MISÈRE EN PALESTINE
ceux qui souffrent pour l'avoir reconnue et acceptée. En ce moment nous avons quatre candidats au baptême, qui reçoivent une instruction régulière et nous donnent de grandes espérances. Nous devrons pourvoir à leur entretien jusqu'à leur baptême et quelques mois encore après. Mais on nous en annonce d'autres, et nous devons nous attendre à voir arriver des familles entières. Nous nous trouverons alors dans une inextricable difficulté, à moins que tous ceux de nos frères en la foi qui en ont les moyens ne nous viennent en aide. C'est pourquoi je m'adresse à tous les chrétiens pour leurrappeler leur devoir. Car, dans la mesure où nous travaillons à faire annoncer l'Evangile aux Juifs, nous avons aussi devant Dieu l'obligation d'en accepter les conséquences, c'est à dire de pourvoir aux besoins temporels de ceux qui souffrent les plus dures privations précisément parce qu'ils ont embrassé la foi que nous leur avons apportée. Aussi serais-je tenté de vous adresser cette prière : Chers frères, abstenez-vous plutôt de faire annoncer l'Evangile aux Juifs, si, lorsqu'ils l'auront accepté et qu'ils seront dans le besoin, vous n'êtes pas décidés à faire autre chose que de leur dire: „Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez". (Jacq. II, 16).
Quelques années plus tard (octobre 1850 et 1851), l'évêque écrit: „Un grand obstacle pour les Juifs qui voudraient accepter l'Evangile, c'est la pauvreté et l'extrême misère, qui les retiennent sous la dépendance matérielle de leurs rabbins. Il en est de même des nombreux latins, grecs et Arméniens que nous voyons ici plus ou moins attirés vers la vérité. Presque tous sont pauvres et vivent des aumônes des couvents. Lorsque l'un d'eux se met sérieusement à lire la Bible, ou
envoie ses enfants dans nos écoles, ou assiste aux lectures bibliques dans la maison du colporteur Michael, aussitôt le prêtre vient le menacer, et s'il ne fait pas sur le champ amende honorable, on le punit en lui retirant son logement; car presque toutes les maisons sont la propriété des couvents. C'est ainsi que tout récemment (octobre 1851) deux familles ont été jetées sur le pavé parce qu'elle n'avaient pas consenti à brûler leurs Bibles."
Les lignes suivantes, tirées du rapport de novembre 1855, dépeignent une situation qui s'est souvent reproduite : „Une des grandes difficultés qui s'opposent aux progrès de l'Evangile, c'est l'extrême pauvreté du peuple. Car, quoique la moisson n'ait pas été mauvaise cette année, les vivres cependant sont très-chers, par suite de l'exportation du blé. Il en résulte que les Juifs, vivant presque tous des aumônes de plus en plus rares qu'ils reçoivent du dehors, sont le plus en souffrance'4.
„Des milliers d'entre eux ont cruellement souffert cet été et cet automme. Le cœur se serre quand on voit ces pauvres gens amaigris et qu'on entend ces pères et ces mères de famille raconter ce que eux et leurs enfants ont souffert. Le peu que nous pouvons faire pour eux est comme un grain de sable, d'autant plus que nos prosélytes et nos chrétiens indigènes ont droit les premiers à notre assistance. Il y a quelques jours un Juif vint tout malade m'amener une charmante petite fille d'environ huit ans, son enfant de prédilection, me priant de la recevoir pour toujours, afin qu'elle eût au moins du pain. Cette enfant suivait comme externe les leçons de notre école. Elle était donc plus ou moins