OPPOSITION PROTESTA NT H
il l'attendait le moins, c'est l'opposition de certains chrétiens protestants, surtout des anglicans.
Ici encore, à propos de l'opposition des chrétiens (comme nous l'avons trouvé à propos de celle des mahométans) un contraste, une contradiction nous frappe : les uns reprochaient à Gobât de faire des prosélytes, les autres de n'en pas faire assez. La Société pour la Mission auprès des Juifs et en général les amis d'Israël en Angleterre accusaient Gobât, singulier reproche! de n'avoir point de cœur, point d'intérêt pour les Juifs. C'est que, de ce côté-là, on s'était fait d'étranges illusions ; on s'était complu, comme le dit Gobât, dans la poétique espérance d'une très-prochaine conversion en masse du peuple juif. L'idée s'était répandue chez plusieurs que le retour des Juifs, leur rétablissement en Palestine et la reconstruction du temple de Jérusalem devaient précéder le retour de Christ. Cette rentrée des Juifs dans leur pays devait être imminente ; il ne s'agissait que de la favoriser. On élaborait des plans de colonisation de la Terre-Sainte par les Juifs, et une société d'agriculture s'était fondée dans ce but. Si l'on parlait de fonder en Palestine un hôpital pour les Juifs, il était entendu que, pour ne pas froisser les malades, on n'y introduirait pas le Nouveau Testament. En sa qualité d'évêque chrétien,Gobat ne pouvait pas nourrir de telles illusions ni approuver une telle mesure. De là le reproche qu'on lui faisait de n'avoir pas d'intérêt pour les Juifs.
Mais il avait sous les yeux le tableau de la profonde déchéance morale de ce peuple, et il comprenait qu'un véritable changement du cœur est la condition indispensable pour l'admission d'un Juif, par le baptême, dans l'alliance de grâce. H pensait que des prosélytes qui n'avaient jusque-là vécu que d'aumônes, en vrais men-
SAMURL GOBAT
diants, si leur conversion était sincère, devaient consentir à apprendre un métier afin de gagner honnêtement leur vie. Il soutenait ce principe biblique que le Juif après son baptême n'a dans l'église aucun privilège sur les autres croyants. Il avait fait tant d'expériences avec des Juifs baptisés, qu'il disait une fois : „J'ai peur, chaque fois que des missionaires m'envoient un prosélyte; car, ou bien il n'est pas sincère, et je prévois des déceptions ; ou bien il est sincère, et je crains qu'il ne soit bientôt gâté par les flatteries des amis d'Israël en Angleterre."
D'autre part, dans cette même Angleterre, tout un parti, nombreux et influent, s'alarmait des conquêtes, du prosélytisme de G-obat en Palestine. C'étaient les anglicans. Rappelons ici que l'église anglicane comprend deux tendances opposées. L'une, dite „Haute-Eglise", insiste sur l'épiscopat comme fondement de l'église, et reconnaît dans l'église catholique-grecque et dans l'église catholiqueromaine des églises sœurs, qui constituent avec l'église anglicane les trois branches authentiques de l'église de Christ. L'autre, dite „Basse-Eglise", est la tendance évangélique. Celle-ci insiste, avec Luther et la réformation, sur la justification par la foi comme fondement de l'église, et considère tous ceux qui combattent sous cette bannière, presbytériens, calvinistes, en un mot tous les évangéliques, comme des frères dans le sens strict du mot. Pour les anglicans épiscopaux ou de la Haute-Eglise le centre de ralliement c'est Rome,pour les anglicans de laBasse-Eglise c'estGenève. Le rêve des premiers c'est la réunion des trois branches de l'église qui sont basées sur l'épiscopat, la fusion des églises grecque, romaine et anglicane, en une seule et même église.
