‹ Samuel GobatChapitre 14 sur 70 · TRAVAIL MISSIONNAIRE CHEZ LES DRU8ES · texte numérisé non relu

TRAVAIL MISSIONNAIRE CHEZ LES DRU8ES

en ce moment-là que l'Angleterre entreprendrait quelque chose en leur faveur, ils se montraient bienveillants à mon égard. Mais je remarquais que bien peu d'entre eux avaient une idée claire de leur religion, ou pour mieux dire, de leur système d'irréligion. Un des points les plus importants de leur doctrine c'est que les premiers Druses ont été créés tous à la fois, et que leur nombre doit demeurer toujours le même. Je mentionne cela parce que j'y vois l'explication de leur absolue indifférence à l'égard de toute religion. Dos que j'entamais auprès d'eux une question religieuse je rencontrais une parfaite indifférence, qui disparaissait et faisait place à un vif intérêt dès que j'abordais un autre sujet, par exemple la création d'écoles pour leurs enfants. Alors ils s'animaient et me demandaient ce qu'on enseignerait dans ces écoles. Je leur répondais que leurs enfants y acquerraient autant que possible toutes les connaissances utiles, mais qu'on y lirait aussi la Parole de Dieu, qui nous enseigne le chemin du salut. Avec la première partie de ma réponse ils se déclaraient d'accord, mais la mention de la Bible les rendait pensifs et silencieux. A la fin l'un d'eux me demandait poliment (les Druses des hautes classes sont très-polis) : « Votre intention est-elle de faire de nos enfants des chrétiens ? » Ma réponse était invariablement celle-ci : « Comme nous sommes persuadés que Christ est le seul chemin qui mène à la vie éternelle notre désir certainement serait que vos enfants et vous-mêmes devinssiez ses vrais disciples. Les Anglais, ajoutais-je, sont un peuple libre, et ils désirent que tous les hommes jouissent de la môme liberté qu'eux ; et quant à vos enfants, tout en leur donnant un enseignement biblique, nous les laisserions tout à fait libres de devenir chrétiens ou de rester Druses. » — «Vous ne contraindriez donc pas nos enfants, ajoutaient-ils v Gobât 16

à se faire chrétiens ?» — «Assurément non ; et si quelqu'un, disais-je encore, voulait les y contraindre, nous serions les premiers à nous y opposer. » Rassurés de ce côté-là ils n'avaient plus d'objection à faire, et leur conclusion était celle-ci: « Commencez ces écoles le plus tôt possible.» Leur tranquillité à l'endroit de la religion ne leur venait pas seulement de ces assurances que je leur donnais. Les Druses ont la conviction que, parce qu'ils ont été créés en qualité de Druses, personne de leur secte ne pourra jamais être gagné à une autre religion. Mais ils tiennent à se mettre en garde contre des essais de contrainte. Ils ne se soucient pas de la persécution, tout en la croyant impuissante contre eux. C'est pourquoi, rassurés de ce côté, non-seulement ils consentirent à ce qu'on ouvrît parmi eux des écoles chrétiennes, mais encore ils me demandèrent des Bibles et d'autres livres, et se mirent à les lire ; et lorsqu'ensuite je me rendis à Deir el Kamer, l'endroit écarté où se tiennent leurs assemblées religieuses, je vis, sur une table au milieu de la chambre, une Bible. Mais de tous les nombreux Druses que je vis, je n'en rencontrai que deux qui se sentissent attirés vers le christianisme. C'étaient deux hommes éveillés et à l'esprit ouvert, appartenant aux plus hautes familles. A part cinq familles distinguées et dominantes, auxquelles tous les Druses rendent hommage et obéissance absolue, toute la nation se partage en deux classes; les akaals ou instruits , et les djahaals ou ignorants. Ces derniers sont comme des brutes, adonnés au vice, sans aucune idée de religion ou de quoi que ce soit d'autre que ce qui a rapport à leur corps et à la vie présente. Les akaals au contraire sont bien élevés, initiés aux mystères de leur religion, dont ils s'entretiennent dans leurs assemblées secrètes, exercés à dominer leurs passions, leurs sentiments

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