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CHAPITRE XI

Opposition de la part des Juifs, des Musulmans, des chrétiens grecs, etc.

Si en tout temps et en tout pays une œuvre d'évangélisation sérieuse a rencontré non seulement des difficultés, mais une opposition plus ou moins ouverte et quelquefois acharnée, on pouvait s'attendre, d'après ce que nous avons vu de la situation générale, religieuse et politique, des pays de l'Orient, à ce que l'œuvre de l'évêque Gobât ne s'y accomplirait pas sans opposition. Elle en a rencontré en effet, et de tous côtés, même de

la part de gens qui semblaient devoir être des premiers à l'encourager et à la soutenir.

Nous avons déjà vu, à propos de la sujétion des habitants de la Terre-Sainte, soit à l'égard du gouvernement turc, soit comme Juifs à l'égard des rabbins, soit comme chrétiens grecs ou romains à l'égard des prêtres et de la hiérarchie ecclésiastique, que les vieilles outres, plus elles sont près de se rompre par la fermentation du vin nouveau, plus elles se refusent à en recevoir. Nous avons vu comment les rabbins punissaient par la privation de toute ressource matérielle les Juifs qui se tournaient vers l'Evangile ; comment les mahométans se tenaient fermés et hostiles envers cette doctrine, par eux détestée et honnie; enfin comment les prêtres en général étaient prompts à lancer les foudres de leur excommunication contre la Bible et ceux qui prenaient plaisir à la lire, la méditer et la mettre en pratique.

Il nous reste à montrer jusqu'où allait, dans toutes ces directions et dans d'autres encore, l'opposition presque toujours haineuse à l'œuvre éminemment évangélique de l'évêque Gobât en Palestine.

Mais commençons par l'écouter tout d'abord lui-même sur ce douloureux sujet. Nous ne pouvons mieux faire, pour nous préserver de sentiments amers et peu charitables à l'égard de ses ennemis, que de nous inspirer de sa mansuétude et de sa charité chrétiennes. Pénétrer jusqu'au fond des choses, jusqu'aux causes secrètes des événements, et en même temps les voir de haut, c'est le moyen de les dominer et de ne pas s'en laisser abattre.

Gobât commence sa lettre circulaire aux chrétiens d'Europe, du 30 octobre 1851, par ces paroles: „Je ne peux mieux rendre mes impressions en commençant ce

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cinquième rapport annuel, que par ce passage du prophète Esaïe (49, -4) : „Je disais : j'ai travaillé en vain, j'ai usé mes forces' pour rien ; et pourtant ma cause est devant le Seigneur et ma charge me vient de lui." Pour ne rien dire des combats intérieurs qu'ont à soutenir tous les disciples de Christ dans leur pèlerinage vers la patrie céleste, nous avons eu l'année dernière à souffrir d'une désespérante indifférence, et avec cela de pénibles tracasseries de la part de personnes desquelles on aurait attendu mieux; enfin nous rencontrons de différents côtés une opposition sourde ou déclarée contre l'Evangile, tandis que nous n'avons guère eu de choses réjouissantes à enregistrer en compensation. Au milieu de grandes afflictions nous avons fait des expériences si inattendues et si douloureuses, qu'elles nous font comprendre que l'ennemi déploie une redoutable activité pour empêcher la lumière de l'Evangile de pénétrer dans ce milieu de ténèbres et de superstition. Je ne mentionnerai pas en détail tous les déboires que nous avons eu à essuyer: je dirai seulement que j'y sens, quand je les considère, l'action évidente de l'esprit malin agissant dans les enfants de rébellion, tellement que j'en suis rempli à la fois de terreur et de joyeuse espérence : de terreur, en sentant combien ma force est insuffisante pour lutter contre un tel ennemi ; d'espérance, parce que, grâce à Dieu, ces efforts mêmes et cette rage de l'ennemi montrent qu'il sent entamée sa domination sur le peuple de ce pays. Et cela m'encourage à croire non seulement que le triomphe final est assuré au Seigneur Jésus, mais que le temps de sa victoire approche."

Opposition des Juifs. Les Juifs n'ayant point de pouvoir, en Palestine, leur opposition à l'œuvre de Gobât

est surtout cachée et indirecte. Nous la verrons à l'œuvre pour empêcher les parents d'envoyer leurs enfants à l'école évangélique. Elle s'exerce essentiellement par la menace de la suppression des secours matériels : chose très-grave au sein d'une population extrêmement pauvre et accoutumée à ne vivre pour ainsi dire que d'aumônes. Nous l'avons déjà vu à propos de la visite de sir Montefiore. Nous n'ajouterons ici qu'une citation tirée du rapport du 6 novembre 1874. Ces lignes ne retracent pas seulement un certain nombre de faits, elles peignent un état de choses permanent, les dispositions des Juifs et leur opposition constante à l'Evangile en Palestine.

„Le grand obstacle à la Mission parmi les Juifs a été, cette année encore, la sécheresse et la cherté qui par suite à régné de janvier jusqu'en juin, à tel point que le prix de la mesure de blé s'était élevé de douze piastres jusqu'à soixante. En même temps les légumes manquaient, et quand vint la pluie de la première saison, mêlée de neige, elle tomba avec une telle violence que beaucoup de maisons s'écroulèrent. Le combustible était rare et cher, de sorte que bien des gens sont morts de froid et de faim.

„Les rabbins et les quelques Juifs riches qui ont à Jérusalem le monopole des affaires, furent les premiers à prévoir la cherté. Ils adressèrent à temps un appel à leurs coreligionnaires du dehors, et déployèrent en même temps contre l'Evangile un zèle dont nous ne tardâmes pas à voir les effets. Ayant reçu des sommes considérables, ils les distribuèrent à des milliers de pauvres Juifs ; mais en faisant de ces secours un moyen de réprimer, par tout où elle aurait pu se manifester,

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