3) La rivière Nicolet.

(4) La rivière Yamaska.

BATAILLE DU LAC CHAMrLAIN 249

temps de guerre, car son départ eût été une marque de lâcheté. Champlain agit donc avec sagesse en leur restant fidèle jusqu'à la fin.

Les guerriers indiens continuèrent leur route vers le pays des Iroquois, par la rivière Richelieu, qui y menait. A quinze lieues de son embouchure, l'on se trouva en présence d'un saut ou rapide, (i) C'était le premier obstacle sur la A'oie. " Aucuns chrétiens, dit Champlain, n'étaient encore parvenus jusqu'à ce lieu, que nous, qui eûmes assez de peine à remonter la rivière à la rame." C^) Dans l'impossibilité de remonter le courant, il fallut iaire portage. Les hommes de Champlain, que ces difficultés de navigation décourageaient, refusèrent de le suivre plus loin. Alors, Champlain, s'armant d'un courage nouveau, en fit consentir deux à l'accompagner, puis il s'embarqua, lui, troisième des Français, sur les canots indiens, franchit le rapide, arriva à une île C^', longue de trois lieues, remplie des plus beaux pins qu'il eut jamais vus. Eendu de l'autre côté du rapide de Chambly, Champlain avait fait le recensement de sa petite armée ; elle ne se composait plus que de soixante hommes. Nonobstant ce petit nombre, l'on

(1) Les rapides de Chambly.

(2) Voyages de Champlain, éd. 1C13, ch. 8.

(3) L'île S.iinte-Thérèse.

résolut de ne pas reculer dans le sentier de la guerre, et l'on vint cabaner six lieues plus en amont, après avoir élevé une barricade, comme mesure de protection contre toute agression nocturne. Ici, Champlain fut témoin des superstitions des Indiens, qui consultaient leurs devins pour apprendre d'eux ce qui devait leur arriver dans la guerre. Ces devins, reconnus sous le nom de pilotois ou autmoins, étaient des fourbes de la pire espèce, " de cent paroles n'en disant pas deux véritables."

Le lendemain, Champlain poursuivit sa route en canot, et arriva à un grand lac (^) où il y avait nombre de belles îles basses, couvertes de prairies et de bois, que fréquentaient les cerfs, les daims, les chevreuils et les ours. Les bords du lac, bien que plaisants, ne portaient aucune trace d'habitation, car les Iroquois préféraient vivre au fond des bois plutôt qu'auprès des lacs et des rivières, où ils eussent été trop exposés à la vue de leurs ennemis. En pénétrant dans un lac le jour suivant, Champlain aperçut quatre grandes îles (2), autrefois habitées, et le lac, auquel il donna son nom, pouvait mesurer, dit-il, 80 lieues de long. Mais c'est une erreur, car le lac Champlain n'a pas plus

(1) Le lac Chn'mplain.

(2) Les îles de Contrecœur (l'île Longue et la Grande île), l'île la Motto ot celle de Valcour.

de trente, lieues. Du côté de l'est, se dressaient de hautes murailles, dont les sommets étaient encore couverts de neige ; les Algonquins lui dirent que c'était par là que demeuraient les Iroquois ; que, pour les atteindre, il fallait passer par un saut, et de là, entrer dans un autre lac (^), qui avait trois ou quatre lieues de long ; qu'étant parvenus au haut de celui-ci, il fallait faire quatre lieues de chemin par terre et passer une rivière (Hudson) qui allait tomber à la côte de la Norembègue, et qu'ils ne mettaient que deux jours pour s'y rendre avec leurs canots.

