TRAVAIL EN SUISSE
Mais comme la société des baigneurs était nombreuse et
offrait des ressources, Le temps m'y parut court, et j'espère qu'il n'aura pas été stérile. M. Lillington avait demandé la plus vaste salle de rétablissement pour que j'y tinsse chaque soir des réunions d'édification. De vingt à quarante personnes y assistaient. J'espère que ces heures auront été en bénédiction à quelques âmes, en particulier à quelques jeunes gens. En tout cas elles me furent utiles à moi-même, en ce qu'elles m'aidaient à remplir tous les moments libres de la journée par la méditation et l'étude de la Parole de Dieu en vue de ces réunions du soir. En outre je prêchais chaque dimanche dans la grande salle à manger, qui, vers la fiu de la saison, quand les baigneurs étaient nombreux, se remplissait chaque fois. Un abbé catholique réclama un jour formellement contre cet emploi de la salle par « une secte particulière », comme il disait. Voyant que cela mettait le chef de l'établissement dans un certain embarras, je proposai, pour éviter toute contestation, que mes prédications eussent lieu dans la même salle que les réunions du soir. C'est ce qui se lit, et la paix ne fut pas troublée. Cette cure m'avait fortifié, mais tout reste de mon ancienne maladie n'avait pas encore disparu, entre autres une disposition permanente à la dyssenterie.
Je louai à Wiedlisbach, au pied du Weissenstein, une petite maison, où je passai deux ans avec ma famille, priant et attendant que le Seigneur m'ouvrît une porte. Des réunions de Missions qu'on me demanda de tenir de côté et d'autre dans le voisinage réussirent si bien que la Société des Missions de Baie me chargea de visiter ses amis et les réunions de ses sociétés auxiliaires dans toute la Suisse, des Grisons à Genève, mais particulièrement dans la Suisse française, autant que ma santé me le permettrait. J'acceptai
avec joie cette invitation et je demeure profondément reconnaissant envers le Seigneur pour les bénédictions dont il lui plût d'accompagner mes faibles efforts dans ces tournées. Je commençai par visiter les localités où se tenaient déjà des réunions régulières de Missions. Pour la plupart ces réunions étaient si peu suivies qu'il ne valait presque plus la peine, pour ceux qui les présidaient, de s'y préparer comme le sujet le demande. Je proposai un changement qui fut partout accepté. C'était de remplacer les réunions hebdomadaires ou mensuelles peu fréquentées dans chaque petite localité, par des réunions trimestrielles dans des localités plus centrales, où seraient invités les amis des Missions et le public de tous les environs. Pour ces assemblées-là les orateurs seraient obligés de se mieux préparer, et l'intérêt en serait plus considérable. Je m'engageai avenir inaugurer ces réunions partout où on les établirait, et à y assister ensuite autant que je le pourrais. Ce plan réussit remarquablement. Car, bien qu'au commencement chaque village donnât peu d'auditeurs, il se forma néanmoins par leur réunion des auditoires assez nombreux et bien composés. La curiosité et l'intérêt augmentèrent, et ainsi bien des gens, retenus jusque-là par l'indifférence ou l'ignorance, furent amenés et gagnés à la cause des Missions. Plus que cela ; ces réunions , plus sérieuses en Suisse qu'en Angleterre, furent en bénédiction à beaucoup d'âmes, qui ne s'y trouvèrent pas seulement intéressées mais édifiées.
J'employais ordinairement deux ou trois semaines à aller de lieu en lieu, le sac au dos, tenir pour ainsi dire chaque soir des réunions de ce genre. Puis je revenais à la maison, renouveler ma provision de faits en étudiant les publications et rapports anglais, allemands et français, des diverses Sociétés de Missions. Je consacrai au Canton de Yaud, où