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stéréotypées, pour atteindre en chaque langue au mot propre, à l'expression vraie, c'est-à dire simple et naturelle. D'où lui venait ce talent aussi précieux que rare? Je le découvris un jour accidentellement. Dans la dernière année de mon séjour à Jérusalem nous passions régulièrement une soirée par semaine, ma femme et moi, à étudier l'italien chez Gobât, et sous sa direction. Lorsque nous eûmes appris les premiers éléments de cette langue il nous fit lire les Psaumes dans une Bible italienne. Et c'est à cette occasion qu'il nous exposa ses principes et nous montra comment la Bible est le meilleur livre pour apprendre une langue. Il nous dit que toutes les langues qu'il avait dû étudier à un âge déjà un peu avancé, il les avait apprises essentiellement par la Bible, et qu'il avait constaté par lui-même quelle richesse et quelle variété d'expressions la Parole de Dieu nous présente pour toutes les relations et les choses importantes de la vie.
„J'ai recueilli de lui plusieurs remarques ingénieuses et fécondes de ce genre? Je mentionnerai encore cette règle pour l'observation fructueuse des pays et des mœurs de l'Orient. Elle aide à le mieux comprendre lui-même; elle nous livre son secret sous ce rapport, et nous fait voir comment, dans les choses en apparence toutes simples qu'il disait, il y avait ordinairement un sens plus profond qu'on n'en découvrait au premier abord. Bien des voyageurs en visitant l'Orient, disait Gobât, veulent attendre de s'y être un peu initiés avant de consigner leurs observations ; d'autres jugent d'emblée ce qu'ils voient. La bonne méthode est d'observer et de noter dès l'abord ce qui nous paraît remarquable, parce que, dans la mesure-même où l'on s'initie à ces choses,
on s'y habitue, et l'on n'est bientôt plus frappé de ce qui caractérise l'Orient en opposition à l'Occident; on perd sans s'en rendre compte ce coup d'oeil qui rapproche et discerne tout à la fois. Mais qu'on ne s'imagine pas d'autre part de pouvoir porter d'emblée un jugement définitif sur ce que l'on a vu de nouveau. Le discernement entre l'essentiel et l'accessoire, la vue claire du vrai rapport des choses ne s'obtient que par l'expérience. Soyez prompts à écouter, lents à parler. — Dans la physionomie du bienheureux Gobât, telle que j'ai pu l'étudier dans les dernières années de sa vie, c'est ce trait de la sagesse et de la perfection chrétiennes qui m'a surtout frappé, non pas comme l'alliance heureuse d'un esprit ouvert et lucide et d'une prudence réfléchie, mais comme le fruit de sa communion avec Dieu et de la riche expérience qu'il avait acquise dans le service du Seigneur."
En 1871 l'église de Jérusalem célébra le jubilé de l'évêque. Voici le récit que le pasteur Weser nous donne dé cette fête : „Outre les fêtes de Noël, nous avons eu encore le 30 décembre une autre belle fête. C'est en ce jour que l'évêque Gobât faisait, il y a vingt-cinq ans, son entrée à Jérusalem. Maintenant son regard se reporte en arrière sur une activité qui a été difficile, mais richement bénie. C'est en grande partie grâce à lui que la Mission en Orient, et jusque dans l'Abyssinie, a pris un si beau développement. Malgré des tiraillements entre les protestants de diverses dénominations et de différentes nationalités, Allemands, Anglais, Arabes, Juifs, l'évêque a réussi à former et à maintenir ici une véritable alliance évangélique, La semaine prochaine, semaine de prières, tous les chrétiens èvangéliques se
LE CARACTÈRE DE I.KYi ^.QJ
rencontreront dans la chapelle arabe, et l'expression de leurs communs désirs montera devant Dieu dans les langues les plu^ diverses. C'est pourquoi il avait été résolu qu'une adresse, rédigée dans toutes les différentes langues qui se parlent dans notre église, serait présentée à l'évêque par l'ensemble des chrétiens évangéliques de Jérusalem. Un objet d'art, portant une inscription latine, y était joint; c'était la reproduction en argent de la première église évangélique érigée en ce pays, l'Eglise de Christ, dans laquelle aujourd'hui encore le culte se célèbre. Divisés en deux cortèges, parce qu'ensemble nous aurions été trop nombreux, nous nous rendîmes à la demeure de l'évêque, les Anglais à dix heures du matin, les Allemands à onze heures. Chaque famille de notre église y avait son représentant, parce que chaque famille avait des sujets de reconnaissance envers l'évêque. Comme c'est la coutume en Orient, deux huissiers avec de longs bâtons à la main et un grand sabre traînant au côté, ouvraient la marche. Le cortège, parti du consulat, se rendit, à travers les foules d'Arabes respectueusement rangées sur son passage, à la demeure de l'évêque, où le consul général, M. Petermann, en uniforme de l'ordre des chevaliers de S. Jean, adressa à l'évêque une allocution et lui remit une lettre autographe de l'empereur d'Allemagne, accompagnée d'un présent, un vase de porcelaine doré, orné du portrait de l'empereur. L'évêque remercia. Puis je lus, comme représentant de l'église évangélique allemande, une adresse du conseil ecclésiastique supérieur de Berlin, à laquelle j'ajoutai l'expression de la reconnaissance et des vœux de notre église de Jérusalem. Mais ce qu'il y eut de plus émouvant ce fut quand l'évêque, dans un véritable esprit
chrétien, rendant grâce et gloire à Dieu, vint comme déposer aux pieds de Christ tout ce qu'on lui attribuait à lui-même de sujets de reconnaissance, ne gardant que la grâce de Christ pour s'en envelopper, parce que, dans tout ce qui avait pu être fait, il y avait de la part de Dieu beaucoup à pardonner, et se recommandant à son âge avancé à la miséricorde de Dieu et à l'amour et aux prières de l'église. Je lui remis encore une lettre d'hommages du comité de Jérusalem; puis chaque membre du cortège vint présenter au vieillard vénérable, mais encore frais et dispos, ses voeux personnels.