On comprend que chez ceux-ci, pour qui les anciennes formes et les anciennes traditions sont l'essentiel, et qui
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comptent pour peu de chose la vie spirituelle et la régénération individuelle, des faits comme celui de la formation à Naplouse d'une petite communauté vivante, biblique, mais en rupture avec l'église grecque, fussent considérés comme plus fâcheux que réjouissants. Que penseront de nous les chefs de l'église grecque? se demandaient les anglicans. Et qu'adviendra-t-il de la réunion espérée des trois branches de l'église, si l'évêque protestant de Jérusalem, au lieu de servir à la préparer, contribue à l'éloigner et à la rendre impossible? Un redoutable orage se préparait ainsi sur la tête de Gobât. Le décret de fondation de l'évêché protestant de Jérusalem disait, dans son article 7 : „L'évêque s'appliquera à maintenir entre les diverses églises représentées à Jérusalem, en particulier avec l'église orthodoxe grecque, des relations amicales; il s'efforcera de leur prouver que l'église anglicane ne vient point pour les désunir ou les troubler, ni pour s'immiscer en quoi que se soit dans leurs affaires (to interfère with them), mais plutôt pour les appuyer et les favoriser, dans l'espérance d'une activité en commun sur la base des principes chrétiens catholiques et dans la perspective d'une chrétienne union."
Comment accorder cela avec des faits comme ceux que Gobât avait sanctionnés à Naplouse et ailleurs? La question était grave autant que délicate. Dans ces conjonctures l'évêque Gobât prit le parti le plus sage. Il soumit la difficulté à son supérieur, l'archevêque Sumner de Cantorbery, eu lui demandant aide et conseil. Il reçut comme réponse, le 8 novembre 1850, un remarquable document. L'archevêque et le chevalier de Bunsen avaient rédigé et signé ensemble à Lambeth le 16 octobre une explication officielle du dit article, ex-
plication par laquelle ces deux autorités compétentes justifiaient entièrement la conduite de Gobât et lui donnaient pleine autorisation d'agir toujours comme il l'avait fait dans les cas qu'on lui reprochait. „Sans doute, disait cette pièce, l'évêque ne prendra pas une position hostile à l'égard de l'église grecque, et il n'entamera pas de polémique contre elle. Mais, ajoutait-on, si d'un autre côté des chrétiens grecs, ne trouvant pas dans leur église la satisfaction de leurs besoins religieux et recherchant une communauté qui réponde mieux à l'idéal qu'ils voient tracé dans la Sainte Ecriture, croient la trouver dans la doctrine et la constitution de l'église anglicane, il serait déraisonnable d'interdire à l'évêque évangélique de leur tendre la main. On n'a pas le droit de repousser dans leurs chaînes ceux qui échappent à la captivité ou de les abandonner à eux-mêmes, pour qu'ils cherchent du secours où ils pourront. Il serait sans doute désirable que les groupes qui se forment de la sorte du sein de l'église grecque eussent à leur tête des prêtres de cette même église, partageant leurs sentiments. Que si des pasteurs anglicans prennent cette place, c'est uniquement pour préserver ces âmes d'un entier abandon spirituel." L'habileté toute diplomatique de ce document trahit la gêne qui résultait du texte même de cet article 7. Mais l'approbation de la conduite de Gobât par l'archevêque de Cantorbery, première autorité de l'église anglicane, et par le chevalier de Bunsen, représentant du roi de Prusse, était franche et entière. Cette approbation fut pour Gobât un précieux encouragement, mais elle ne détourna pas l'orage qui le menaçait. En automne 1853 une protestation, signée de mille et cinquante membres de l'église anglicane, et dans leur
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nombre des hommes très-pieux, fut envoyée aux patriarches et aux synodes de l'église grecque. En voici le commencement et le contenu essentiel: „Au t saint seigneur Anthimos, archevêque de Constantinople, de la nouvelle Rome, et patriarche œcuménique, — au
très-saint seigneur patriarche d'Antioche et de
tout l'Orient, — au très-saint seigneur Cyrille, patriarche de la sainte ville de Jérusalem et de toute la Palestine, — au très-saint synode régnant de toutes les Russies, — au très-saint synode du royaume de Grèce, — les soussignés, évêques, prêtres et diacres de l'église catholique d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, et d'autres en communion avec eux, salut dans le Seigneur !
Il se rend vraiment coupable d'un
grand péché celui qui déchire la robe sans couture du
Christ L'évêque anglican de Jérusalem a offensé
à un haut degré l'église orthodoxe d'Orient, en accueillant des prosélytes de son sein et en les réunissant en communautés schismatiques. Il a fait ainsi tomber avec raison de votre part sur nous le soupçon que nous combattions l'ancienne foi et que nous avions l'audace d'introduire secrètement des doctrines nouvelles. C'est pourquoi nous soussignés, évêques, prêtres et diacres de l'église anglo - catholique , nous protestons absolument contre des faits comme ceux qu'a accomplis le dit évêque, nous exprimons en particulier toute notre horreur pour son prosélytisme, qui est en contradiction manifeste avec les canons de l'église. Et nous prions dès lors vos saintetés de ne pas imputer ces scandales à nous et à notre église; nous espérons que vous voudrez bien accueillir favorablement cette explication de notre part,
et que vos prières montent sans cesse pour le bien de la sainte église de Dieu et notre union avec vous tous." Suivent les signatures.