L'en approchait ainsi à petites journées du pays des Iroquois, et, pour ne pas s'exposer à tomber dans quelque embuscade, la prudence leur commandait de ne pas voyager de nuit. Le jour était consacré au repos, et aussitôt que les ténèbres approchaient, l'on s'avançait en silence, amortissant autant que possible le bruit des rames. Un jour qu'il s'était livré au sommeil au plus épais d'un bois, Champlain vit en songe les Iroquois qui se noyaient dans le lac, près d'une montagne ; les ayant voulu secourir, les sauvages alliés l'en détournèrent, en disant qu'il fallait les laisser périr comme ils méritaient. Lorsqu'il fut réveillé, les sauvages vinrent lui demander, suivant

(I) Le lac Saint-Sacrement ou lao George.

leur habitude, s'il avait fait quelque rêve ; il leur raconta celui qu'il avait eu, et ils ne doutèrent plus que le sort des aimes ne tournât en leur faA'eur.

Un soir, les canots venaient d'être lancés à l'eau, et les rameurs A'oguaient tranquillement et sans bruit sur la surface limpide du lac Champlain, lorsqu'on aperçut, au clair de la lune, l'armée des Iroquois, qui filait le long d'un cap (^), dans des canots, courant sus à leurs ennemis, dont la présence en ces lieux leur avait été sans doute annoncée par des éclaireurs. Aussitôt, des cris terribles éclatèrent au milieu de cette flottille, auxquels répondirent comme un écho les compagnons de Champlain. Mais, l'heure étant trop avancée, on dut attendre au jour pour en venir à un engagement. Les Iroquois se barricadèrent de leur mieux, et les sauvages alliés prirent terre à environ une portée de flèche de leurs ennemis. La nuit se passa en danses et chansons, mêlées d'injurers et de provocations insolentes, que l'on s'échangeait d'un camp à l'autre.

Dès le point du jour, les Iroquois, au nombre de deux cents, commandés par trois chefs qu'il était aisé de reconnaître par leurs panaches emplumés, s'avancèrent au petit pas, avec gravité et assurance.

(1) Ce cap paraît correspondre à la pointe Saint-Fréd<!ric, Croira point.

Les alliés s'avancèrent dans le même ordre jusqu'à une distance raisonnable, et ouA^rant tout-à-coup leurs rangs, ils appelèrent Champlain à grands cris. Celui-ci parut aussitôt, l'arquebuse au bras, et marcha seul, jusqu'à ce qu'il fut à trente pas de l'ennemi. Cette démarche audacieuse, de la part d'un homme aussi étrangement vêtu, étonna tellement les Iroquois, qu'ils tinrent leurs armes en suspens, comme si la présence de ce guerrier à l'allure superbe avait paralysé leurs bras. Cependant, le premier moment de surprise passé, ils s'ébranlèrent de nouveau pour décocher leurs flèches, visant surtout Champlain. Celui-ci ne perdit pas de temps, coucha en joue un des chefs, avec son arquebuse chargée de quatre balles, et de ce coup, deux furent frappés à mort et un troisième reçut une blessure mortelle. Pendant que des deux armées l'on s'envoyait des grêles de flèches qui, pour la plupart, allaient se briser sur les cuirasses des Indiens, Champlain rechargeait son arquebuse, et un des Français, embusqué sur la lisière du bois, lâcha à son tour un coup de mousquet qui acheva de faire perdre contenance aux Iroquois. Voyant leurs chefs abattus, sans pouvoir se rendre compte de quelle manière, ils lâchèrent pied et s'enfoncèrent dans le bois, courant de toute la force de leurs jambes. Les alliés en tuèrent plusieurs et firent

une douzaine de prisonniers. Il n'y eut que 15 ou 16 blessés de leur côté, qui se remirent promptement.

La victoire était restée aux amis de Champlain. Elle ne leur avait pas coûté beaucoup d"efForts. Champlain et ses deux Français avaient plus fait pour dérouter l'ennemi qu'eux, avec leurs flèches impuissantes. Aussi se déclarèrent-ils satisfaits. (^) Les Iroquois avaient tout abandonné derrière eux, armes et provisions. Ce fut l'occasion, pour les vainqueurs, de festiner aux dépens des fuyards. Pendant trois heures, les échos des bois redirent les chansons et les clameurs bruyantes des alliés de Champlain. Puis sonna l'heure du retour.

