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94 sânuel de Champlain
aux embûches que leur tendaient o con-
tinuellement les Iroquois.
* “Sur quoi, dit Champlain, le sieur du
Pont et moi avisimes qu'il était très-
nécessaire de les assister, tant pour les
obliger davantage à nous aimer, que
entreprises et découvertures, qui nese.
pouvaient faire en apparence que par.
leur moyen, et aussi que cela leur
Re
serait comme un acheminement et pré-.
paration pour venir au christianisme.
Ale + …
Le chemin à suivre pour éviter les
ch | .
pour moyenner la facilité de mes
es
embüûches des: Iroquois était excessi-' vement:long et:pénible. Il fallait re monter l’Outaouais-avec'ses rapides, :
passer par le lac Nipissing, pour prendre ensuite le cours de la rivière des Frangaisi Le pays des Hurons était, comme on sait, sitné au ford de la baie -
Géorgienne, à l'ou. st du lac Simcoe.
Champlain rejoignit au pays des Hurons les quelques Français qui étaient partis un peu auparavant avec le P. le Caron. Pendant les longs préparatifs de l'expédition projetée contre les Iro-
quois, il parcourut toutes les bourgades
huronnes, observant aitentivement'les beautés du pays et les mœurs et coutumes des habitants,
L'armée partit de Cahiagué le pre-
mier de septembre, et prit la direction de la rivière Trent et do la baïe de Quinté, Quand on eut traversé le lac des Entouoronon (le lac Ontario), on cacha soigneusement les canots. Après avoir fait, à travers le pays des Iroquois, environ. ane. trentaine de lieues, les alliés arrivèrent enfin devant le fort des ennemis... tqs
Samuel dé Champlain OT
Un: corps de cinq cents guerriers carantouanais qui devait venir faire diversion par un autre côté, n’arriva que plusieurs jours après le temps convenu. L'attaque eut lieu cependant; mais les sauvages se ruèrent sur le fort sans aucun ordre, et Champlain ne put jamais réussir à se faire enténdre dar’: la chaleur du combat ; ce premier assaut fut inutile. Le soir, dans un conseil, Champlain proposa de construire, pour le lendemain, un cavalier, du haut duquel les arque-
busiers français:auraient plus: d'évan-
tage à tirer, et une espèce de mantélet G
pout protéger les assaillants contre les flèches et les piertes lancées dé dessus
les palissades,
Quelques-uns voulaient qu'on at-
tendit le renfort des Carantouanais :
mais Champlain, voyant que l’armée alliée était assez forte pour emporter Ia place, craignant d’ailleurs qu'un retard ne donnât aux ennemis le tem»s de se Æortifier davañtage, fut d'avis qu'on
livrät de suite un second assaut.
‘JEAMndiscipliné dés satiragés ‘fit tot ‘manquér ; il fallut songer à la retraite.
totit aîte.
Champlain avait reçu deux blessures
à la jambe et au genou.
Quand les alliés furent de retour au lac Ontario, Champlain demanda qu on le reconduisit à Québec. Mais les Hurons, , qui avaient intérêt à le garder avec eux, firent en sorte qu'il n'y eût point de canot disponible etil dut se résigner à passer l'hiver en leur pays.
L'armée fut de retour à Cahiagué:
dans les derniers jours de décembre.
Champlain, après s'être reposé, quelques jours, chez son hôte Darontal (ou
Atironta), se rendit.à Carhagouhsa pour
y revoir le P. le Caron. Ils partirent tous deux ensemble le 15 février, et allèrent visiter la nation du Petun (les Tionnontatés), qui demeuraient plus au sud-ouest. De là, ils poussèrent jusqu’au pays des Andatahouat ou Cheveux-Relevés, et, si on ne les en eût détournés, ils voulaient se rendre jusqu’à la nation Neutre (les Attlouan- ER RL ou es
Enfin, le printemps venu, Champlain se fit reconduire à Québec, où l’on était
fort inquiet sur son sort. Avant le
départ des vaisseaux, il fit agrandir
Thabitation de plus d’un tiers, et en augmenta les fortifications. ‘Nous fimes, dit:il, le tout bien bâtir de chaux et sable, y en ayant trouvé de très bonne en un licu proche de la dite
habitation.”
Le prince de Condé venait d’être arrêté, le premier de septembre 1616.
Champlain se douta bien que les ennemis de la société proliteraient de sa détention, pour exciter de nouveaux troubles'et faire annuler lacommission.