Cette protestation, quoiqu'elle se donnât des airs si imposants, resta sans effet ; elle n'eut aucune conséquence pour Gobât, si ce n'est d'accroître chez beaucoup d'hommes l'estime pour sa personne et l'intérêt pour son œuvre. Il reçut en effet de bien des côtés des témoignages de confiance et de sympathie, accompagnés de dons pour son œuvre, si bien que, lorsqu'il eut achevé de bâtir sa maison d'école à Jérusalem, il put dire: „ce sont mes ennemis qui me l'ont bâtie." Quant aux signataires de la protestation, ils n'en recueillirent ni gloire ni satisfaction. Aucun des personnages encensés et adulés auxquels ils s'adressaient ne les honora d'une réponse. Les patriarches grecs et les synodes orientaux continuèrent d'ignorer comme par le passé l'église anglicane, malgré sa respectueuse et humble déférence à leur égard.
Disons pourtant que ces mille et cinquante signataires n'avaient aucunement mission de parler au nom de leur église. Celle-ci, précisément parce qu'elle est une église épiscopale et hiérarchique, avait des primats auxquels devait être proposée, et par lesquels, s'il y avait lieu, devait être transmise la protestation. Mais, bien loin qu'ils s'y fussent prêtés, ils la désavouèrent au contraire publiquement. Le premier novembre 1853 parut une déclaration des quatre métropolitains de l'église d'Angleterre et d'Irlande, les archevêques de Cantorbery, d'York, d'Armagh et de Dublin, dans laquelle, non seulement ils désavouaient cette protestation et en dégageaient la responsabilité et l'honneur de leur église, mais encore ils blâmaient le procédé irrégulier et injustifiable des
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signataires. „Et nous le faisons, ajoutaient-ils, parce que nous sympathisons avec notre frère, l'évêque anglican de Jérusalem, dans sa position difficile, et parce que nous avons la ferme conviction que sa conduite sera toujours réglée par un jugement sain et un tact sûr." Gobât, on le voit, était pleinement justifié par tout ce qu'il y avait de voix autorisées ; cet assaut n'avait fait, nous l'avons dit, que le grandir dans l'estime de tous ceux qui, n'étant pas aveuglés par quelque préjugé, se rendaient compte à la fois des difficultés de la situation et de la sagesse dont il avait fait preuve. Cependant lui-même n'avait pu autrement que de souffrir de cette explosion de malveillance envers son œuvre et sa personne. Son rapport de novembre 1853 contient l'écho de sa douleur soumise, humble et sanctifiée." C'est notre lot, dit-il avec l'apôtre Paul, de marcher à travers la mauvaise et la bonne réputation." Puis, après avoir, en quelques simples mots, protesté à son tour de la pureté de ses intentions et de la loyauté de sa conduite, il donne encore quelques explications sur les faits incriminés contre lui. „Je répéterai ici, dit-il, ce que j'ai déjà eu l'occasion de déclarer, c'est que mon but n'a jamais été de gagner des prosélytes d'autres églises à la nôtre, et surtout pas de l'église grecque. Mais, en présence des funestes erreurs de ces églises, de l'ignorance profonde de leurs membres, y compris le clergé inférieur de l'église d'Orient, en présence surtout du système de simonie auquel la plupart des soi-disant saints patriarches et évêques, si ce n'est tous, doivent leurs places, et de l'immoralité qui découle delà sur le peuple absolument négligé, je me serais accusé moi-même de trahison, aussi bien envers l'église d'Angleterre qu'envers
mon Dieu, si je n'avais pas protesté contre de si criants abus, mais protesté de la manière à la fois la moins agressive et la plus efficace, la plus selon le Seigneur, je veux dire par la dissémination de la Parole de Dieu dans tout le pays. C'est ainsi que je pris à mon service des lecteurs de la Bible, qui offraient le saint volume à ceux qui soupiraient après le pain de vie. Mais, comme bien peu de ces gens savaient lire, je fus amené par leurs prières à ouvrir à mes frais pour leurs enfants des écoles, que leurs supérieurs ecclésiastiques ne leur auraient jamais accordées. Pour ne pas froisser ces derniers, je choisis, ou j'engageai ces gens à choisir, leurs instituteurs dans le sein de leur église. En me chargeant des frais d'une école je mettais pour