CHAPITRE X
Les efforts de l'évêque protestant.
Dans un champ aussi vaste, et aux prises avec une situation aussi difficile, on ne pouvait espérer des résultats sérieux qu'au prix de grands efforts. Les moyens ordinaires d'évangélisation ne suffisaient pas; il fallait trouver, créer, des moyens spéciaux, en rapport avec les exigences particulières du champ de travail. Comment distribuer les Saintes-Ecritures parmi des populations qui ne savent pas lire ? Comment atteindre des gens prévenus, musulmans, catholiques romains et catholiques grecs, pour qui le prédicateur de l'Evangile est un hérétique, dont le contact les souille devant Dieu et les compromet aux yeux des hommes. Avant de répandre la Bible il fallait la faire connaître, et cela ne se pouvait qu'au moyen de colporteurs, non pas vendeurs, mais lecteurs de la Parole de Dieu; il fallait apprendre à lire aux adultes et surtout aux enfants, et pour cela ouvrir des écoles. Puis, comme on n'arrive aux besoins de l'âme qu'en tenant compte de ceux du corps, surtout chez des populations où la misère retient les gens courbés vers la terre, il fallait s'occuper des nécessités matérielles, établir une maison de travail pour les prosélytes, un hôpital pour les malades. Enfin,
COLPORTEURS BIBLIQUES ßQß
comme en Orient les femmes vivent retirées et ne peuvent guère être atteintes que par des femmes, une maison de diaconesses devenait nécessaire. C'est à créer tout cela que nous allons voir les eiforts de l'évêque s'appliquer.
Mais avant tout, mentionnons les moyens ordinaires. Dès la première année de l'activité de l'évêque Gobât à Jérusalem trois cultes évangéliques avaient lieu chaque dimanche dans la ville sainte : deux en anglais, la langue parlée ou comprise par le plus grand nombre des membres de la congrégation, même des prosélytes; et un en allemand, auquel assistaient souvent des ouvriers en passage; enfin, chaque matin, un culte en hébreu. Tous, cultes en esprit et où la présence du Seigneur se faisait sentir. Dans une lettre au roi de Prusse, du 30 juillet 1850, Gobât disait : „Nous n'avons maintenant que deux services religieux par dimanche : l'un, le matin, en anglais ; l'autre, l'après-midi, en allemand. Celui-ci compte en moyenne quarante assistants. Chaque premier dimanche du mois les deux auditoires se réunissent pour prendre la sainte Cène en commun à l'issue du service anglais. Les paroles qui accompagnent l'offre du pain et du vin sacrés sont prononcées dans la langue du communiant, anglais, allemand, français, italien ou arabe; et cette variété de langues, bien loin de nuire à l'édification, y ajoute."
Colporteurs et lecteurs bibliques. Nous lisons dans le rapport de l'évêque Gobât de novembre 1871: „Déjà pendant mon séjour de quelques mois dans ce pays en 1827 j'avais été frappé de l'ignorance, de la superstition et de la triste existence des habitants de la Terre-Sainte. Aussi, dès que j'y fus ramené, me pré-
occupé-je de faire pour eux tout ce qui serait en mon pouvoir. Mais lorsque je voulus me mettre à l'œuvre les instruments faisaient absolument défaut. Pourtant je rencontrai un homme qui, possédant une Bible depuis quelques années, était arrivé par sa seule lecture à la comprendre et à l'aimer. Je l'engageai comme colporteur et l'envoyai dans l'hiver de 1847 à 1848 parcourir le pays comme lecteur biblique. Il reçut de tous côtés un bon accueil, parce que les préventions n'étaient pas encore en éveil. Partout où il arrivait, dans les villes ou les villages, sur la place publique ou sur le chemin, dans les tentes même des bédouins, on se rassemblait autour de lui, on l'écoutait avec plaisir, parfois avec émotion, et souvent ceux qui savaient lire lui achetaient le saint volume. Outre ce lecteur biblique pour les Juifs de Palestine, j'en avais deux pour les chrétiens : l'un, itinérant; l'autre, demeurant à Jérusalem et me servant de secrétaire. Ce dernier réussit à amener un prêtre à la connaissance et à l'acceptation de la vérité, et par ce prêtre il parvint à en atteindre beaucoup d'autres, qui se mirent à sonder les Ecritures. L'autre, tout en visitant les chrétiens, eut à Schefa-Amar, près d'Acre, d'intéressants entretiens avec des Juifs, qui n'avaient jusque là jamais rencontré de missionnaire. Le champ était mûr pour la moisson et les prêtres dormaient. Voyant cela, j'écrivis à la Société anglicane des Missions de m'envoyer des ouvriers. Mais trois années s'écoulèrent dans l'attente ; et lorsque les trois missionnaires arrivèrent, il leur fallut apprendre la langue du pays. Dans l'intervalle j'avais ouvert à Naplouse, à Nazareth et ailleurs, des écoles, autour desquelles, comme à Jérusalem, se groupaient quelques prosélytes. Dès que