Cette journée-là, l'on ne fit que huit lieues. Quand vint le soir, l'on commença à torturer les prisonniers en présence de Champlain. Le premier appelé eut à subir une longue harangue, lui rappelant les cruautés de sa nation, et l'exhortant à supporter la mort terrible qui lui était réservée. Alors, cet infor-

(1) Lescarbot loue la noble conduite de Champlain à cette occasion. " En quoi est louable Champlain de s'être pu rdsoudro à tels hazards presque sdul, et tant éloigné de secours parmi une troupe de gens barbares, aux mains desquels il confiait sa vie. Mais il faut faire ainsi qui veut acquérir bruit, amitié et faveur entre ces peuples-là, et n'y a autre moyen de pénétrer dans ces terres que par armes, et promesses à ceux desquels vous voulez vous servir de venger leurs querelles. Ce qu'il faut montrer par effet, et non de paroles. Car ils savent fort bien reconnaître leurs hommes. Et comme ils ne veulent point tromper, aussi ne veulent-ils point être trompés." — Lcacarbot, liv, 5, ch. 3.

tuné entonna un chant " fort triste à ouïr." Pendant ce temps, les Indiens allumèrent un grand feu, puis ils en tirèrent chacun un tison, et firent brûler peu à peu leur prisonnier, pour que ses souffrances fussent plus atroces ; parfois, ils lui jetaient de l'eau sur le dos, ils lui arrachaient les ongles, et lui mettaient du feu à l'extrémité des doigts ; ils lui enlevèrent une partie de la peau du crâne et firent dégoutter de la graisse brûlante sur la partie mise à nu ; ils lui percèrent les bras au-dessus des poignets, et, tirant ses nerfs avec des baguettes, il les arrachèrent avec force ; quand ils ne les pouvaient avoir, ils les coupaient. Au milieu de ces tortures abominables, le prisonnier iroquois faisait encore entendre sou chant courageux, et, sauf des cris aigus que de temps à autre il ne pouvait réprimer, on eût dit que sa constance avait vaincu la douleur.

Champlain était resté jusque-là paisible spectateur de cette scène digne des lieux infernaux. Afin de ne pas être en reste de politesse à son égard, les sauvages le prièrent de prendre un tison ardent, pour l'appliquer sur les chairs de l'Iroquois à demi rôti. Champlain leur fit comprendre que cette coutume de martyriser les prisonniers était inconnue dans son pays, et qu'il avait tellement horreur de ce spectacle, que, s'ils y consentaient, il l'achèverait d'un coup d'ar-

quebuse. Ces barbares ne voulurent pas, parce que, disaient-ils, il ne sentirait point son mal. Alors, Champlain abandonna le théâtre de cette orgie de tortures, et se retira à l'écart, faisant mine d'être fâché. Ils le rappelèrent et l'autorisèrent à agir comme bon lui semblerait. Champlain termina d'un seul coup les souffrances de la pauvre victime.

Mais les féroces Indiens ne se contentèrent pas d'avoir tyrannisé leur prisonnier, ils s'acharnèrent ensuite à son cadavre, qu'ils ouvrirent, jetant ensuite ses entrailles dans le lac ; ils lui coupèrent la tête, les bras et les jambes, ne réservant que la peau du crâne comme trophée de leur victoire. Ils poussèrent la méchanceté jusqu'à essayer de faire manger de force le cœur du mort aux autres prisonniers. Après en avoir mis dans leur bouche, ceux-ci refusèrent de l'avaler. " Voilà, dit Champlain, comme ces peuples se gouvernent à l'endroit de ceux qu'ils prennent en guerre ; et mieux vaudrait pour eux mourir en combattant, ou se faire tuer à la chasse, comme il y en a beaucoup qui font, plutôt que de tomber entre les mains de leurs ennemis." (i)

Après cette exécution. Français et sauvages redescendirent le cours do la rivière des Iroquois, et puis

(1) Voy. de Ch., éd. 1613, liv. 1, ch. 10.