condition qu'on n'y enseignerait rien de ce qui est du domaine ecclésiastique proprement dit, mais seulement la Bible, toute la Bible; en d'autres termes, que ces écoles seraient des écoles bibliques et non des écoles confessionnelles. Or j'ose croire, et tout fidèle serviteur de Dieu pensera comme moi, que si les autorités ecclésiastiques avaient été animées de l'Esprit de Dieu elles auraient approuvé et appuyé jmon entreprise, comme étant le seul moyen de ramener un peu de vie dans leurs communautés. Mais elles prirent le parti opposé ; elles lancèrent l'anathème contre les écoles où on lisait la Bible; elles allèrent même jusqu'à appeler à leur aide le gouvernement turc pour faire brûler la Bible. Beaucoup de ces pauvres gens furent frappés d'amendes ou jetés en prison pour le seul crime d'avoir lu la Bible. Les choses en étaient là lorsque le sultan, se ravisant, accorda par un firman aux églises protestantes dans l'empire turc le même droit d'existence qu'à toute autre église, et assura
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à ceux qui quitteraient L'église grecque pour se constituer en communauté protestante sa protection contre leurs anciens supérieurs ecclésiastiques. Peut-on en vouloir aux chrétiens opprimés de Nazareth d'avoir profité de ce secours providentiel pour se dégager des liens de ceux qui leur refusaient le droit de lire la Bible, et pour se constituer en communauté protestante ? Ils l'ont fait d'ailleurs de leur propre mouvement, sans demander ni mes conseils ni mon approbation. De sorte que si j'ai manqué en quelque manière, c'est par un excès de prudence humaine, en recommandant toujours aux membres de l'église grecque d'y rester aussi longtemps que leur conscience le leur permettrait. J'avais l'espoir, je l'avoue, de voir un jour tous les fidèles de l'église grecque et de l'église latine qui lisaient la Bible et qui en faisaient la règle de leur conduite, obligés de quitter leurs églises, à cause de la contradiction manifeste dans laquelle elles sont avec la Parole de Dieu; mais ce n'était pas là mon but. Ma loyale ambition se bornait, et se borne encore, à travailler humblement pour ma faible part à ramener l'église grecque de ses erreurs à la vérité évangélique. Mais si elle se met en opposition avec la vérité, et si dès lors elle se voit abandonnée par ceux de ses membres qui ont à la fois quelque connaissance et quelque amour de la vérité, c'est sa faute.
„Je dois encore ajouter que ceux qui m'ont accusé de prosélytisme à l'égard de l'église grecque et en faveur „de synagogues schismatiques" sont entièrement dans l'erreur. Ceux qui quittent l'église grecque ou l'église romaine le font de leur chef, sans aucune sollicitation de ma part, afin de se soustraire aux persécutions et
pour servir Dieu selon leur conscience. Ils se con-
stituent en églises protestantes sans mon contrôle et s'annoncent comme tels à l'autorité. Cela fait, ils sont libres de se rattacher comme protestants, soit à notre église, soit aux presbytériens, soit auxbaptistes. Or, après s'être régulièrement organisés et s'être annoncés devant l'autorité civile comme communauté protestante, ils m'ont prié de les admettre comme membres de notre église et sous ma juridiction. Je pense qu'à moins d'indignité notoire de leur part je n'avais pas le droit de les repousser/1
Nous avons vu quelle opposition Gobât rencontrait de la part de chrétiens anglais qui ne le trouvaient pas assez anglican à leur gré. Voici maintenant contre lui une opposition sérieuse et grave de deux professeurs allemands, qui le blâment et le condamnent précisément parce qu'il est évêque de l'église anglicane. Deux célèbres théologiens, Hundeshagen et Schneckenburger, s'élevèrent contre l'évêché protestant de Jérusalem. Le premier publia en 1842, sous le titre de „L'évêché angloprussien et ce qui s'y rattache", un écrit anonyme d'une réelle importance. Il contient une étude approfondie de la réforme anglaise; il met avec une grande force en relief tout ce qui peut avec raison être allégué contre cette réformation et contre cette église (dont nous venons de voir bien des côtés fâcheux), puis il s'écrie: „et c'est à une telle église que vous voulez nous associer!"
