‹ Samuel GobatChapitre 2 sur 70 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La maison paternelle. Enfance et jeunesse à Crémine Conversion et débuts dans l'enseignement.

Je suis né le 26 janvier 1799 à Crémine, petit village du beau Val-de-Moutier dans le Jura-bernois, pays alors sous la domination française, réuni au canton de Berne depuis la chute de Napoléon Ier.

Mes parents, ma mère surtout, étaient pieux dès leur enfance. Le dimanche, ils assistaient régulièrement au culte public et ils lisaient avec leurs enfants la Parole de Dieu ou quelque livre d'édification, par exemple les sermons de Nardin. Chaque jour ils avaient le culte de famille, sauf quelquefois en été, lors des travaux les plus pressants.

Ils étaient unis par un amour inaltérable. Jamais je n'aperçus entre eux le moindre désaccord.

S'il s'était rencontré dans leur voisinage des chrétiens vivants, mes parents se seraient liés avec eux; mais il n'y en avait pas. Le conducteur spirituel de la paroisse était un buveur.

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Mes parents n'étaient pas en pleine possession de la grâce. Sous son influence et son attrait, ils ne connaissaient pas le précieux secret de se l'approprier. Plus ou moins oppressés, ma mère particulièrement, par le sentiment de leurs péchés, malgré leur vie irréprochable et leur confiance dans le Seigneur, ils étaient sans consolation spirituelle et sans joie intérieure. Je parle du temps de mon enfance et de ma jeunesse.

Mais quand je pense à la sagesse qu'ils montraient dans l'éducation de leurs enfants, je ne puis douter qu'ils ne fussent alors déjà bien réellement, quoique d'une manière inconsciente, sous l'action et la direction du Saint-Esprit.

D'une patience inépuisable, s'oubliant eux-mêmes, ils étaient pour leurs enfants d'une tendresse extreme, mais aussi, en retour, ils exigeaient une prompte et entière obéissance.

Ayant connu, tous deux, précédemment une position de fortune relativement aisée, ils avaient subi, par suite de la révolution française, des pertes assez considérables, et ces revers, joints à une extrême délicatesse de conscience, les avaient rendus d'une excessive timidité et pour ainsi dire impropres au commerce du monde.

Leur situation, en 1818, était si gênée que mon père, chargé de dettes et voyant qu'il n'avait guère de secours à attendre de ce côté là de ses deux fils, mon frère aine et moi, se décida à vendre tout ce qu'il faudrait de ses terres pour se débarrasser de son passif. Cet amoindrissement extérieur de notre domaine était une humiliation pour la famille. Mais par cet acte loyal, une sorte de malédiction, qui semblait jusque là peser sur les entreprises de mon père, fut enlevée. Elle se changea en bénédiction temporelle et spirituelle.

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