‹ Samuel GobatChapitre 38 sur 70 · OPPOSITION DES JUIFS · texte numérisé non relu

OPPOSITION DES JUIFS

toute velléité de se tourner vers l'Evangile. Un des premiers résultats en fut la fermeture d'un ouvroir, où nous occupions jusqu'à cinquante pauvres Juives, leur lisant le Nouveau Testament et priant avec elles. Une sentence d'excommunication (cherem) fut prononcée contre toute femme juive qui se rendrait à notre ouvroir. Elles durent céder, et non seulement s'abstenir elles-mêmes de venir, mais encore retirer leurs filles de notre école. Ce fut pour plusieurs un coup sensible, d'autant plus que le gain régulier qu'elles trouvaient chez nous leur était bien précieux dans ces temps difficiles."

Opposition des musulmans. Ici un contraste nous frappe: d'un côté, l'acharnement de l'islamisme contre le christianisme; de l'autre, une affectation et même une profession, jusqu'à un certain point sincère, de tolérance parfaite de la part des Turcs à l'égard des chrétiens, surtout des chrétiens bibliques. Voici un fait, par exemple, que cite Gobât en novembre 1849:" Deux proclamations, dit-il, sont émanées récemment de la Porte. Dans l'une, le sultan accuse ouvertement la hiérarchie de l'église grecque de se rendre journellement coupable des plus grands crimes, et il accorde à tous ses sujets chrétiens la permission de passer à telle ou telle forme de protestantisme qu'ils voudront, leur garantissant sa protection. J'en suis, ajoute l'évêque, à craindre de nous voir débordés par des masses venant à nous pour faire leur religion d'un protestantisme sans foi ni loi, sans règle ni frein. Seulement une telle tolérance est bien loin d'être la liberté, ce qui veut dire le respect de la conscience. Ce n'en est au contraire que le mépris. Cette tolérance s'explique par le principe mahométan

que voici, et dont elle n'est qu'une application occa-

sionnelle : il n'existe que deux religions — c'est un axiome — celle de Dieu, qui mène à Dieu, et celle du diable,, qui mène en enfer. Or, comme tous les mécréants, c'est à dire les non-mahométans, sont de la religion du diable,, il est parfaitement indifférent qu'ils appartiennent à telle ou telle fraction de cette religion-là. Si l'on peut indifférement laisser aller ces mécréants en enfer par le chemin qu'il leur plaira, on peut aussi, suivant les circonstances, les aider à y arriver un peu plus tôt. Une haine aveugle, mais implacable, apparait par moments à découvert au fond du fanatisme musulman."

„D'après les rapports des missionnaires américains qui travaillent à Constantinople et dans les environs, écrit Gobât en novembre 1857, il paraît qu'il y a là une porte ouverte pour la prédication de l'Evangile parmi les mahométans, qui se dégageraient de leurs préjugés. Je n'en puis pas dire autant de la Terre-Sainte, où lesmahométans forment la masse de la population. Si les choses continuent sur le même pied où elles sont en ce moment, il est bien à craindre que nous ne voyions ici sous peu quelque chose de pareil aux massacres des Anglais aux Indes. Il nous est loisible, il est vrair d'aborder un musulman pour lui parler de l'Evangile; mais tout ce que nous obtenons dans les cas les plus favorables c'est qu'on écoute la Parole de Dieu avec froideur et indifférence. D'ordinaire ce qui se manifeste de la part des musulmans à l'égard des chrétiens, c'est la haine, une haine qui depuis quelques années a tellement grandi qu'on entend parler d'une prochaine et totale extermination des chrétiens. Nous avons eu un indice de ces dispositions dans une émeute qui a éclaté à Naplouse l'année dernière, et dans laquelle un vieux

Page 1