‹ Samuel GobatChapitre 20 sur 70 · TRAVAIL EN ITALIE · texte numérisé non relu

TRAVAIL EN ITALIE

ment rencontrés à Malte ou en Orient m'avaient laissé une très-mauvaise idée de l'état religieux, ou plutôt irréligieux, de leur nation. Je revins un peu de cette impression, sauf en ce qui concerne les foules dans les grandes villes. Quant aux gens de la campagne, quoiqu'ils soient superstitieux et entachés des vices qui accompagnent la superstition et la confession auriculaire, il reste pourtant chez eux un point d'appui sur lequel le prédicateur de l'Évangile peut se baser avec confiance: c'est le sentiment du péché; mais qu'il se garde de laisser voir d'emblée qu'il est protestant; car, pour les gens simples, prévenus par les prêtres, cela équivaudrait au titre d'athée et de suppôt de l'enfer. Quaud je n'avais pas de visites à faire je me rendais le matin ou le soir dans les campagnes et m'entretenais avec les paysans que je pouvais rencontrer sur les chemins. Je commençais par les questionner sur des choses indifférentes, et je dirigeais insensiblement leur attention sur la bonté de Dieu et son amour envers des créatures pécheresses et rebelles ; sur la manifestation de cet amour par le don de son fils, venu chercher et sauver ce qui était perdu. Si la mention de ces sujets éveillait en eux le soupçon que j'étais protestant, et cela arrivait souvent, ils me demandaient qui j'étais. Alors je ne pouvais naturellement pas le leur cacher, et c'en était fait de l'entretien ; ils ne voulaient plus rien entendre. Mais quand je réussissais à les intéresser par mes premières paroles sur l'amour de Dieu, alors ils écoutaient sans méfiance, et ce que j'ajoutais des souffrances et de la mort de Christ trouvait de l'écho dans leurs cœurs. Je trouvais chez eux la conviction du péché, non seulement avoué comme acte, mais ressenti comme état de culpabilité devant Dieu. Or, c'est toujours là, à mes yeux, le premier effet de la grâce de Dieu dans un cœur et le premier pas

vers une réelle conversion. Lorsque je découvrais ce sentiment, je cherchais à conduire ces gens simples au Seigneur Jésus, non comme à un juge courroucé, ainsi que le leur présentent leur prêtres, mais comme à l'ami et au Sauveur des pécheurs. Ceux qui avaient écouté jusque-là me quittaient rarement sans me remercier.

J'accompagnais un jour un négociant anglais dans un village à quelque distance de Naples. Nous entrâmes dans une grande chambre, dont la porte ouverte donnait sur la rue. Pendant que mon ami vaquait à ses affaires je nouai conversation avec deux ou trois personnes qui se trouvaient là. Je leur parlai de l'amour de Dieu, de la misère et de la culpabilité de l'homme. Les passants, remarquant qu'il y avait un étranger dans la chambre, entrèrent l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'elle se trouvât remplie. Alors je cessai de causer et me mis à leur prêcher l'Évangile. Pendant que je parlais, quelques-uns d'entre eux, intrigués par ce discours, s'en allèrent demander à mon ami anglais, qu'ils connaissaient, qui j'étais. Il leur dit que j'étais un pasteur anglais, et malgré cela ils ne se laissèrent pas effrayer. Ils avaient entendu de bonnes paroles avant de savoir qui j'étais. Lorsque je cessai de parler ils vinrent me baiser la main en témoignage de respect et de reconnaissance.

Je me suis souvent demandé d'où vient que le sentiment du péché, de la corruption naturelle et de la culpabilité de l'homme se retrouve toujours plus ou moins vivace chez les catholiques sincères, tandis que je n'ai jamais rien pu découvrir de semblable chez les membres de l'église grecque ; et je suis arrivé à la conviction que cela tient en grande partie à ce que, par les cérémonies de l'église catholique et les crucifix, l'attention est dirigée sur le Sauveur crucifié, tandis que dans l'église grecque elle se porte plutôt

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