‹ Samuel ChamplainChapitre 30 sur 40 · SIEUR DU PONT · texte numérisé non relu

SIEUR DU PONT

Fils unique de François Gravé, sieur du Pont, et de Christine Martin, Robert débuta dans la marine lors du premier voyage de son père en Acadie. Il pouvait avoir vingt-cinq ans, lorsqu'en 1611, nous le voyons se fixer sur les Lords de la rivière Saint-Jean, où il ne fit qu'un séjour temporaire. L'on peut dire que sa vie se passa sur mer, car depuis 1604 jusqu'à sa mort, il ne s'écoule pas d'années qu'oji ne le voit en course, soit dans le golfe Saint Laurent, soit dans les Indes Orientales.

Sa vie peut donc se diviser en deux phases : la première de 1604 à 1618, consacrée à des expéditions en Acadie ; la seconde, de 1619 à 1621, résumée par un grand voyage aux Indes, au cours duquel il trouva la mort. Mais la période la plus importante, sans contredit, se passa à côté de Ghamplain, de Poutrincourt et des Pères Jésuites, en Acadie, où il joua un rôle beaucoup plus effacé que celui de son père, mais pas assez cependant pour que l'histoire ait oublié et son nom et ses œuvres.

Robert Gravé avait suivi son père à Port-Royal en 1605. L'année suivante il accompagnait Ghamplain dans un

voyage d'exploration le long des côtes de la Nouvelle- Angleterre. Etant dans le port Fortuné, il perdit plusieurs doigts d'une main, en tirant un mousquet, qui creva en plusieurs morceaux sans blesser ceux qui étaient à ses côtés. Louis Hébert pansa sa blessure, qui n'eut pas d'autre suite qu'une infirmité irrémédiable.

Durant l'été de l'année 1611, Poutrincourt avait fait arrêter Robert pour avoir enlevé une jeune indienne, et passa condamnation sur sa conduite. Cependant, sur les instances du P. Biard, Poutrincourt consentit à le gracier. Gravé s'en alla ensuite avec une dizaine de Bretons s'établir à l'entrée de la rivière Saint-Jean, pour y trafiquer avec les sauvages, dont il connaissait parfaitement te langage.

En 1613, Gravé ramena en France une partie des gens de l'établissement de Saint-Sauveur, d'où ils avaient été chassés par les Anglais, conduits par Argall.

Le fils de Pontgravé retourna en Acadie eu 1614, 1616, 1617 et 1618. Un chirurgien, du nom de Gilbert Lecordier, faisait partie de l'équipage, qui n« devait pas être considérable, puisque le vaisseau du jeune Gravé ne jaugeait que 50 tonneaux. On retrouve aussi les noms de Jehan Betourné, charpentier, et de Martin Hauzey.

Le 30 juin 1619, Robert Gravé prit la route des Indes Orientales, en qualité de capitaine du navire VEspérance^ de 400 tonneaux, fort de 26 canons, avec un équipage de 117 hommes. Une compagnie de marchands rouennais avait nolisé trois vaisseaux pour un voyage de deux ans

«t demi. Les autres étaient le Montmorency, capitaine Augustin de Beaulieu, et VErmitage, capitaine Du Bucq. Pierre Berthelot, qui devint plus tard le P. Denis de la Nativité, carme déchaussé, remplissait les fonctions d'aide-pilote sur le vaisseau de Gravé. Ce voyage fut malheureux, comme nous allons voir.

Un jour que son vaisseau était ancré dans la rade de Bantam, les Hollandais l'invitèrent à leur bord pour prendre part à u-n festin. Pendant que l'on s'amusait à boire à la santé des uns des autres, les Hollandais envoyèrent mettre le feu au navire français, qui était chargé de marchandises de grande valeur. Gravé eut un tel chagrin de cette perfidie, qui consommait la perte de ses plus chères espérances, qu'il tomba aussitôt gravement malade, et mourut quelques instants après que son navire fut réduit en cendres. « Ce fut grand dommage de ce jeune homme, écrit le Frère Sagard, car il donnait de grandes espérances de sa personne, tant de sa valeur que de son bel esprit, mais l'envie de l'hérétique Hollandois qui ne veut avoir de compagnon à la navigation s'il n'est plus fort que luy, luy osta les biens et la vie. » (0

La catastrophe de VEspêrance eut lieu le 9 novembre

Ainsi se termine la carrière aventureuse du fils de François Gravé, sieur du PonL

(1) Sagard, HUtoire du Canada, tome IV, p. 861,

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