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CLAUDE DES MARETS

Champlain parle souvent, dans le récit de ses Voyages, d'un nommé des Marets, gendre de du Pont. Ce des Marets s'appelait Claude de Godet. La famille Godet habitait Chambois (canton de Trun, arr. d'Argentan, Orne), au commencement du XVIe siècle. On lui reconnaissait

3t4 NOTES EXPLICATIVES

plusieurs branches. En 1592, le chef de la branche de Chambois était Cléophas Godet, avocat, sieur des Marets. Il eut trois fils : Claude, Jean et Jessé. Jean portait le titre de sieur du Parc, et Jessé était curé de Chambois en 1634. Claude et Jean vinrent tous deux en Canada, et Champlain ne les désigne pas autrement que sous les noms de des Marets et du Parc, gentilshommes de Normandie.

Claude des Marets avait épousé.vers 161 5, Jeanne Gravé, fille unique de sieur du Pont et de Christine Martin. Claude eut deux enfants, un garçon nommé François, comme son grand'père, et une fille, Christine, du nom de son aïeule.

Donc, Claude des Marets, gendre du capitaine Gravé,, n'eut pas de difficulté à se laisser entraîner au Canada par son grand'père, dont la vie se passa à voyager d'un continent à l'autre, à côté de Pierre de Chauvin, de Pierre du Guast et de Champlain. Pendant trente ans, ce brave marin explora toutes les rives de l'Acadie et du Sainl-Laurenl, laissant partout où il passa, de bons souvenirs et emportant avec lui dans la tombe l'amitié du fondateur de Québec. Son gendre des Marets, et son fils Robert, suivirent les traces de leur parent, mais dans des directions opposées. Tandis que ce dernier tentait la fortune en Acadie et dans les Iles orientales, l'autre ne venait qu'au Canada, plutôt pour rendre service au vieuxpère de sa femme, que pour s'y enrichir soi-même. Son premier passage à Québec date de l'année 1609. Il arri-

vaît à Québec, le 5 juin, dans une chaloupe de Tadoussac. " Le 5 juin, écrit Ghamplain, arriva une chaloupe à notre habitation, où estoit le sieur des Marais, gendre de du Pont-Gravé, qui nous apportait nouvelles que son beaupère estoit arrivé le 28 may." Ghamplain lui laisse la charge de l'habitation de Québec pendant qu'il va rencontrer le nouvel arrivant.

Quelques jours plus tard, Ghamplain partait pour le pays des Iroquois avec des Marets, le pilote LaRoute et neuf hommes. Quand le parti fut rendu aux rapides de Ghambly, Ghamplain engagea des Marets à redescendre à Québec, et à aller à la rencontre de son beau-père, qui devait le ramener en France.

Des Marets revint à Québec l'année suivante, qui fut célèbre par l'affluence des marchands de traite ; année non moins remarquable encore par l'immense fiasco qui résulta de cette course aux fourrures, sans précédent dans les annales du commerce français avec les aborigènes. Aussi est-il intéressant d'assister aux nombreux préparatifs qui se firent, durant l'hiver de 1610, parmi les armateurs de Normandie, pour aller à la pêche des morues et à la chasse aux pelleteries. Glaude des Marets ne fut pas étranger à ce mouvement extraordinaire, qui se comprend d'autant mieux, que Québec, venant d'être fondé, les rives du Saint-Laurent offrait plus de sûreté aux marins. Le 17 janvier il prêtait de l'argent pour subvenir aux dépenses des affrètements. De Honfleur partirent, cette année-là, pour le Ganada, seize vaisseaux dont sui-

vent les noms et ceux de leurs conducteurs, maîtres ou capitaines :

Le Daulphin, Pierre Gadois.

Le Don-de-Dieu, Henri Gouillard.

Le Loyal, Guillaume Duglas, maître, François Gravé, capitaine et Jehan Routier, pilote.

La Petile-Lanterne, Guillaume Cordier dit Vallin.

ÏJAigle^ Jehan Le Cordier.

Le Croissant, Pierre Delouze.

Le Dio7i, Pierre Letellier.

Le Cerf-Volant, Guyon Dières.

Le Don-de-Dieu, Jeuffin Cocquin.

Le Pierre, Pierre Auber.

L'Admiralle, Emmanuel Lecocq.

Le François, Pierre de Boulley.

Le Bienheureux, Pierre Lampérière.

Le François, Gion Desilles.

La Nativité, Guillaume le Testu.

Le Donde-Dieu, Guillaume Canané.

Gomme on le voit, trois de ces vaisseaux portaient le nom de Don-de-Dieu. Le plus considérable était celui dont Henri Gouillard était le maître, et qui avait appartenu à Pierre de Chauvin : il jaugeait 120 tonneaux. C'est le même qui avait transporté de Monts, Gravé et Chauvin, lors de leur voyage à Tadoussac, en 1600.

Des Marets revint-il à Québec après 1610 ? Champlain note son arrivée en 1020, comme suit : " Le 2 juillet arriva un canau où estoit Estienne Bruslé truchement

NOTES EXPLICATIVES SYt

avec Desmarets, qu'il nous apporta nouvelle qu'il' estoit arrivé : il n'arresta à Québec qu'une nuit passant plus outre, pour advertir les sauvages, et aller au-devant d'eux pour les hasler de venir-" Le but de ce voyage précipité était d'avertir les sauvages de l'arrivée des navires de traite. S'il suivit Brûlé, il dut se rendre jusqu'au saut de la Chaudière, sur la rivière des Outaouais, allant à la recherche des Algonquins et des Hurons, qui avaient promis à Ghamplain de descendre avec des chargements de fourrures pour les troquer avec les Français au Gap de la Victoire.

A partir de 1620, des Marets semble avoir dit adieu, à la Nouvelle-France. L'année suivante, il portait le titre pompeux de " capitaine pour le service du Roy en la côte de Touque, " autrement dit capitaine garde-côte. Nous perdons ses traces en 1623, et au mois de juin 1627, Jeanne Gravé, sa femme, était veuve et tutrice de ses enfants. François, âgé seulement de II ans à cette époque, suivit son grand'père au Canada, et demeura à ses côtés jusqu'à la prise de Québec par les Kertk. Plus tard, devenu officier au régiment d'Engliien, il s'allia à la famille des Salviati, une des plus illustres maisons de Florence. Il épousa, en 1645, Marie de la Marck, fille naturelle de Louis de la Marck, marquis de Mauni, premier écuyer de la reine Anne d'Autriche, gouverneur de Gaen en 1620.

François de Godet des Marels fut tué au combat de la porte Saint-Antoine, le 2 juillet 1652. De son mariage avec Marie de La Marck naquit, en 1647, Paul de Godet

des Marets, qui fut l'un des directeurs de la maison de Saint-Cyr, le confesseur de Madame de Maiutenon, et devint évèque de Chartres. Ce prélat, loué par Saint- Simon, était le petit-fils de Jeanne Gravé et l'arrièrepetit-fils de François Gravé, sieur du Pont, le compagnon de Ciiamplain à Port-Royal et sur les rives du grand fleuve, et partout son fidèle allié, dans la mauvaise comme dans la bonne fortune. 0-)

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