TRAVAIL MISSIONNAIRE CHEZ LES DRUSES
et leurs penchants, et surtout à garder leurs secrets. C'est ce qui rend si difficile de savoir quelle est leur religion et si même ils en ont une. J'avais lu autrefois l'ouvrage de de Sacy sur la religion des Druses, et je pouvais en quelque are me rendre compte de l'accord ou de la différence entre les pratiques actuelles et celles du fondateur de leur religion, Ha kern bon Amr Allah et de ses premiers disciples, 3 l'an 1000 de notre ère. Mais il est inutile que j'entre ici dans ces détails. Qu'il me suffise de dire que les akaals sont intelligents, sobres et polis. Ils ne fument pas, ne boivent aucune liqueur enivrante, et gouvernent leur maison beaucoup mieux que les autres Arabes. Ils sont doux et affectueux envers leurs femmes et leurs enfants, et ceux-ci se font remarquer par leurs manières respectueuses. Mais la morale qu'ils apprennent dans leurs livres et leur tradition a un défaut grave. Elle leur apprend à être sobres, véridiques et aimables les uns envers les autres, mais elle permet tout à l'égard des étrangers, de quiconque n'est pas druse; le crime, le vol, la fraude, l'adultère, tout en un mot, à la seule condition qu'il n'en rejaillisse pas de déshonneur sur la secte.
Je disais plus haut que je n'avais rencontré que deux seuls Druses qui se montrassent attirés vers l'Évangile. Peu de temps après mon passage parmi eux j'appris que l'un de ces deux, avec lequel j'avais eu plusieurs entretiens et qui avait apporté à Deir el Kamer la Bible que j'avais vue dans le lieu de leur assemblée, était mort, probablement empoisonné. J'ai à raconter de l'autre, un scheik du Hauran, une histoire intéressante. Il parait que l'un des livres que j'avais distribués à Damas était arrivé jusque dans le Hauran, et était tombé dans les mains de ce scheik, qui l'avait lu attentivement. Ce livre était une sorte d'introduction à la
lecture de la Bible avec ce titre en arabe : Morsched el Talibin, le guide du chercheur. Le scheik le trouva intéressant, et conclut que le livre (c'était la Bible) auquel celui-là renvoyait sans cesse devait être d'une importance bien plus considérable encore, et il résolut de se procurer à tout prix cet autre livre. Ayant appris que son « guide du chercheur» était venu de Damas, il se hâta de se rendre dans cette ville. Là il apprit que la personne qui avait apporté l'un et l'autre livre était partie pour Baalbek. Il vint aussitôt à notre recherche dans ce dernier endroit, et lorsqu'on lui dit que nous avions pris la route de Beyrout par les Cèdres il nous suivit jusqu'à Beyrout. Ici on lui dit que j'étais à Deir el Kam er, où il se hâta de venir me trouver, sans s'informer à Beyrout si le livre qu'il cherchait ne s'y trouverait pas. M'ayant enfin rencontré il me raconta ses courses et me supplia de lui donner le livre auquel renvoyait toujours l'introduction qu'il avait lue. Je n'avais avec moi que le seul exemplaire de laBible dont je me servais journellement, mais il aurait fallu avoir un cœur de pierre pour lui refuser sa demande. Il me remercia de la manière la plus chaleureuse ; son visage était rayonnant de joie, mais tout à coup il devint sérieux et pensif, et il me pria encore de lui enseigner comment il pourrait le mieux faire usage de ce livre. J'eus avec lui un entretien de plusieurs heures, après lequel il me quitta, emportant avec lui ses deux trésors. Je irai plus jamais entendu parler de lui, mais j'ai souvent, et non sans espoir, prié le Seigneur de faire fructifier à salut sa Parole dans le cœur de ce scheik druse. Car je sais que Dieu peut aussi bien retirer un Druse de la perdition éternelle qu'il a pu m'en retirer moi-même.
Ma tâche auprès des Druses était remplie. J'avais eu avec les principaux d'entre eux des entretiens, d'où il