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C'est donc à Jacquesville que vit le jour Champlain qui devait rendre illustre le nom de Brouage ; et c'est par lui que nous connaissons le lieu de sa naissance. Du reste, tout ce que nous savons de lui vient de lui. Mais il ne nous a pas tout dit, Que nous a-t-il aussi appris la date ? On a écrit « vers 1570 ». Mais son portrait gravé par Moncornet fixe l'année 1567 ; en l'absence d'actes officiels, il faut s'en tenir à ce millésime.
Comment se nommait-il ? Samuel Champlain ou Samuel de Champlain ? 11 s'appelle lui-même « Samuel Champlain, de Brouage », et « le sieur de Champlain », en 1603; « sieur de Champlain, Xaintongeois, capitaine pour le roi en la marine » (1613) ; « noble homme, Samuel de Champlain, sieur dudit lieu » {1}, en 1610, dans son contrat de mariage, où il ajoute: « capitaine ordinaire de la marine, demeurant à la ville de Brouage, pays de Saintonge. » Il signe « Samuel de Champlain » sa dédicace au prince de Condé du « quatriesme voyage du sieur de Champlain » en 1613. On a l'embarras du choix.
Moréri dit : « Samuel de Champlain, gentilhomme de Xaintonge. » Un Saintais, le P. François du Creux, plus rapproché de son compatriote, lui attribue aussi la noblesse, et n'hésite pas à écrire: « Samuel Camplenius,eques,ex nauticis præfectis», ce qui se traduit : « Samuel de Champlein, écuyer, capitaine pour le roi dans la marine. » (2)
Pourtant, Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, ne l'appelle jamais que « M. Champlain. » D'autre part, la qua-
(1) Puisqu'il s'intitule « sieur dudit lieu », il est à croire qu'il avait un bien qui portait son nom, comine il y a le lac Champlain. Il était donc autorisé à s'appeler « Samuel Champlain, sieur de Champlain », puis « Samuel Champlain de Champlain », enfin « Samuel de Champlain. »
(2) Je crois qu'il faut traduire Samuel Camplenius par Samuel de Champlein ; la terminaison ius, eus, uus élant souvent une terminaison d'adjectif dérivée du nom: argentum, argentleus ; aurum, aureus ; Achilles, Achilleus, Ætolus, Ætolius. Du Creux a écrit Camplenius et non Camplanius; ce serait donc Champlein et non Champlain. Mais Champlain signe Champlain; c'est donc cette orthographe qu'il faut adopter.
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lité de « noble homme » qu'il se donne en 1610, est exclusive de noblesse, Mais de 4610 à 1635, date de sa mort, il s'écoule 25 ans. Or, des lettres d'anoblissement furent accordées à douze des cent associés de la compagnie (1627) qui désigna Champlain pour commander dans la Nouvelle-France, Il est très possible que ce soit là l'origine de sa noblesse.
Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'en 1610 il met devant le nom de son père le de qu'il ne mettait pas d'abord devant le sien propre : & Antoine de Champlain. » Voulait-il se donner ainsi plus de relief? Peut-être, épousant la fille d’un secrétaire de la chambre du roi, a-t-il cherché à rehausser un peu sa famille.