C'étaient là, de la part des anglicans et de la part des deux professeurs allemands, des attaques qui n'étaient pas sans une certaine élévation, et qui pouvaient par là même apporter avec elles à l'évêque quelque consolation. Mais il en subit aussi de mesquines, et ce ne furent pas les moins douloureuses. La première lui vint de la part d'un ancien ami, de ce singulier Dr.
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Wolff, qui se rencontra un jour en Abyssinie avec le missionnaire Gobât (voir page 218 et suiv). Ce docteurvoyageur s'était, parait-il, flatté, lors de la création de l'évêché de Jérusalem, qu'il serait appelé à l'honneur d'occuper ce poste. Déçu dans son attente par la nomination de Gobât, sa jalousie se tourna contre son ancien compagnon de voyage et lui suggéra contre lui un acte en quelque sorte diffamatoire. Il écrivit contre la conduite de Gobât en Abyssinie un réquisitoire, qui portait atteinte à l'honneur de celui qu'il envisageait comme son rival. L'affaire fit du bruit; elle fut prise au sérieux et vint devant l'archevêque de Cantorbery, qui l'examina à fond ; le résultat en fut tout à l'honneur de Gobât et à la confusion de Wolff, dont les calomnies retombèrent bientôt dans le néant. Eelevons ici, comme un des beaux traits du caractère de Gobât, qu'il voulut et sut garder toujours le silence sur cette inqualifiable attaque, et que jamais il ne prononça à l'égard de Wolff une parole amère. C'est même pour ne pas sortir de ce silence, et pour n'avoir pas à parler de ses adversaires, qu'il a volontairement arrêté son autobiographie au récit de de son arrivée à Jérusalem. C'était sa manière de confondre ses adversaires et ses calomniateurs : le silence et le pardon.
Un autre personnage, plus honorable et plus digne que le Dr. Wolff, le Dr. Mac Caul, qui avait refusé la charge d'évêque de Jérusalem parce que, selon lui, €e poste revenait de droit à un Juif converti, avait vu de mauvais oeil le choix fait par le roi de Prusse d'un évêque qui n'appartenait pas plus que lui-même au peuple d'Israël. Ce ne fut pas une circonstance favorable pour Gobât que la nomination de l'irlandais Finn,
gendre de Mac Caul, comme consul anglais à Jérusalem; d'autant plus que ce gendre subissait à un haut degré l'ascendant de sa femme, personne énergique et obstinée. Ces deux époux appartenaient en outre au parti de la Haute-Eglise et ne pouvaient pas avoir beaucoup de sympathies pour l'évêque, que l'on disait appartenir à l'autre parti, à celui de la Basse-Eglise.
Aussi n'est-il pas étonnant que l'évêque rencontrât peu d'intérêt et de bienveillance au consulat anglais. Ce fut pour lui une souffrance profonde, quoique secrète, de voir qu'il ne trouvait pas pour lui-même et pour ses protestants arabes, auprès du consul anglais, la protection et l'appui que les autres trouvaient auprès des représentants de la France et de la Russie. Au lieu de l'appuyer, on l'épiait, on recevait les plaintes des prosélytes qui avaient trouvé trop élevées les exigences de l'évêque, soit sous le rapport d'une sincère conversion, soit sous celui d'un travail honnête et consciencieux. On prévenait contre Gobât les voyageurs européens; même des amis personnels de sa famille se laissaient influencer par les apparences correctes et de bon ton des époux Finn, qui semblaient plus en harmonie que la simplicité de l'évêque avec les formes de la Haute-Eglise.
Depuis onze ans Gobât et sa compagne souffraient de cette tension* pénible lorsqu'elle finit par éclater, à l'occasion d'un personnage sur lequel le consul Finn et l'évêque Gobât avaient des opinions toutes différentes. C'était un prosélyte valaque, nommé Simon Rosenthal, que le consul avait pris en singulière affection et dont il avait fait son drogman, quoiqu'il ne sût pas même écrire. Ce qui était encore plus grave, c'est que Rosenthal était méprisé à Jérusalem à cause de sa cupidité