Il ne .cessait de remontrer aux:mar-
chands, -que, :6i dl'on-ne: prenaït::les
. moyens d'augmenter et de fortifier Québec, la traite finirait par leur être enlevée de force. Les associés abjectaient, que les dépenses annuelles étaient énormes, et que, dans un moment de trouble comme on était alors en France, la compagnie, d’une année à l'autre, pouvait avoir le même sort que celle de M. de Monts, et qu'ils en seraient pour leurs frais. Champlain leur représenta que les circonstances étaient bien changées : M. de Monts n'était qu'un simple “ gentilhomme,
qui n'avait pas assez d'autorité pour se
maintenir en cour contre l'envie, dans
le conseil de Sa Majesté ; mais que maintenant ils avaient pour protecteur et.vice-roi du pays un prince qui les pouvait protéger cnvers.et contre tous,
sous Je bon plaisir du roi. ”
Deux années se passèrent, sans qu'il
se fit beaucoup de progrès.
En 1617 et en 1618, Champlain revint au Canada, Mais le manque de
secours laissait toujours l'habitation
dans. le méme Ctat de langueur.
A force de persévérance, i obtint
104 Samuel de Champtain |
enfin, pour l’année 1619, quelques mtunitions de guerre, et des provisions de bouche ; la compagnie s'engageait à envoyer quatre-vingts personnes, “ y compris le chef, trois Pères récollets, commis, officiers, ouvriers et labou-
reurs. ”
L'année 1619 s’écoula, et, de toutes
ces promesses de secours et d'hommes,
aucune ne fut tenue. Cependant, on se
plaignait partout de la Compagnie, qui,
jouissant d'un privilége fort avanta- }
geux, ne remplissait point ses engage-
ménts envers la colonie. D'une autre
part, la concorde était loin de régner
parmi lés associés. Les husuenots avaient à cœur de ne pas voir la religion catholique s’enraciner dans le Canada ; tandis que les catholiques se réjouissaient des eflorts qu'on faisait pour l'y établir. De là naissaient des divisions et des procès ; chaque parti se défiait de l’autre, et entretenait son commis particulier, chargé d'examiner tout ce qui se passait à Tadoussac ct à
Québec.
Franc, loyal et honnête. Champlain
ne leur ménagcait aucun reproche, au
+ sesmmemmenrenerne seen SET XERES ARRRE
sujet de leur conduite. Aussi voulu-
rent-ils se délivrer d’un censeur in- <ommode, en l’obliseant à s'occuper de découvertes, pendant que Font-Gravé resterait à Québec, revêtu du commandement, et chargé de la traite. Ils espéraient que ce dernier serait plus souple et plus traitable (Champlain leur répondit que, comme lieutenantgénéral du vice-roi, il avait l'autorité sur tous les hommes de l'habitation; qu'il l’exerçait partout, excepté dans leur magasin, où était placé leur premier commis; que le sieur de Pont-
Gravé était son ami, qu’il le respectait
comme son père, à cause de son âge, mais qu’il ne lui cèderait jamais aucun.
de ses droits ; ‘“ qu’il n’entendait faire le voyage qu'avec la même autorité qu'il avait eue auparavant; autrement, qu’il protestait tous dépens, dommages et intérêts contre eux, à cause de son
retardement.”
La-dessus. il leur présenta une lettre
dan laquelle le Roi insistait sur l’exécution de ce qu'ils avaient promis, et leur marquait sa volonté expresse que
la Compagnie fournit à Champlain ce
108 Samuel de Cliamplain
qui lui serait nécessaire, tant pour
l'habitation, que pour les découvertes.
Les marchands s'obsiinèrent, et Champlain, qui s'était préparé à passer au Canada avec sa famille, se vit contraint de retourner à Paris, après avoir fait sa protestation. ‘“ Nous voilà à chicaner,” dit-il ; ct, avez son activité ct son énergie ordinaires, il se ren& à Tours, pour y suivre l'affaire devant le Couseil. Après avoir bien débattu, ajoute-til, j'obtiens un arrêt de mes:
sieurs du conseil, par lequel il était dit
que je commanderais tant à Québet,
qu'autres lieux de la Nouvelle-France,
et défense aux associés de me troubler ni empêcher en la fonction de ma charge ; lequel arrêt je leur fais signi-
fier en pleine bourse de Rouen.”