Au berceau de beaucoup de grands hommes on trouve la légende, Rainguet a fait sortir Champlain « d'une famille de pêcheurs »,etla Biographie de la Charente-Inférieure, copiant la Biographie sainlongeaise, a répété « d’une famille de pècheurs, » Puis c'est le curé du lieu qui l'instruit.Tout cela, on l’a dit de bien d'autres : de Bernard Palissy, son contemporain, avec lequel il a tant de ressemblance : on l'a dit du dernier évêque de Saintes, Pierre-Louis de La Rochefoucauld et avec autant de fondement, Il est difficile pourtant d'admettre, selon la remarque de Delayant, « que, parti d'un bateau de pêche, il eut fait à la fois son éducation de navigateur, d'homme politique et d'écrivain : car il a été tout cela. » Nous croyons plutôt qu'il appartenait à la bourgcoisie, à cette bourgeoisie qui confinait à la noblesse ou qui allait y arriver par son intelligence, sa fortune ou ses services. Son père, c'est lui qui nous l'apprend, était capitaine de la marine. Il pouvait, avant d'être au service du roi, avoir été capitaine de navire. Champlain avait une cousine qui fut son héritière, Marie Camaret, qui, en 1649, habitait La Rochelle : elle y avait épousé Jacques Iersant, contrôleur des traites foraines et don:aniales, C'était sans doute la petite fille d'un Champlain, frère d'Antoine, surnommé « le capitaine Provençal », estimé «un bon marinier de France », que le roi d'Espagne avait, à cause de son expérience et de son habileté, avant 1599, pris à son service en qualité de « pilote général de ses armées de mer. » (1)
Le prénom de Samuël n'a pas laissé de prèter à la discussion. Samuël est un nom biblique, cher alors aux protestants. Son père Antoine, sa mère Margucrite Roy sont certainement nés dans l'orthodoxie. D'où vient ce nom de Samuël qu'ils ont donné à leur fils? Champlain était un catholique fervent. S'il découvre des pays, s'il fonde des villes, s'il batit des villages, c'est avant tout pour la plus grande gloire de Dieu; c'est afin d'amener à la lumiëre de l'évangile les populations sauvages qui croupissent dans les ténèbres du paganisme. Dans son mémoire, Utilité que le sieur de Champlain entend que le roy re-
(1) Brief discours, page 2.
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cepvra de l'entreprise de la Nouvelle-France (618), il met en première ligne: € Sa majesté établira la foy chrétienne parmy un peuple infini d’âmes, lequel ne tient ny n'a aucune forme de religion. » (1) I convertit sa jeune épouse, Hélène Boullé, et si bien que veuve clle prendra le voile chez les ursulines. Faut-il admettre que les parents, nés dans la religion romaine, aient un moment ete calvinistes, puis soient revenus au giron de l'église ? Brouage était la ville papiste en face La Rochelle, cité huguenote. Les intérêts opposes créaient entre les deux ports une rivalité haineuse qu'excitait encore la différence de cultes. Les ennemis de La Rochelle s'appuyaient sur Brouage ; et La Rochelle, voulant dominer seule, tentait de combler Île canal de Brouage. De lice cri du doux Champlain: «Mais quoy sont Rocheluis, c'est-a-dire tres mauvais et désobéissans subjects, où il n'y « point de justice. Prenez-les, si povez, et les chastiez, » Pouvail-on rester protestant à Brouage ? et n'étaitce pas pactiser secréteément avec l'ennemi? La religion était alors, est encore en beaucoup de pays, surtout à l'étranger, une forme du patriotisme.
De bonne heure Ta vue de la mer fait naitre dans l'âme de l'enfant le désir des \oyurcs lointains. Brouage était un des ports les plus importants du lilloral, Les historiens du temps nous en parlent comme d'une merveille, La Popeliniere n'hésite pas à le dire € le meilleur havre de France, » (2) C'était le Rochefort d'aujourd'hui, communiquant avec l'océan par un vaste et profond chenal, assez loin dans les terres pour étre à l'abri d'un coup demain. Son port, vaste et sur, élit fréquenté par les navires @« tant Flamans, Allemans que autres » 3 il y avait « grand tralic de marchans en toutes sortes de marchandises ». L'Angleterre, comme l'Allemagne et la Flandre, y venait faire sa provision de sel, (5) Presque tous les habitants y étaient poly-
(A) Brouage el Champlain (1879), page 29, 4° Archives hisloriques de la Saintonge el de l'Aunis, VL, 58.
(2) « Broïage autrefois marais el grouier, puis bourgade et maintenant petite ville et forte, est d'environ 600 pas en carré assize sur sable et pays ma rescageux et où à grande difficulté se prend fondement pour bastir. n'y a pas 30 ans que les premieres maisons ÿ lurent basties par le baron de Mirem beau, Jacques de Pons, qui de son nom appela Jacopolis, Car Broûage est le nom de la riviere sur le bord de laquelle la ville est assise prenant le nom de Brou, vicille tour jusques où elle court environ 3% ou { lieues dans lu terre, el environné de costé et d'autres dé marais sallans. C'est bien sans doute le meilheur haure de France el principallement pour les grans navires qui de toutes les parties de la chestiennelé vont à pour charger le sel: où se fait tel traffic et dépesche que c'est chose admirable que de la flotte de navires qui s'y voit quelques fois lant d'Angleterre, Escosse, Flandre, Allemagne, que de toutes ses autres parties septentrionales... », L'histoire de France enrichie des plus notables occurances [par La Popeliniére,, 1582, livre xxxvir.
