‹ Samuel GobatChapitre 35 sur 70 · ECOLE DE NAPLOUSE 3U · texte numérisé non relu

ECOLE DE NAPLOUSE 3U

de Naplouse l'engagement écrit de protéger l'école et ses directeurs, l'instituteur et les deux préposés. Cette mesure de prudence se trouva bientôt justifiée, car, dès que l'ouverture de cette école fut annoncée, l'agentcorrespondant de l'évêque fut cité en justice, et accusé de comploter avec les étrangers. A ce grief un cheik influent ajouta encore celui d'avoir blasphémé contre la doctrine de Mahomet. L'affaire menaçait de prendre une mauvaise tournure, et le pauvre instituteur s'attendait déjà à être condamné à mort, lorsque le gouverneur, averti par le pacha de Jérusalem et par l'évêque, intervint, et, devant le tribunal, somma le cheik de citer sur le champ ses témoins. — „Je vais les chercher," dit le rusé cheik. „Du tout!" répliqua le gouverneur; „tu irais payer quelques mauvais drôles pour les faire parler» Il n'en sera pas ainsi. Tu vas nous nommer tes témoins et nous les entendrons avant que tu te sois rencontré avec eux." Le cheik confondu avoua qu'il avait menti, et le gouverneur l'obligea à baiser la barbe du chrétien et à lui demander pardon. La cause ainsi gagnée, l'école s'ouvrit le 5 septembre 1848, avec vingt-un enfants. A la fin du mois suivant elle en comptait vingtcinq. Mais pour tout cela son existence n'était pas encore assurée, ni ses adversaires désarmés.

Dès le dimanche suivant, une excommunication majeure (aggravée de malédiction) fut lancée dans l'église, de la part du patriarche grec, contre tous ceux qui enverraient leurs enfants à l'école anglaise. En même temps ces parents étaient avertis que, même si plus tard ils venaient à se repentir de leur action, jamais ils ne pourraint être réconciliés avec l'église. Le patriarche, qui n'entendait pas la langue arabe dans laquelle était

rédigée cette excommunication, savait-il bien ce qu'on lui faisait dire? Gobât en doute et se demande pourquoi le dit patriarche n'apprenait pas la langue du troupeau qu'il était chargé de paître. Cette excommunication, dirigée en réalité contre le Parole de Dieu, sur laquelle était basé l'enseignement de l'école, produisit un effet tout différent de ce qu'on en attendait. Car, dès le jour suivant, plusieurs personnes se joignirent à ceux qui avaient pris l'initiative de cette école et leur amenèrent leurs enfants.

Sur ces entrefaites le choléra éclata à Naplouse; les communications avec l'évêque furent un moment interrompues. Mais la marche de l'école ne le fut pas, malgré la mort de deux des pères de famille, du père de l'instituteur, et de quelques élèves. Plusieurs habitants des montagnes de Samarie quittèrent leurs villages pour venir s'établir à Naplouse, s'associer à ce noyeau de chrétiens bibliques et envoyer leurs enfants à cette école chrétienne, itien d'étonnant à ce que des demandes de Bibles arrivassent fréquemment de Naplouse à l'évêque protestant de Jérusalem.

On comprend que dans de telles conjonctures la scission entre l'église orthodoxe grecque et les promoteurs de cette école était inévitable. Le 5 mai 1850 Gobât écrivait à son ami, le Dr. Barth à Calw: „Tout continue à bien marcher à Naplouse, mais la rupture avec l'église grecque n'est plus bien éloignée. A Noël dernier les gens étaient sur le point de la consommer et de se constituer en église protestante, parce que les prêtres voulaient contraindre tous ceux qui communieraient à se prosterner devant une image et à la baiser. Ils s'y refusèrent et furent exclus de la communion. Mais leur évêque

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ayant blâmé, non pas l'adoration des images, mais les prêtres qui voulaient l'imposer, tout reste provisoirement au même état." Un peu plus tard, en octobre de la même année , Gobât écrit dans son rapport annuel : ..Mon école de Naplouse est toujours prospère, en bénédiction aussi bien aux parents qu'aux enfants. Je suis heureux, ajoute-t-il, de pouvoir consigner ici un témoignage indirect, mais d'un grand prix pour moi, au sujet de cette oeuvre. Quelques moines grecs traitaient récemment les Anglais d'hérétiques. L'évêque grec, dans le diocèse duquel se trouve Naplouse, les en reprit et, en présence de quelques autres évêques et d'un grand nombre de moines, ne craignit pas de déclarer qu'il y a deux ansr lors de l'ouverture de l'école, il avait eu de mauvais soupçons et de fortes préventions à l'égard de cette oeuvre, mais que dès lors, ayant soigneusement observé toutes mes démarches, directes et indirectes, il était maintenant convaincu de la loyauté de mes intentions et de mon sincère désir de faire du bien. Et du bien, ajoutait-il, a été réellement accompli à Naplouse. Ses collègues l'accusant alors d'être un demi-protestant, il leur répondit : Vous me dites cela à titre d'injure ; je le prends pour un titre d'honneur."

Au bout de vingt-deux ans de travail Gobât dit dans son rapport de l'année 1870: „Mon œuvre missionnaire à Naplouse, commencée en 1848, continuée par l'évêque Browen dès 1854, n'est pas très-réjouissante en ce moment, bien que dirigée par un pieux catéchiste, Mr. Fallscheer, élève de Chrischona, qui surveille cinq écoles, à Naplouse et dans trois autres localités. Depuis qu'un certain Johannah el Karry, Arabe né dans l'église grecque et qui se donnait en Angleterre pour le fils d'un chef

musulman, a été envoyé ici il y a trois ans par la Mission-Unie (christliche Unions-Mission), tout progrès a été arrêté, parce que l'union qui n'avait cessé de régner jusque là dans la petite communauté protestante a été détruite. Maintenant qu'il a brûlé toute sa poudre, il s'est réconcilié avec M. Fallscheer au printemps dernier, et, par cette réconciliation, il a trouvé le moyen de faire entrer son frère dans le conseil de la ville comme représentant des protestants, ce qui est un poste non seulement honorable, mais surtout très-lucratif pour un homme vénal. Quant à Johannah lui-même il accompagne dans ses visites le médecin envoyé par la même société et il lui sert d'interprète. La communauté est en paix, mais la vie spirituelle n'est pas réjouissante. Les écoles toutefois sont toujours dans un état prospère."

Enfin, pour terminer ici ce qui concerne ces écoles, voici comment l'évêque s'exprime dans l'un de ses derniers rapports, celui de 1873: „Il me reste à donner quelques communications sur cette partie de mon oeuvre qui est sous ma seule direction et aux dépenses de laquelle je pourvois seul, à l'aide des dons qui me sont remis. Elle comprend dix écoles, plus mon orphelinat de Jérusalem. La masse du peuple est comme abâtardie, matériellement et moralement ruinée par l'oppression du gouvernement turc, de sorte que, à peu d'exceptions près, les gens, même quand ils en auraient la volonté, n'ont décidément par le moyen de pourvoir à l'éducation de leurs enfants. Le nombre des enfants élevés en Palestine dans les écoles protestantes se monte à environ quatorze cents. A côté des écoles et des instituteurs, j'entretiens quatre missionnaires consacrés, trois catéchistes et mon secrétaire arabe."

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