‹ Samuel ChamplainChapitre 32 sur 40 · SIEUK DE LA. PIERRE · texte numérisé non relu

SIEUK DE LA. PIERRE

Il y avait à la fin du seizième siècle, dans la Haute- Normandie, plusieurs familles qui portaient le nom de Chauvin. Les terres ou les seigneuries dont elles étaient propriétaires, peuvent seules nous les faire distinguer aujourd'hui. Plusieurs d'entre elles brillaient aux premiers rangs de la bourgeoisie normande. Nous constatons, l'existence des Chauvin, sieursdeTontuit,et, des Chauvin, sieurs de la Pierre. Deux des membres de ces familles liées les unes au autres par la parenté, sont bien connus au Canada, ou méritent de l'être, par la part qu'ils ont prise

(1) Bréard, Document», etc.

aux premiers mouvements de colonisation dans la Nouvelle-France.

Pierre de Chauvin, sieur de Tontuit, est celui qui édifia à Tadoussac un simulacre d'habitation, laquelle portait dans son germe des éléments de destruction inévitable. Cet armateur, auquel nous ne devons guère de reconnaissance, aurait pu implanter le nom français sur nos ] ivages, si, au lieu de chercher la fortune qui ne venait pas assez vite là- bas pour lui permettre de dorer à neuf les lambris de son château de Honfleur, il eut rempli la promesse qu'il avait faite de conduire en Canada les cinq cents colons promis en échange des lettres patentes royales.

Mais ce n'est pas le sieur de Tontuit quidoit nous occuper maintenant, mais un autre Chauvin, que Champlain appelle ordinairement le capitaine Pierre, ne nous faisant connaître son nom de famille qu'une seule fois, lorsqu'il dit " le capitaine Pierre Chavin." Son nom véritable était Pierre de Chauvin, sieur de la Pierre.

Chauvin connaissait la Nouvelle-France pour l'avoir visitée en 1603, en qualité de marin, sur le navire la Bonne - Renommée dont Pont -Gravé était capitaine. Champlain vint à Tadoussac avec eux, et il remonta le Saint-Laurent jusqu'au saut Saint-Louis. Chauvin vint au Canada en 1608, sur la Levrette, de 40 tonneaux, qu'il avait achetée l'année précédente de François Berthelot, en société avec Nicolas Tuvache et Jacques Leliepvre. Deux autres vaisseaux furent équipés, cette année-là, à

Honfleur, en deslinalioa pour Québec. L'un était le Lévrier^ capitaine Nicolas Marion, et l'autre le Z)on-rfe-/)ieu, capitaine Henri Gouillard. Chauvin vint à Québec l'année suivante (1609) et il y passa l'hiver de 1609-10. " Nous résolûmes, dit Ghamplain, d'y laisser un honneste homme, appelé le Capitaine Pierre Chavin, de Dieppe, pour commander à Québecq."

Quand Champlain revint à Québec en 1610, le capitaine Chauvin était à son poste, avec les Français demeurés avec lui. Le sieur de la Pierre retourna en France vers la fin de l'été, en même temps que Ghamplain, qui se fit remplacer à la tète de la colonie par Jean Godet, sieur du Parc. Il revint au Canada l'année suivante, sur un navire de traite appartenant à Isaac Martel. En 1612 le capitaine Pierre entreprit le voyage du Brésil sur la Perle, de 120 tonneaux, capitaine Charles Bougard, sieur de la Barbotière, pilote Pierre Leclerc, de Dieppe. Le bourgeois s'appelait Charles de Thieuville, sieur de la Houssaye. Ce fut, celte année là même, que Daniel de laRavardière et François de Razilly organisèrent une expédition pour l'Amérique du Sud, dans le but de coloniser le Brésil qu'on appelait la France équinoxiale. On allait d'abord en Guinée y traiter du bois (Têbène que l'on troquait ensuite pour le bois de teinture du Brésil.

Les archives de tabellionage de Honfleur en parlent à diverses reprises, assez pour nous faire connaître quelques particularités de sa vie de marin et certaines affaires de famille ; c'est là que nous avons pu retracer son voyage

au Canada en]1603, sur la Bonne-Renommée, par un acte du 18 février en vertu duquel il reconnaît que François Andrieu, lui a payé et fourni la somme de 36 livres tournois, à profit à 30 pour cent, «pour lui subvenir, saison présente, faire le voyage de Canada dans le navire duquel est capitaine François Gravey, sieur du Pont.»

Durant l'hiver de 1608, autre emprunt de Pierre de Sausay, sieur de Sienne, qui avait épousé Marie de Brinon, veuve de Pierre de Chauvin, sieur de Tontuit. ,

Le 28 mars 1608, le capitaine Pierre donnait quittance à Madeleine Chauvin, veuve de Jehan Plastrier, de Dieppe, « de toult le bien et revenu appartenant aud. de Chauvin qiî'elle avait perçeu des héritages àicelluy Chauvin, etc.»

En 1611 Chauvin contracte encore un emprunt pour venir faire la traite en Canada, sur le navire d'isaac Martel.

Dans le mois de décembre de la même année, nouvel emprunt pour son voyage au Brésil, de la somme de 33 livres. L'acte l'appelle capitaine en la marine.

Voilà tout ce que nous connaissons de cet honnête marin. Le Frère Sagard n'en parle point, et Champlain ne le mentionne plus après l'année 1610. Il était originaire de Dieppe, mais après la mort de son parent, le sieur de Tontuit, il vint se fixer à Honfleur. (i)

(1) Bréard, Documenté, etc.

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