(3) « Spectatur in horum maritimorum locorum media fere parte ingens maris sinus, sive brachium (ut vulgus loquitur) quod ab occidente terram in-
glottes; les langues étrangères, en effet, leur étaient familières, par le contact avec des gens de tous les pays. (1) Le Nouveau- Monde attirait surtout les indigènes : on s'embarquait pour le Brésil et le Canada nouvellement découvert avec une facilité vraiment étonnante.
Henri III, « considérant de quelle importance est à son service la chastellanie d'Hiers, ville de Jacobpolis sur Brouage et havre dudit lieu, et mesme par la bonté dudict havre, auquel est l'apport de navires tant Flamans, Allemans que autres pour toutes sortes de marchandises, de plus seur et commode accès que
T aultre dela Guyenne», ne voulut pas qu'untel port füt à autre qu'à | lui ; il chercha à le donner à la couronne. Un échange eut lieu: 7 Laurent de Maugiron, comte de Montléans, lieutenant général
en Dauphiné et sénéchal de Valentinois, fils de Guy de Maugiron et d'Ozanne L'Hermite, père de Louis de Maugiron, ce favori de Henri HI tué le 27 avril 1578, dans le fameux duel des mignons, tenait de sa tante maternelle, Jeanne L’Hermite, petitefille de Tristan L'Hermite, la principauté de Mortagne sur Gironde, Il échangea sa principauté contre les terres el seigneuries de Saint-Symphorien d'Ozon (Isère), de Pinet, canton de Vienne, et de Sainte-Colombe, canton de Condrieu (Rhône), qui étaient plus voisines de ses autres propriétés du Dauphiné. Et le roi, par acte du 17 mars 178 (Voir Bouage et Champlain, in-8°, 1879, page 4), donna Mortagne à Jacques de Pons qui lui céda le havre de Brouage.
La curiosité naturelle du jeune Samuel de Champlain fut éveillée par lesrécits des merveilles d'outre-mer, et son goût des aventures excité par les périls de latraversésetlesdangersqu'on courait là-bas contre les sauvages 2). Toutefois, avant de servir dans la marine, il voulut être soldat sur terre : il était maréchal des logis dans l'armée catholique du maréchal François d'Aumont, qui mourut en août 1595; il le fut ensuite sous François d'Epinay Saint-Luc, gouverneur de Saintonge, qui défendit Brouage contre les calvinistes ; enfin à la mort de celui-ci (1597), sous le maréchal Charles de Cossé-Brissac. Le traité de Vervins
trans portum facit tota Europa celeberrimum, Brouagium dictum, cuius æque tranquillus est accessus, quam excipiendis onerariis navibus tutus inercatorum ilhuc de Germania, Flandria, Anglia atque aliis terris commigrantium, ut solem factitium (cujus est hic uberrimus proventus) ad suos importent, » De Santonum regione et illustrioribus familiis (598), p. 28 de l'édition de
(1) « Incolæ fere omnes familiares habent peregrinas linguas, quippe illis necessarias ad commercium cum peregrinis ilhie indique affluentibus : ibidem plerosque videas, quibus in novas quas dicunt terras, Brasiliam quoque et Canadam navigationibus ileralis tam facis est accessus ut sylvestres homines, feros et anthropophagos sensim cireurent. » dem, page 30.
(2) « C'est cet art (La navigalion) qui m'a dès mon bas âge attiré à l'armée et ae a provoqué à m'exposer presque toute ma vie aux ondes impétueuses de l'Océan. » Champlain à la reine régente ; épitre imprimée en tête de son édition du voyage de 1613.
