TRAVAIL EN SUI88E
tous les temples m'étaient ouverts, une grande partie de l'année 1844. Au mois de septembre je rentrai à la maison pour la naissance de mou sixième enfant, Maria, maintenant épouse de M. Kober, le successeur du bienheureux Spittler, -à Bâle. Mon projet était de revenir au printemps au Canton de Vaud et d'y passer une bonne partie de l'été. Mais à ce moment le gouvernement et la masse du peuple se montrèrent si opposés à toute liberté religieuse et spécialement à l'œuvre des Missions que mon œuvre y fut arrêtée. Cependant la bonne semence jetée en terre, non-seulement par moi, mais par beaucoup de pasteurs fidèles, porta et porte encore ses fruits.
La bienveillance et l'affection que, à côté de l'hostilité des ennemis de l'œuvre, je rencontrais partout et le succès de mes travaux me firent oublier pendant un temps les difficultés de ma position. Mais à la fin ce sentiment se réveilla et aurait été bien douloureux si je n'avais eu pour l'adoucir la certitude que j'étais où Dieu me voulait. En somme je n'avais point de position. La Société des Missions de l'église anglicane m'accordait 75 livres sterling par an, avec 5 livres en plus pour chacun de mes enfants. La Société de Bâle y ajoutait 25 livres. C'était un revenu trèssuffisant pour l'entretien de ma famille; mais ma souffrance était de sentir que ce traitement m'était accordé comme une faveur, puisque je n'étais à ce moment directement au service ni de l'une ni de l'autre de ces deux sociétés. Malgré tous les soins employés, l'état de ma santé restait si précaire qu'il y avait peu d'espoir pour la Société anglicane de pouvoir m'employer de nouveau dans un de ses champs d'activité en pays lointain ; et d'autre part je n'étais pas assez malade pour être mis au nombre des invalides. Je pouvais encore travailler, à la condition de ménager mes
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forces et de prendre au moment convenable le repos nécessaire. Je n'étais pas encore arrivé à la vieillesse, puisque je n'avais que quarante-sept ans. La pensée que j'étais ainsi à charge à une Société qui avait déjà fait beaucoup de dépenses pour moi, et au service de laquelle j'avais si peu pu travailler, m'était extrêmement pénible. D'un autre côté j'avais appris que le Comité des Missions de Baie avait eu une séance à mon sujet. Quelques-uns de ses membresvoulaient m'engager comme secrétaire ou comme prédicateur itinérant, tandis que d'autres, plus hommes d'affaires qu'hommes de sentiments, s'y opposaient, par la raison que ma santé était délicate, que je pourrais bientôt mourir, et qu'alors ma femme et mes enfants seraient une lourde charge pour la Société. Plusieurs fois j'avais eu la pensée de me présenter quelque part pour un poste de pasteur dans une petite paroisse ; mais toujours j'avais été arrêté par deux difficultés. La première était mon état de santé, qui ne me permettrait pas de m'acquitter des devoirs pastoraux d'une manière suivie, la seconde, que je m'étais jusque là toujours laissé conduire par la divine Providence, sans chercher à faire mon chemin moi-même, et qu'il me paraissait impossible de m'écarter de cette ligne de conduite. Ainsi il ne me restait qu'à me remettre toujours plus à la disposition et au service du Seigneur, en le priant de m'ouvrir une porte et de me montrer mon chemin si clairement qu'il ne me restât aucun doute sur sa volonté à mon égard. Pendant que j'étais ainsi dans l'attente je reçus de Londres une lettre du même ami avec lequel je m'étais souvent entretenu à Malte de l'opportunité d'ouvrir dans cette île un établissement supérieur d'éducation. Depuis deux ans j'avais perdu de vue cette idée. Ce cher ami, M. le docteur A. Crawford, m'informait que le capitaine Gordon et lui,