Le prince de Condé ne pouvait guère s'occuper dela Nouvelle-France; il céda facilement tous ses titres au.
duc de Montmorency. Champlain, qui avait contribué à cette transaction, fut nommé son lieutenant, et se disposa à partir avec sa famille (1620). La compagnie, voyant ce changement
d'un mauvais œil, suscita encore de
110 Samuel de Champlæis
nouvelles tracasseries au sujet des
pouvoirs qu’il devait exercer. Mais il
n'eut qu'un mot à écrire au nouveau
vive-roi ; les associés reçurent un ordre formel et absolu du roi de se désister
de leurs poursuites,
Champlain partit enfin vers le 8 de mai, et arriva au moulin Baudé, après une traverse de deux mois. Son beaufrère, Eustache Boullé, fut agréablement surpris et étonné de voir que sa sœur avait eu le courage de braverles
fureurs de l'Océan, pour venir se fixer
dans‘un pays encore sauvage et dénué
de tout.
Le 11 juillet, Champlain partit de Tadoussac pour monter à Québec, où, en arrivant, il ‘“ se rendit à la chapelle, pour y rendre grâces à Dieu de l'avoir préservé, lui et sa famille, de tous les dangers d'un si long et si pénible voyage.” Le lendemain, après la messe, un des Pères fit une cexhortation de circonst-nce, et, au sortir de la chapelle, on lut publiquement les lettres de commission royale, et celles
du vice-roi. ‘“ Chacun cria: Vive le
Roi ; lo canon fut tiré en signe d’allé-
gresse, ‘“ et ainsi, dit Champlain, je pris possession de l'habitation et du pays au nom de mon dit seigneur lo
vice-roi.”
Champlain trouva de quoi exercer son zèle. ‘“ Je trouvai, dit-il, cette pauvre habitation si désolée et ruinée, qu'elle me faisait pitié. Il y pleuvait de toutes parts ; l'air entrait par toutes les jointures du plancher ; le magasin s'en allait tomber, la cour si sale et -orde, que tout cela semblait une pauvre
“maison abandonnée aux champs. où
nn +
les-soldats avaient passé.” In peu do
temps, néanmoins, tout fut réparé, grâce à le diligence qu'il y mit.
Un de ses premiers soins fut ensuilo de faire commencer, eur le côteau qui dominait l'habitation, un petit fort, qu'il jugee-plus que jamais nécessaire “ pour éviter aux dangers qui peuvent advenir en un pays éloigné presque de tout secours.”—"" J'établis; dit-il, cette demeure en une situation très-bonne, sur une montagne quicommandait sur le travers du fleuve Saint-Laurent, qui
est un des lieux des plus étroits-de.la M
rivière. Cette maison aïnsi bâtie ne plaisait point à nos associés ; mais pour cela il ne fant pas que je laisse d’effectuer le commandement de Mer. le viceroi; et ceci est lo vrai moyen de ne
point recevoir d'affront. ”
Lo dne de Montmorency, voyant
avec peine la mauvaise volonté de la compagnie des marchands, avait résolu de mettre un terme à un état de choses si préjudiciable aux intérêts de la colonie. Au printemps de 1621,on apprit, parle premier vaisseau, qu’il avait for-
mé une compagnie nouvelle. M. Dolu,
intendant des affaires du pays, fut Chargé d’expédier à Champlain copie des nouvelles commissions, pour le prévenir que le vice-roi avait remis entre les mains des sieurs de Caen la gestion de tout ce qui regardait la traite, et que c'était son désir qu'il ne se fit aucune innovation avant son
arrivée.
Malhenrensem ent, le vaisseau de M.
de Caen ne paraissait point. Les commis de l’ancienne société n’étaient pas d'humeur à lâcher prise si facilement, à}
moins que Champlain n'exhibät des.
ordres du roi; ce qu’il ne pouvait faire
“pour le moment. L'arrivée de Pont- Gravé et de plusieurs des anciens commis vint encore rendre la position plus ctitique. 11 fallait agir avec une grande
‘tirconspection.
Le petit fort que Champlain venait de commencer et qu’il se hâta de terffhiner de son mieux, fut en ce moment le salut de la patrie. Il'y mit Dumiais ‘it bon beau-frère, avec seize hommes, ‘et'y jeta les armes et provisions nétes-
‘saires. “En cette façon, dit-il, nous
fire pouvions parler à cheval” Lui-même Pont ec chargea de la garde de l'habitation.
com- | plus Les commis de l'ancienne société sde furent contraints d'accepter un come promis, et d'ettendre que M. de Caen füt arrivé. Enfin, après des allées et venues ct des pourparlers qui durèrent enaît jusqu'au mois d'août, Champlain, seds. condé par le Père George le Baïllif, vint Lie à bout de faire la paix entre les deux inrais partis | mes, | svE- Les habitants de Québec, alarmés
d’un état de choses si déplorable, se ré-
unirent dans une assemblée publique, Champlain à leur tête, pour signer et adresser au roi unc humble pétition, afin que Sa Majesté voulût bien mettre un terme aux funestes divisions qui menaçaient de ruiner tout le pays.