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2 mai 1598) licencia l'armée alors en Bretagne; Champlain était ibre. Une circonstance décida de sa vocation maritime. Son oncle, le capitaine Provençal, fut chargé par Cossé-Brissac de ramener dans leur pays les Espagnols de la garnison de Blavet, pluce forte que le traité les forçait d'évacuer. Son neveu obtint de l'accompagner. 11 monta donc avec lui sur le navire le Saint-Julien. C'était un excellent voilier ; aussi, quand les vaisseaux nolisés pour le roi d'Espagne eurent rapatrié ses soldats dans le port de Cadix, il fréta le Saint-Julien, au prix mensuel d'un écu par tonneau. L'oncle, retenu par la maladie, ne put s'embarquer ; il confia son hâtiment à son neveu ; et voilà Champlain voguant {janvier 1599) vers les iles du golfe du Mexique avec les galions de la flotte que commandait un chevalier de Malte, dom Franciso Colombo. Il avait 29 ans.
Le voyage dura deux ans. Le capitaine visite les Canaries, découvertes en 1402 par un gentilhomme normand, Jean de Béthencourt, les Antilles, les îles Vierges, Porto-Rico, où il remarque, entre autres, un arbre qui de provins en provins « ten. t plus d'une lieue et quart », Saint-Domingue, Cuba, Saint-sean d'Ulloa, Mexico, qui renfermait alors de douze à quinze mille Espagnols, six fois autant d'Indiens chrétiens et quantité de nègres esclaves employés aux mines d'argent ; puis Porto-Bello d'où il se rendit à Panama en traversant l'isthme ; la rade est bonne et Panama est une ville fort marchande ; il pense que si l'on coupait les quatre lieues qui séparent ces deux villes, « l’on raccourcirait le chemin de plus de quinze centslieues. » On voit clairement ici l’idée du percement de l’isthme et par suite du canal interocéanique. Les historiens ont reconnu que c'était un Français, un Saintongeais, Champlain, qui a ce mérite de l'avoir signalé le premier.
Colomb lui avait donné rendez-vous à La Havane; il fut fort bien accueilli du commandant, et toute la flotte des Indes fit route vers l'Espagne; elle entra à Séville au commencement de mars 1601.
Ce voyage fut singulièrement vlile à Champlain, en même temps qu’il accrut son amour de courir les mers et de voir des pays inconnus. Partout il levait des plans, étudiait la topographie, les mœurs des habitants, les produits du sol. Il acquerait de l'expérience; il voyait par lui-même, examinait, réfléchissait, comparait. Il parcourut les colonies espagnoles en observateur, Le récit de cette circumnavigation qu’il nous à laissé montre chez lui beaucoup de science. I1 souhaitait que la France ne laissät pas les Espagnols et les Portugais s'emparer des meilleures terres; il voulait que sa patrie, elle aussi. eùt des régions où planter son drapeau. Il adressa un rapport au roi. Henri IV fut frappé des vues du navigateur ; il lui accorda une pension, C'était une récompense et un encouragement.
Champlain se rendit à la cour pour remercier sa majesté, Henri IV, avec sa hautcintelligence, lui si désireux de la prospérite et de l'agrandissement de la France, entra dans les vues
du navigateur. I1 vit immédiatement ce qu'il était possible de faire en cas de guerre contre ses ennemis; il lui fallait à lui aussi des colonies, Il mit Champlain en relation avec le commandeur de Chastes.
Avmard de Chastes, de la maison de Clermont, chevalier de Malte, commandeur de Lormeteau, abbé de Fécamp et grandmaître de l'ordre de Saint-Lazare, était wouverneur de Dieppe, cet autre nid de marins aventureux. C’étailt un homme remarquable. « Bien qu'il eût la tête chargée d'autant de cheveux gris que d'années », dit Champlain, il avait rêvé de fonder en personne un établissement au Canada « pour consacrer le reste de ses ans au service de Dieu et de son roi, en y faisant une demeure arrêtée, pour y vivre et mourir glorieusement. » (1) I] avait des letires patentes du roi, Chastes, reconnaissant en ce Saintongeais un esprit vif et sagace, un génie observateur et des connaissances spéciales, une conformité d'idées pour le bien publie, lui proposa de l'aider; il irait li-bas en éclaireur sur la flotte que Robert Gravé, sieur du Pont, préparait.