la séparation se fit, non sans des protestations d'amitié de part et d'autre. Ckamplain promit de les visiter plus tard, et de les assister comme des frères. Les Montagnais s'en revinrent avec lui jusqu'à Québec, où il leur fit donner du pain, des pois et des patenôtres qu'ils avaient demandées pour en parer la tête de leurs prisonniers. Champlain les reconduisit jusqu'à Tadoussac. Les femmes les ayant aperçus, se jetèrent à la nage au-devant des canots, puis, s'emparant des crânes que leurs maris portaient au bout des bâtons, elles les suspendirent à leur cou, comme une chaîne de métal précieux. Quelques jours après, les Montagnais prièrent Champlain d'accepter, pour montrer au roi, une de ces têtes et une paire d'armes enlevées* sur l'ennemi. Pont-G-ravé n'était pas encore de retour de Gaspé. Champlain ne l'attendit pas, et retourna à son habitation ; quelques Algonquins, qui s'y trouvaient fortuitement, lui exprimèrent leur chagrin de n'avoir pu prendre part à la dernière guerre, et lui firent cadeau de plusieurs peaux de castor, en témoignage de leur amitié et de leur reconnaissance. Quelques jours plus tard, Champlain retourna à Tadoussac y rencontrer Pont-G-ravé, car il y avait plusieurs questions à régler avant de partir pour la France. Il fut résolu de mettre le commandement

de l'habitation au capitaine Pierre de Chauvin (^) , de Dieppe, " honnête homme, " dit Ohamplain. On lui laissait quinze ouvriers à diriger, avec instruction d'attendre, jusqu'à l'année suivante, les ordres de M. de Monts, avant d'abandonner son poste. Partis de Tadoussac, le cinq septembre, Champlain et Pont- Grravé débarquèrent à Ronfleur, le 13 octobre.

Champlain avait séjourné dans la Nouvelle-France depuis le commencement de juillet de l'année précédente. Durant ces quatorze mois, il n'avait pas perdu sou temps : il avait choisi le site de son habitation, future métropole de la colonie française ; il y avait élevé un fort et un magasin ; il avait aussi exploré une partie importante du pays. Aussi avait-il traversé la mer avec la satisfaction d'avoir amplement rempli la promesse qu'il avait faite à M. de Monts de ne pas s'épargner pour découvrir des terres nouvelles, d'étudier les mœurs et coutumes dos indigènes, et de s'en faire des amis, afin de faciliter le trafic des fourrures. Champlain avait visité une partie du Saguenay ; les environs de Québec lui étaient devenus familiers, ayant examiné en détail les rivières et les ruisseaux tributaires du Saint-Laurent et de la rivière Sainte-Croix ; il avait revu le Saint-Laurent

(1) Voir Note 7, en Appendice,

jusqu'à la rivière des Iroquois, dont il avait suivi le COUTS jusqu'au lac Champlain, d'où elle origine. Les Montagnaisjes Algonquins et les Hurons n'étaient plus des étrangers ; il aA'nit renouvelé connaissance avec Anadabijou, et fait un pacte d'amitié avec Iroquet et Ochateguin, trois des plus illustres chefs •de ces tribus. Il avait appris de quelle manière ils faisaient la guerre, et comment ils se comportaient à l'égard de leurs prisonniers. Tout ce que nous avons rapporté, au cours des trois chapitres précédents, au sujet du fondateur de Québec, établit sufiisamment qu'il fit preuve d'une activité peu ordinaire dans ses entreprises, de quelque nature qu'elles fussent.

De retour en France, Champlain ue resta pas' inactif A Honfleur, il ne fit qu'vm bref séjour. Ayant appris que M. de Monts était à Fontainebleau, où résidait aussi le roi Henri IV, il n'eut rien de plus pressé que de prendre la poste, seul moyen de locomotion qui s'offrait à lui, pour aller rendre compte de son voyage. Ce fut au roi d'abord qu'il raconta ses découvertes, sa bataille avec les Iroquois, et ses espérances dans l'avenir du Canada comme champ lie colonisation. Henri prit beaucoup de plaisir à écouter ces récits, qui avaient au moins le mérite de la nouveauté, et lui exprima sa plus vive satisfaction. Avant de se retirer, Champlain lui offrit une ceinture