„Déjà la veille, dans une réunion de tous les protestants convoqués par le pasteur anglais dans un plus vaste local, on avait anticipé sur la fête. Là l'évêque, jetant un coup-d'œil rétrospectif sur son activité passée, nous exhorta à l'unité de l'esprit. „Parce que chaque chrétien, nous disait-il, est un membre du corps de Christ. c'est le même esprit, le seul esprit du Seigneur qui doit animer tous les chrétiens et les rattacher tous ensemble par le lien de la paix. C'est ici le vœu d'un homme qui considère cette église comme un père ses enfants." Puisse ce vénéré père en la foi, nous retrouvant un jour avec lui au sein de la félicité devant le trône glorieux de notre Sauveur, redire de nous tous : Me voici, moi et les enfants que tu m'as donnés!"
Pour terminer, voyons encore comment l'évêque luimême se peint indirectement et à l'œuvre, dans le récit qu'il nous donne d'une de ses tournées épiscopales : ,,Je fis le printemps dernier (1873), nous dit-il, une tournée d'inspection en Egypte, et de là en Galilée et en Samarie. En allant, je m'arrêtai un jour à Eamley et à Lydda. Le matin je distribuai à xtamley la sainte cène aux
UNE TOURNEE ÈPISCOPALE.
membres réunis des églises des deux localités. Je baptisai deux enfants et fis l'examen de l'école, dans laquelle environ cent enfants reçoivent l'instruction. Leurs progrès, en particulier dans la connaissance biblique et dans le chant, me remplirent de joie, L'après-midi, je me rendis à Lydda, où j'examinai aussi l'école. J'y trouvai ■nviron quatre-vingt-dix enfants, garçons et filles, dont trente-cinq mahométans. L'école de Lydda est à tous égards supérieure à celle de Ramley. Le maître d'école de Lydda est un élève de mon orphelinat de Jérusalem. Je lui demandai quelle portion des Saintes Ecritures il avait étudiée dernièrement avec ses élèves. Il me repondit : l'évangile de Marc. Je m'adressai alors à l'un des garçons et lui demandai s'il pouvait me dire en quelques mots le contenu du premier chapitre de cet évangile. Il le fit aussitôt d'une manière précise et intelligente. Je me tournai vers un autre et lui demandai le contenu du second chapitre, et il me répondit aussi bien que le premier. Ils me donnèrent ainsi de mémoire, tantôt interrogés individuellement, tantôt collectivement, le contenu complet de tout cet évangile, chapitre après chapitre, mieux que je n'aurais pu le dire moi-même. Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien un pareil enseignement est propre à développer chez les enfants l'intelligence aussi bien que la mémoire.
„De là je me rendis en Egypte, où je retrouvai, comme dans de précédentes visites, l'église anglicane bien languissante. Le troupeau d'Alexandrie est assez nombreux, mais, à peu d'exceptions près, les membres en sont mondains et indifférents. L'église écossaise a plus de vie. J'eus quelques entretiens avec Reichart, missionnaire à Alexandrie au service de la Société pour la propagation
du christianisme parmi les Juifs. Lui aussi se plaignait de l'indifférence et de la mondanité qu'il rencontrait parmi les Juifs. Au Caire je rencontrai un pasteur [anglais distingué, qui avait présidé un culte pendant l'hiver, mais un culte hélas! fréquenté seulement par les voyageurs américains et anglais qui traversent l'Egypte. Cependant les Anglais ont fait un pas pour arriver à établir un culte permanent. J'ai assisté à la pose de la première pierre d'une nouvelle église. Pour autant que j'ai pu en juger, il n'y a qu'un seul point lumineux dans l'église anglicane en Egypte, ce sont les écoles excellentes et bien fréquentées de Miss Whately au Caire. Il y a aussi à Alexandrie et au Caire deux pasteurs allemands qui se plaignent également de la froideur des membres de leurs églises. Les pieux missionnaires américains ont eu beaucoup de succès dans leurs travaux parmi les Coptes. Je prêchai à Alexandrie et au Caire,. et donnai la sainte cène aux deux endroits ; je confirmai deux personnes au Caire et dix-huit à Alexandrie.
„D'Egypte je me rendis à Nazareth, où j'arrivai le 24 mars. Le soir de ce même jour j'examinai les catéchumènes, que je trouvai bien préparés, tant sous le rapport des connaissances que sous celui de leur conduite, dont on me dit beaucoup de bien. Le lendemain était un dimanche. Le culte me plut beaucoup, dans la jolie chapelle remplie d'auditeurs attentifs et bons chanteurs. Je confirmai quinze personnes et prêchai le soir en anglais. Je passai les quatre journées suivantes a vre ma fille, Mme Zeller, dans sa famille; je fis l'examen des deux bonnes écoles, l'une de soixante garçons, l'autre de sept futurs catéchistes, instituteurs ou lecteurs bibliques. Le 4 avril j'arrivai à Djenin, où un certain nombre