Le 15 avril 1603, il part de Honfleur, La flottille composée de moyennes barques de douze à quinze tonneaux, arriva, le 24 mai, à Tadoussac; la traversée avait duré un mois et neuf jours.
Débarqués, Champlain et Pont-Gravé se mirent à la recherche des habitants. Ils ramenaient deux Indiens qui avaient consenti , suivre Pont-Gravé en France, Les indigènes accueillirent avec de grandes démonstrations de joie leurs compatriotes qu'ils ne comptaient guère revoir; ils écoutérent avec ébahissement le récit des merveilles qu'ils avaient vues, des bons traitements qu'ils avaient reçus. C'en était fait; lu France était une grande nation qui voulait du bien aux Indiens, et les Indiens voulaient du bien à la France. Le chef le dit dans une longue harangue; on fuma le calumet de la paix, Nous avions des amis de plus, que la prudence et la probité de Champlain surent nous attacher encore.
Champlain, dans son mémoire Les Sauvages, a peint les mœurs de ces hommes, vraies brutes qui vivaient dans la plus grossière ignorance et les plus honteuses superstitions, et cela depuis des siècles : tant il est vrai que les nations déchues ne progressent pas d'elles-mêmes. et qu'elles restent plongées dans la barbarie si quelqu'un n’éveille leur intelligence engourdie et n'ouvre leurs veux à la lumicre de la civilisation. Pourtant, quelques bribes d'une croyance antérieure, quelques réminiscences d'un état meilleur subsistaient encore dans ces âmes matérialisées. Ils croyaient à un Dieu créateur de toutes choses; en outre il y avait un fils, une mère et le soleil; Dieu était le plus grand des quatre. Quand il eut créé toutes choses,
(1) Homme très honorable, bon catholique, grand serviteur du roi, qui avait dignement servi sa majesté en plusieurs occasions signalées, ( Voyages de Champlain, liv. I, ch. 7),
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il prit quantité de flèches et les mit en terre, d'où il sortit hommes et femmes qui ont multiplié jusqu'à présent. Dieu avait autrefois communiqué avec leurs ancêtres: le diable, lui, parlait à leurs sorciers qui suivaient aveuglement ses conseils, jusqu’à tuer un Français ou un indigène sans remords. Dans ce mélange singulier d'erreurs, Champlain reconnut aisément la doctrine primitive du christianisme : un Dieu créateur, la trinité, l'homme sorti de la terre, la lutte du bien et du mal; et il fut convaincu qu'il serait facile d'amener ces peuplades au catholicisme.
Le pionnier rapportait en France, où il débarqua le 20 septembre, une ample moisson de faits et d'observations ; il rappelait et confirmait les découvertes de Jacques Cartier. Il sut faire partager à Henri IV la résolution de fonder une colonie au Canada. Malheureusement le grand promoteur de l'entreprise, le commandeur Aymard de Chastes, était mort le 13 mai précédent, et l'on put croire que tous les projets de colonisation étaient à vau-l'eau. Mais notre Saintongeais était tenace ; il avait vu le Canada, et quand il pouvait trouver ailleurs à exercer son activité ct donner carrière à son esprit entreprenant, c'est vers le Canada qu'il dirigea sa fermeté, sa hardiesse, sa résolution ; c’est au Canada qu'il s'attacha dès lors ; c'est au Canada qu'il consacra trente ans de son existence. Comme un autre Saintongeais, Bernard Palissy, qui ayanc vu une coupe émaillée n'eut plus de repos qu'il n’en eut fait une semblable, et passa 25 années de sa vie à chercher l'émail ; de même $e nael de Champlain n'eut plus qu'une pensée, donner une grande province à la France, la peupler, y introduire nos mœurs, notre civilisation, notre religion. Les obstacles lui vinrent de tous côtés : rivalités des nations, jalousie des envieux, indifférence des uns, hostilité des autres. Il eut à lutter contreles sauvages, contre les Anglais, contre ses compatriotes même, Son noble cœur ne se découragea jamais ; l'œil toujours fixé sur son but, il va droit son chemin, à travers les dangers, les privations, les fatigues.
