‹ Samuel GobatChapitre 36 sur 70 · HOPITAUX A JÉRUSALEM 3J · texte numérisé non relu

HOPITAUX A JÉRUSALEM 3J

Hôpitaux. Un des premiers besoins qui s'étaient imposés à Gobât dès son arrivée avait été celui de soulager les misères physiques d'une population pauvre et souffreteuse, et l'un de ses premiers soins, la création d'un hôpital. Il en parle en ces termes dans son rapport d'octobre 1848: „L'hôpital pour les Juifs continue d'être un précieux secours et une bénédiction pour un grand nombre d'entre eux. Nous l'avons cette année organisé de telle sorte qu'il pourra être pour bien des fils et des filles d'Abraham, en outre du soulagement corporel, une source de bénédictions spirituelles." L'année suivante il dit (novembre 1849): „Dans notre hôpital pour les Juifs le Nouveau-Testament se trouve dans chaque chambre à la libre disposition des malades. Plus que cela, nous avons eu l'année dernière chaque jour des prières, auxquelles les malades pouvaient tous prendre part. Et cela n'a pas diminué le nombre de nos patients. Deux d'entre eux ont demandé à être instruits dans la vérité chrétienne."

Dans le courant de l'année 1850 une nouvelle branche d'activité s'ouvrit. Depuis de longs mois une épidémie sévissait, et il n'était presque pas de famille qui n'eût quelqu'un de ses membres dangereusement malade, et l'on ne pouvait trouver nulle part d'infirmier ou de gardemalade. Gobât s'était adressé au pasteur Fliedner de Kaiserswerth et l'avait prié de lui envoyer deux diaconesses pour soigner les malades et visiter les femmes des prosélytes. En avril 1850, M. Fliedner arriva luimême, amenant quatre diaconesses, dont deux devaient être entretenues par des comités de dames de la Prusse, et les deux autres par l'évêque. La maison de ces diaconesses devint un hôpital pour les malades qui

réclamaient des soins particuliers. En outre elles visitaient les pauvres, particulièrement les femmes, celles des prosélytes de la communauté protestante et celles qui manifestaient quelque désir d'être instruites de la vérité, les aidant en toutes choses de leurs conseils, lisant et priant avec elles. „J'attends beaucoup de bien de leur activité parmi nous, dit Gobât, car leur attitude calme, humble, bienveillante et foncièrement chrétienne doit faire impression sur le coeur et la conscience de bien des gens, juifs ou autres."

Hôpital pour les lépreux. Mais la plus triste des maladies, c'est la lèpre; si triste et si désespérante, qu'à peine songe-t-on à apporter quelque soulagement aux malheureux qui en sont affligés, tant on est sûr d'avance de l'inutilité de tous les efforts. Mais si le mal physique est humainement invincible, le soulagement moral n'est pas impossible, et il est d'autant plus précieux chez les pauvres lépreux quand une fois on en est venu à songer à eux et que l'on a trouvé dans l'esprit de Christ, esprit de foi et de dévouement, le courage de les approcher et de vivre avec eux. C'est ce que nous rencontrons chez l'évêque Gobât. Son intérêt actif pour cette catégorie de malheureux s'exprime dans une lettre de remerciements à une généreuse bienfaitrice de cette oeuvre, Mme. de Kessenbrink-Aschenraden, en février 1877.

„Ma joie a été grande, dit -il dans cette lettre, en apprenant par vous, Madame, quel vif intérêt l'évêque La Trobe porte à notre asile de lépreux. Pour moi je considère cet asile, quoiqu'encore bien humble, comme une des plus importantes oeuvres confiées par la Providence divine aux disciples de Jésus; et le succès qui

