‹ Samuel GobatChapitre 5 sur 70 · LA VOCATION · texte numérisé non relu

LA VOCATION

naturelles me rendaient absolument impropre à la carrière missionnaire. Mais la pensée de devenir missionnaire revenait toujours, et toujours comme un appel de Dieu. Je me sentais poussé à demander à Dieu toujours plus instamment que, s'il lui plaisait que je le fusse, il voulût bien me faire connaître sa volonté à cet égard d'une manière si claire, qu'il ne me restât aucun doute sur ma vocation.

Un dimanche qu'il n'y avait pas de service, j'allai dans la forêt. Là je priai avec plus de ferveur que jamais. Plusieurs heures durant je suppliai Dieu que, si c'était sa volonté de faire de moi un missionnaire, il voulût bien m'y appeler lui-même, et me montrer distinctement mon chemin par tel moyen qu'il lui plairait, mais sans que j'eusse besoin de me présenter moi-même à une société de Missions. Je demandai encore à Dieu de me donner la certitude intérieure qu'il avait exaucé ma prière. En rentrant à la maison je trouvai chez mes parents une dame avec laquelle j'avais eu souvent des entretiens religieux. Elle était en correspondance avec la maison des Missions de Baie. Se tournant tout à coup vers moi, elle me demanda si je ne voulais pas devenir missionnaire. Sa question me surprit d'autant plus que j'avais toujours avec elle évité à dessein ce sujet. Je répondis que j'étais prêt à entrer dans cette carrière , si le Seigneur m'y appelait, et que mes parents y donnassent leur approbation. Sur quoi, sans me consulter davantage, elle écrivit au comité de Bâle, et, trois semaines après, je recevais de ce comité une lettre, dans laquelle ou m'annonçait que j'étais admis et que j'avais à me tenir prêt pour entrer dans l'établissement dès le prochain semestre d'hiver.

J'avais ainsi neuf longs mois d'attente ; mais ils furent

un temps de riches bénédictions spirituelles. La Parole de Dieu était lumière, vie et force pour mon âme, et, tout en travaillant aux champs, je la méditais beaucoup. La communion avec Dieu était tellement ma joie que, malgré le travail pénible de la journée, je ne pouvais la nuit donner que peu de temps au sommeil. Après que j'avais passé la soirée avec mes parents à lire la Parole de Dieu et àm'entretenir avec eux de ses vivifiants effets dans les cœurs, j'employais ordinairement une moitié de^la nuit à la prière et à l'action de grâces. Le délicieux sentiment de la présence de Dieu me rendait l'accomplissement de mes devoirs plus facile et plus agréable. Je me souvenais avec honte et regret de mon ancienne vie sans Dieu; mais cette pensée, loin de troubler ma paix, accroissait ma joie et ma reconnaissance. Quoique j'eusse le sentiment bien vif de mes péchés et de mes négligences d'autrefois, je n'avais pourtant (ceci soit dit pour mon humiliation) qu'une vague idée de l'entière dépravation de mon cœur, que j'appris plus tard à connaître par expérience. Conscient de mon ignorance je cherchais à m'instruire par la lecture de bons livres, à côté de ma précieuse Bible : c'est ainsi que je lus les Sermons de Nardin sur les Evangiles pour chaque dimanche de l'année', les discours de Zinzendorf et d'autres écrits moraves. Je lus aussi un livre intitulé « La Saine doctrine », compilation tirée des écrits des plus célèbres docteurs de l'Église réformée. En outre je m'appliquai autant que possible à lire des ouvrages d'histoire universelle et de géographie, et j'étudiai à fond ma grammaire française.

Je rencontrai beaucoup d'opposition , non pas tant de la part des jeunes gens, — ceux-ci en général m'accordaient leur estime et leur confiance ; plusieurs même me disaient :

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