La compagnie formée de marchands de iouen ct de La Rochelle, les frais assurés, le roi ayant, par lettres patentes du 18 décembre, octroyé pour dix ans le privilège exclusif des pelleteries et autres marchandises, avec diminution des droits d'entrée en France, la flottille partit du Havre de Grace, le 7 avril 1604. Quatre vaisseaux la composaient, L'un était commandé par Pont-Gravé qui avait à son bord le capitaine Morel, de Honfleur ; un autre, par Du Gua qui avait Cl'amplain comme lieutenant et Jean de Biencourt, sieur de Poutrincourt en Normandie, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, qui allait en Acadie choisir des terres pour y fixer sa famille.
Après deux ans d'essais, Du Gua dut revenir en France, son privilège ayant été révoqué. Champlain resta avec Poutrincourt. Pendant trois ans il visita en détail la côte méridionale de l'Acadie et celles de la baie française entre cette presqu'ile et le
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continent jusque vers les lieux où fut depuis Boston. Puis, les colons, ne voyant venir ni leur chef ni les secours promis, partirent pour la France. Champlair. entrait à Saint-Malo dans les premiers jours d'octobre 1607.
Du Gua était découragé; Champlain, par ses récits, par ses démonstrations, parvint à le convaincre que le peu de succès venait de l’idée de s'établir en Acadie, que c'était au Canada qu'il fallait uniquement songer. Henri IV, déjà persuadé, donna l'ordre à Du Gua de porter ses vues sur les rives du Saint-Laurent, et lui accorda à cet effet (7 janvier 1608) le privilège de la traite des pelleteries pour un an. Du Gua nomma Champlain son lieutenant.
Le pionnier allait pouvoir agir par lui-même, avec un titre ofliciel et l'appui du roi. A son premier voyage il avait remarqué, à 130 lieues de l'embouchure du Saint-Laurent, un endroit où le fleuve se rétrécissait, et nommé à cause de cela Quelibec, Québec, par les indigènes. Il crut ce lieu plus propre à ses desseins que Tadoussac, situé 30 lieues plus bas. L'avenir lui a donné raison.
« Le site que choisit Champlain, dit l’abbé Ferland (Cours d'histoire du Canada, t. I°', page 142), convenait admirablement à son dessein de créer et d'organiser une France nouvelle dans l'Amérique. Placé à cent trente lieues de l’'embouchure du Saint-Laurent, Québec possède un havre magnifique qui peut contenir les flottes les plus nombreuses, et où les plus gros vaisseaux peuvent arriver facilement de la mer. A ses pieds coule le grand fleuve, qui fournit une large voie pour pénétrer jusqu’au centre de l'Amérique septentrionale. Sur ce point, le Saint-Laurent se rétrécit considérablement, n'ayant au plus qu’un mille de largeur ; de sorte que les canons de la viliecitadelle peuvent foudroyer les vaisseaux qui tenteraient de franchir le passage. Québec est donc la clef de la vallée du grand fleuve, dont le cours est de près de 800 lieues ; il est la sentinelle avancée du grand empire français que réva Louis XIV, et qui devait se prolonger depuis le détroit de Belle-Isle jusques au golfe du Mexique. »
Quand Christophe Colomb eut mis le pied en Amérique (1492) et planté le drapeau de l'Espagne sur ces rivages inconnus, chaque nation rivalisa de zèle pour découvrir à son tour quelque continent ou du moins s'assurer la possession de terres sur le nouveau. Henri VIII chargea le vénitien Jean Cabot et son fils Sébastien d'occuper pour lui un point. François I‘ donna une pareille mission au florentin Jean Verazzani, qui aborda en 1524 au Canada qu’il nomma Nouvelle-France. Ce fut Jacques Cartier, de Saint-Malo, qui prit réellement possession du Canada, et remonta jusqu'à Montréal. Il y fit quatre voyages de 1534 à 1544: au troisième,avec Roberval, gentillomme picard,
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