Champlain ne pouvant s’absenter sans inconvénient, et pour sa famille et pour
Pintérêt de tous, on choisit pour cette
mission le Père George le Baillif. Co
sage religieux vint à bout d'obtenir les principaux articles de son ‘ cahier,” et un arrêt du conseil d'état réunit les
deux compagnies en une seule (1622.
AVS.
sans our
retto
Pendant les quatre ans que Champlain passa à Québec avec sa famille, son occupation principale fut de fairo travailler à l'habitation, au fort et au château Saint-Louis; il saisit en mêmo temps ioutes les occasions de faire avec les Montagnais une alliance do
plus en plus étroite,
Un des moyens qui Ini parnt le plus propre à atteindre ce but, fut de conférer à quelqu'un de leurs capitaines certaines faveurs ou certains grades qui devaient 1aturellement les attacher
aux Français.
Le capitaine Miristou fut le premicr à qui l'on accorda cet honneur. Il prit à nette occasion le nom de Mahizan- Atic (loup-cerf), pour donner à entendre que, doux comme le cerf, il
saurait, quand il serait nécessaire, avoir
le courage ct même la fureur du loup.
Champlain, en 1624, se décida à reconduire sa femme en France. Accoutuméce aux douceurs de la vie de Paris, elle avait dùû souffrir beaucoup de la privation des choses considérées comme indispensables à son Gtat. Son mari et
son frère étant fort souvent absents,
cottaris,
pri ame
i et
ts,
Saxuel de Champlain 121
élle se trouvait ainsi exposée à bien des ennuis.
L'année 1624 fut une époque d'amés liorations pour Québec: Champlain ouvrit un chemin commode, conduis sant du magasin au fort Saint-Louis sur la hauteur, afin de remplacer le sentier étroit ct difficile dont on s'était servi jusqu'alors. Les ouvriers continuaicnt en même temps les travaux du fort, Reconnaissant le mauvais état de l’habitation, ct désesptront de la pouvoir réparer convenablement, il entreprit d'en bâtir une nouvelle. Vers les pre-
miers jours du mois de mai, il fit
abattre tous les vieux bâtiments, à l'exception du magasin, et les fonda:
tions furent posées. lour conserver la mémoire de cette reconstruction, l’on enfouit une pierre sur laquelle étaient gravées les armes du roi, ainsi que celles du vice-roi, avec la date et le nom de Champlain, lieutenant du duo de Montmorency. Ces bâtiments de-
vaient consister en un corps de logis,
long de cent huit pieds, avec deux
ailes de soixante pieds, et quatre petites tours aux quatre angles de l'édifice.
Devant l'habitation et au bord du
fleuve, était un ravelin, sur lequel on
disposa des pièces de canon ; le tout €tait environné de fossés, que traver-
saient des ponts-lévis.
Le sieur Emcric de Caen demeura à Québec pour y commander. Champlain en partit le 15 août, et arriva à Dieppe le premier octobre. Il se rendit de là à Paris, afin de donner au roi et
à M. de Montinorency des cétails sur
ce qui s'était passé dans la Nourelle-
France depuis quatre ans.
De nouvelles contestations entre les
axucicns ct les nouveaux associés acho-
- vèrent de dégoûter le duc de Montmorency de sa charge de vice-roï, ‘“ qui lui rompait plus la tête, que ses affaires plus importantes. ” [Il la céda à son néveu Jlenri de Lévis, duc de Ventadour. Celui-ci continua Champlain dans sa charge de lieutenant, et lui en
expédia les lettres, le 15 février 1625.
Le nouveau vicc-roi, plein de zèle pour les intérêts de la colonie et pour l'avancement des missions, voulut d’abord, que Champlain demeurât eetto
année auprès de lui pour l'instruiro
plus particulièrement dos besoins du
Imo- pays dorénavant soumis à sa juridicqui tion ; puis il encouragea de toutes ses ires forces le projet qui venait de se former, son d'envoyer des missionnaires jésuites nta- au Canada, pour venir en aide aux
premiers missionnaires, les Récollets.
M. de Caen fut chargé du voyage de 1625. À son retour, il y eut contre lui des récriminations graves, qui entrainèrent un procès. Il sut néanmoins 8e tirer d'affaire assez bien ; l'arrêt du wonseil lui alloua ‘“trente-six pour cent d'intérêt sur un fonds de soixante mille
livres, mais à la condition qu'ilexécute-