‹ Samuel GobatChapitre 44 sur 70 · OPPOSITION PROTESTANTE · texte numérisé non relu

OPPOSITION PROTESTANTE

blage d'enfants de toutes sortes, européens et orientaux, nés de parents chrétiens, juifs et mahométans, et même des enfants abandonnés et recueillis sur la rue. Quiconque a quelque expérience de l'éducation sait quelles difficultés et quels dangers se présentent au directeur d'un établissement de ce genre, même en pays chrétien et civilisé. Combien plus grandes devaient être les difficultés et les inconvénients d'une école missionnaire au milieu de la confusion des langues qui régne en Orient et de la dépravation des mœurs de Jérusalem ! Les maîtres étaient allemands, et les leçons se donnaient en anglais et en arabe. A leur entrée les enfants apportaient avec eux les plus grossières habitudes et trop souvent des vices. Si, comme il est juste de le faire, on tient compte de ces circonstances, on s'attendra à des choses peu édifiantes. Eh bien ! on tombe dans un véritable étonnement en voyant combien peu M. Graham, qui pourtant cherchait précisément des griefs de ce genre, réussit à en trouver pour appuyer les préventions qu'il s'efforçait de faire partager aux voyageurs et aux donateurs à l'égard de cette école.

Un ecclésiastique écossais, J. Cuningham, la visita dans l'été de 1856. Il examina les enfants spécialement sur l'arithmétique et la géométrie. Puis il écrivit de Beyrout (le 6 juin) à Gobât que les résultats n'étaient pas satisfaisants. De ce mauvais témoignage les adversaires conclurent que Gobât employait des maîtres souabes incapables. On oubliait que, précisément dans une matière aussi abstraite que les théorèmes d'Euclide, les difficultés qui résultent de la différence des langues sont pour cet enseignement presque insurmontables. Les défenseurs de l'école pouvaient faire valoir en sa faveur le fait que,

d'après le témoignage de juges compétents et impartiaux, elle ne le cédait en rien aux meilleures écoles de l'Angleterre, sous le rapport de la lecture, des connaissances bibliques et de l'influence salutaire sur le caractère des élèves. Quant aux reproches concernant les mœurs, tout ce que M. Graham pouvait alléguer c'était le fait qu'un jeune Arabe de seize ans, trop âgé pour l'école et occupé à la cuisine, avait du être renvoyé après quelques mois, et s'était abandonné une année plus tard, en dehors de l'école, à un vice grossier. En revanche on prouva que les élèves étaient à chaque faute repris ou punis suivant la gravité du cas, et étaient toujours, soit dans leurs occupations, soit dans leurs jeux, la nuit comme le jour, sous bonne surveillance. M. Graham se récriait entre autres parce que les garçons avaient joué à la paume et avec des billes un jour de dimanche. Ce n'était pas la règle; c'était une exception ; on la supprima pour éviter les reproches. En réponse à ces accusations malveillantes le comité publia toute une série de lettres, dans lesquelles des hommes éminents, et qui avaient vu Gobât à l'œuvre, rendaient le plus honorable témoignage à sa personne et à son administration. Les adversaires avaient tiré toutes les flèches de leurs carquois ; la réplique avait été à la fois si ferme et si digne que les accusations et même les soupçons étaient anéantis. Gobât, qui se trouvait alors à Londres, pouvait écrire à W. Hoffmann le 5 août 1858 : „En Angleterre je suis complètement justifié." Le dix du même mois, dans une réunion à Weston-sur-Mer, trois cent trente pasteurs anglicans assuraient Gobât de leur absolue confiance. Dès lors l'évêque vécut en paix, sans plus être en butte à aucune attaque. Quant à Simon Rosenthal, après avoir été renvoyé du consulat anglais de

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