‹ Samuel de Champlain de Brouage, fondateur de Québec, 1567-1635 [microforme]Chapitre 4 sur 9 · DRE · texte numérisé non relu

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avec lui des ministres ; Pont-Gravé, son compagnon, papiste, avait des ecclésiastiques sur son bâtiment. La zizanie religieuse se mit dans les immigrants; on discuta ; l'animosité s'en suivit. Des luttes scandaleuses éclatèrent, qui édifièrent peu les indigènes : « J'ai vu, dit Champlain, le ministre et notre curé s’entre-battre à coups de poing... Je ne sais pas qui était le plus vaillant. Les sauvages prennent parti tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre, » Où il eut fallu l'union complète, l'harmonie parfaite, régnaient la discorde et la haine.

Enfin Pierre du Gua voulait bâtir en Acadie; il perdit en recherches un temps précieux.

Champlain partit de Honfleur le 13 avril sur le Don-de-Dieu, commandé par le capitaine Couillard, qui avait déjà navigué avec Gravé et même avec Pierre de Chauvin. Pont-Gravé avait mis à la voile huit jours plus tôt sur le Lévrier, capitaine Nicolas Marion, Le 3 juillet, Champlain, parti le 30 juin de Tadoussac, mettait pied à terre sur le rivage de Québec, avec les 30 hommes qui l’accompagnaient. Vite à l'œuvre: on abat un carré d'arbres ; on creuse une cave et des fossés ; on charpente le bois, on construit magasin pour les vivres, logemen. pour les hommes. Voilà les humbles débuts d’une ville importante. C'est ainsi que commencent les grandes choses. Le 1°" octobre, Champlain semait du blé; le 24, il plantait la vigne, indice d'une volonté ferme d'établissement durable. La colonie apprenait à se suffire à elle-même. C'est une date mémorable que celle où la cognée abattit le premier arbre qui servit à une cabane, et où quelques manouvriers campèrent sous cet abri improvisé. Prévoyaient-ils les magnifiques destinées de cette ville et l'avenir du pays ?

Mais quelles diflicultés ! D'abord on conspire contre le lieutenant général : il faisait trop travailler et nourrissait mal. S'il n'était plus là, on se gobergerait à l'aise; on pillerait les vivres ; on défoncerait les tonneaux ; on ferait main basse sur l'argent; et vive la ripaille. Des contrebandiers Espagnols étaient près, jaloux des français et gênés par leurs canons ; ils promettaient auxrévoltésappui,secours, asile, L’assassinat est résolu. Le chef du complot est Jean Duval, serrurier. Jadis blessé d'une flèche dans une rencontre avec les sauvages, il a été sauvé, soigné, guéri par Champlain ; il lui en veut à mort; cela devait être. Mais le secret est révélé par Natel, un des complices. Quatre matelots sont saisis, garrotés, expédiés à Tadoussac. Pont- Gravé fait une enquête, constitue un tribunal; les coupables, convaincus du crime, sont condamnés à mort; ils furent ramenés en France, à Pierre de Mons, qui pardonna. Jean Duval, lui, fut pendu à Québec; et sa tête mise au bout d’un pique, apprit aux autres que, quoique loin de la France, il y avait une justice et qu'il ne ferait pas bon de tuer, à moins qu'on ne voulüt être tué. Et depuis personne oncques ne se plaignit, même de privations dont le chef avait sa part, nine parla de

sédition, de complots. Champlain, qui était la bonté même, avait montré sa fermeté,

Puis la maladie, scorbut, dyssenterie. Au printemps, des vingt-quatre Européens il ne survivait que fuit, et encore n'étaient-ils pas bien valides. Tant furent difficiles les débuts d'une entreprise que seule pouvaient mener à bonne fin la volonté, l'énergie, l'habileté !

Et les déceptions! Le découvreur cherchait à travers l'Amérique du Nord un chemin pour aller aux Indes orientales et en Chine. Un jour, il crut être sur la voie. Nicolas du Vignau lui affirma qu'il avait vu la mer du Nord; on y pouvait aller et revenir en 1? jours; un navire anglais y avait échoue, dont l'équipage, 80 hommes, avait été massacré par les sauvages. Convaincu par ces détails, Champlain se mit en route ; il marcha pendant plus d’un mois, jusqu'à ce qu'enfin du Vignau, a le plus impudent menteur qui se soit veu de longtemps », finit par avouer qu'il avait inventé cette mer dans le désir de la voir.

Et ses tribulations avec la compagnie! Les marchands n'’avaient qu’un but : gagner de l'argent ; le commerce des pelleteries était leur unique souci; la traite avec les sauvages, leur grande affaire. Ils ne voyaient que le profit, et le profit immédiat. Bénéfice à réaliser, tout est là. Sans doute, leur mandataire faisait tous ses efforts pour les satisfaire ; il pourchassait les Basques qui vendaient aux indigènes des armes à feu et des munitions de guerre, péril imminent pour cette poignée de Français jetés en plein pays ennemi; il arrêtait les contrebandiers qui enlevaient le trafic aux agents de la compagnie; il favorisait l'extension du commerce dont elle avait en droit le monopole. Mais il avait des vues plus hautes : peupler ce magnifique pays, rendre productif un sol qui n'attendait que le travail du manœuvre, le mettre en état de se suffire à lui-même. Il y parvint un peu, mais après 22 ans; ce n'est que le 27 avril 1628 que la terre « fut entamée avec le soc et les bœufs ».

« La persévérance de cet homme remarquable et sa foi dans le succès de son entreprise sont dignes de notre admiration, dit M. Margry; ses biens, son temps, ses talents, sa vie même sont dévoués à la colonie naissante. Au milieu de toutes les contradictions, il marche courageusement vers le but qu'il s’est proposé pour l'honneur de la religion et pour la gloire de la France; tantôt il lutte, se raidit contre les mille tracasseries que l’égoisme et la jalousie lui suscitent de la mère patrie. Il est négligé par les grands; à leur tour les marchands, plus empressés à partager ses prolits qu’à fournir aux dépenses nécessaires, l'abandonnent à ses propres ressources ; sa prudence et sa constance surmontent à la longue tous les obstacles et font enfin réussir la bonne œuvre. »

Champlain rappelé en France partit de Tadoussac le 5 septembre 160), laissant Québec commencé sous la surveillance de Pont-Gravé. Il débarqua à Honfleur le 13 octobre. Pierre de Mons était un peu dégoûté : ses sacrifices considérables étaient en pure perte. Il ne put pourtant décourager notre pionnier,

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