HOPITAL DES LÉPREUX ß-JJ

l'a accompagnée jusqu'ici l'a comme marquée du sceau de l'approbation spéciale du Seigneur, et nous est le gage de bénédictions plus grandes encore qu'il veut répandre sur ces pauvres malheureux, dignes de la plus profonde commisération. Et pourtant, lorsqu'on les voyait accroupis sur la terre et mendiant devant la porte de Jaffa, personne, parmi les passants que la crainte de la contagion tenait éloignés, n'avait l'idée de s'apitoyer sur le sort de ces malheureux, jusqu'à ce que vous leur tendîtes votre main secourable. Et lorsqu'ensuite, par vos soins, une maison eût été construite pour eux, pourvue de tout ce qui pouvait contribuer à leur bien-être, et que des mains amies se tendirent vers eux pour les y introduire, ils ne pouvaieut croire qu'on leur voulût réellement tant de bien; ils se refusaient à approcher de la maison, craignant qu'il n'y eût de la part de leurs bienfaiteurs anguille sous roche, tellement ils avaient perdu toute confiance en leurs semblables. En vain ma fille (maintenant Mme. Rappard de Bâle) les avait visités mainte fois et réunis autour d'elle dans leurs huttes pour leur apporter la Bonne Nouvelle et leur parler affectueusement. Ils l'avaient considérée comme une exception dans le reste de l'humanité et l'auraient volontiers adorée, montrant par là combien ils étaient capables de sentir et d'apprécier la charité chrétienne. Et ceci, ils le savent encore. Car si les lépreux ont témoigné d'abord quelque crainte à entrer dans l'asile, on voit maintenant qu'ils savent reconnaître la charité et le dévouement de M. et Mme. Tappe à leur égard. Il faut dire aussi que ce cher directeur et sa femme semblent avoir été préparés tout exprès par le Seigneur pour leur tâche exceptionnellement difficile.

Car ils en remplissent les devoirs avec une fidélité, une patience, un tact, une charité, un dévouement sans bornes, de sorte que, non seulement les malheureux objets de leurs soins sont plus heureux et contents qu'on n'aurait cru qu'il fût possible de l'être dans leur état, mais encore la réputation de l'asile s'étend au loin, tellement qu'il se présente beaucoup plus de lépreux demandant l'entrée que la maison n'en peut contenir. Avec le secours fourni par quelques amis chrétiens on va prochainement ajouter une aîle à l'édifice, afin de pouvoir augmenter le nombre des malades, qui est seulement de dix-huit. Malheureusement il restera encore toujours des lépreux pour lesquels il n'y aura pas de place.

„Bien que l'asile soit sous la direction d'un habile médecin, on ne peut guère espérer la guérison de ces malades. Aussi notre but est-il principalement d'adoucir autant que possible leurs peines et de les conduire au céleste médicin, qui veut guérir et sauver leurs âmes. C'est dans ce but que nous avons choisi un jeune homme du pays, formé dans mon école, et qui va les visiter une fois chaque semaine, leur lire la Parole de Dieu et prier avec eux. Si nous ne pouvons pas dire que nous ayons obtenu des conversions, du moins est-il certain que la Parole de Dieu fait impression sur eux, surtout sur les lépreux chrétiens. Oh! puisse notre prière être exaucée! Puisse le Seigneur bénir tellement les soins fidèles du cher frère Tappe envers eux, que beaucoup de ces pauvres malheureux trouvent dans le royaume de Dieu la guérison et le bonheur qui leur ont été refusés sur la terre!"

Atelier industriel. „Le 2 décembre 1848 fut inaugurée sous de très-favorables auspices une maison de travail,.

maintenant dirigée par l'un de nos prosélytes, qui a été instruit dans notre collège hébreu. On admet dans cette maison les Juifs qui, déjà persuadés que Jésus est le Messie, ont besoin cependant d'une instruction plus complète. Ils y sont logés, nourris, vêtus, pendant tout le temps que dure leur instruction jusqu'à leur baptême, et même plus tard encore, jusqu'à ce qu'ils aient appris un métier qui les mette en état de gagner leur vie. Pendant le jour ils travaillent, suivant l'état qu'ils choisissent, sous un maître tailleur, cordonnier, horloger, orfèvre etc., et le soir ils reçoivent des leçons d'écriture, de lecture, d'anglais, d'allemand (la plupart étant des Juifs allemands), d'arithmétique et surtout des leçons bibliques. Ce séjour et cet apprentissage leur sont doublement utiles, pour les éclairer, les affermir dans la foi, et les soustraire à la dépendance des Juifs quant à leurs moyens d'existence."

Page 1