de porc-épic, tissée avec tout l'art que les sauvage» savent mettre dans la confection des travaux de ce genre, deux petits oiseaux incarnats, et une tête de IK)isson (^) qu'il avait pris dans le lac Charaplain. La deuxième visite fut pour M. de Monts. Celle-là n'était pas la moins importante, car le sort de l'habitation de Québec reposait en grande partie sur son bon vouloir. Après avoir écouté attentivement l'eX' posé fidèle que lui fit Champlaiu de sa conduite^ pendant son séjour au Canada, de Monts ne voulut rien décider par lui-même sur ce qu'il y aurait à faire dans le futur. Il résolut de consulter Collier et Le Gendre, ses associés, tous deux marchands à Eouen, et d'aviser ensuite. Après mûre délibération, ils statuèrent que l'habitation serait parachevée, et que l'on pousserait, aussi loin que possible, les découvertes dans le Saint- Laurent, à l'aide des Hurons qui exigeaient en retour l'appui des Français dans leurs guerres. Pont-Grravé serait chargé de faire la traite

(1) Les sauvages l'appelaient Chaoïisaron. Sagard en a laissé une description complète : " Au lieu nommé par les Hurons OnthranJéon, et par nous le cap de la Victoire.... je vis en la cabane d'un Montagnais un certain poisson, que quelques-uns appellent C'haouaaron, gros comme un grand brochet.... Il avait un bec d'environ un pied et demi de long, fait à peu près comme celui d'une bécasse, sinon qu'il a l'extrémité mousse et non si pointue, gros à proportion du corps. Il a double rang de dents fort aiguës et dangereuses.... et la forme du corps tirant au brochet, mais armé de très fortes et dures écailles, de couleur gris argenté, et difficiles apercer."

à Tadoussac, et d"" autres négoces dont la société pourrait tirer quelques re^'^enus pour subvenir à ses dépenses. En attendant le nouvel embarquement, le G-endre verrait â l'achat des vivres et des marchandises, à raffrètement des vaisseaux, et au recrutement des équipages.

Ces négociations terminées, de Monts et Champlain reprirent le chemin de Paris, pour régler le point capital de Taffaire. La commission qui octroyait à de Monts le privilège de la traite pour un an, était expirée, et il s"'attendait à en obtenir le renouvellement- Mais ses démarches, toutes justes et raisonnables qu'elles étaient, échouèrent devant les protestations •des marchands de la Bretagne et de la Normandie. ■Ceux-ci prétendaient toujours que pareil monopole était ruineux pour leur commerce, et le roi finissait par se laisser convaincre qu'ils ne demandaient que lustice. pe guerre lasse, de Monts eut recours à ses anciens associés, qui avaient déjà fait, des sacrifices assez notables pomr fonder Québec. Deux vaisseaux furent armés à leurs frais ; Pont-G-ravé reçut le commandement de l'un d^eux, pour la traite, et l'autre devait servir à transporter au Canada les .objets nécessaires à l'habitation, ainsi qu'aux découvertes.

Bien que Champlain surveillât de près les moindres incidents relatifs à Québec, il n'avait encore rien pu savoir des intentions de M. de Monts à son égard. Il avait bien ouï dire que l'on voulait se dispenser de ses services, mais il ne s'arrêtait pas à cette pensée contrariante. Ne valait-il pas mieux s'ouvrir francheBaent au chef de la compagnie, afin d'eu avoir une décision ? C'est ce qu'il fit. M. de Monts lui donna pleine liberté de {mre comme il entendait. Rassuré par cette parole, Champlain prit aussitôt le parti de retourner au Canada, et il laissa Paris pour Honfleur, dans les derniers jours de février 1610. Pont-G-ravé et le Grendre y étaient déjà rendus, occupés à charger les vaisseaux à& provisions. Champlain voulut se rendre compte par lui-même de la qualité et de la quantité des vivres, et il trouva qu'il y en avait assez pour le temps qu'il se proposait de rester à Québec.

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