‹ Samuel GobatChapitre 29 sur 70 · LA JUSTICE EN PALESTINE · texte numérisé non relu

LA JUSTICE EN PALESTINE

la justice à laquelle les chrétiens pouvaient s'attendre de la part du gouvernement turc C'était à propos de la colonisation de la Terre -Sainte par des colons évangéliques : „Je ne puis que redire ce que j'écrivais il y a déjà quelques années au cher Spittler : quand même il n'y aurait aucune interdiction de la part du gouvernement, ni aucune difficulté pour l'acquisition du terrain, on ne pourrait songer à établir en Palestine une colonie, à moins qu'elle ne fût forte au moins de cinq cents hommes armés. Ce qui vient de se passer il y a environ trois semaines entre le Carmel et le village de Tantura, me convainc, et convaincra chacun, que mon opinion à cet égard est bien fondée. Il y a trois semaines un vaisseau vint échouer vis-à-vis de cet endroit, qui paraissait à Spittler si bien choisi pour une colonie. Des quatre-vingts à cent personnes qlii étaient à bord, quelques-unes périrent; la plupart cependant purent se sauver et arriver sur des planches ou des débris du navire jusqu'au rivage. Même des coffres et diverses valeurs purent être sauvés. Mais les habitants de la côte accoururent, pillèrent ces naufragés, et, après leur avoir enlevé jusqu'à leurs vêtements, ils les abandonnèrent nus et épuisés à la pluie et au froid. Plusieurs en moururent; d'autres furent tués, parce qu'ils refusaient de se laisser enlever leur chemise. A l'un d'eux ils coupèrent un doigt pour s'emparer de l'anneau qu'il portait. Un gros moine, qui ne se montrait pas assez prompt à livrer son argent, eut un bras cassé. Le gouverneur de Kaifa. il est vrai, fit saisir quelques-uns de ces brigands, mais il les relâcha dès le lendemain contre un présent, et lorsque, sur l'interpellation du consul, la justice fut arrivée de Beyrout sur les lieux, les pillards avaient

eu le temps de cacher leur butin, et les coupables de se mettre à l'abri d'une enquête. Et c'est dans un tel voisinage qu'on voudrait établir sans protection nos bon et simples paysans allemands. Sans doute ils ne seraient pas pillés et maltraités tous les jours, mais ils n'auraient pas un seul jour de sécurité, à moins, comme je l'ai dit, qu'ils ne fussent bien armés et assez forts pour se défendre. Mais, dira-t-on, il faut y aller avec foi; le Seigneur pourra bien les protéger ! Oui ; seulement il est aussi écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu".

Eapport du 24 novembre 1855. „En ce moment, la tranquillité régne dans le pays; mais pendant l'été des troubles très-graves ont agité la Galilée, les montagnes de Samarie et le district d'Hébron. Le sang a coulé; des crimes ont été commis. Et tout cela est la conséquence d'une mauvaise administration, ou plutôt de la faiblesse du gouvernement; car on pense généralement que ces troubles sont suscités par une influence étrangère. Ces circonstances, jointes à la guerre et aux bruits de guerre, ne peuvent naturellement qu'entraver l'œuvre de l'évangélisation dans le pays. Le fait suivant achèvera de donner l'idée de la manière dont les provinces sont gouvernées : Quelques escarmouches accompagnées de pillage avaient eu lieu en Galilée, dans les montagnes de Samarie, aux environs de Naplouse et dans la plaine de Gaza ; mais dans deux de ces occasions les parties avaient eu le bon sens de finir par s'accorder, une fois même avant que le combat se fût livré. Que fit là-dessus notre pacha maintenant défunt? Il fit mettre en prison les chefs des deux partis, pour avoir conclu la paix sans son intervention".

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